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«Haïr le journalisme, c’est haïr la démocratie»

Le président et fondateur de «Médiapart» analyse le «journalist bashing» pratiqué par François Fillon.

François Fillon se dit victime du «tribunal médiatique». Son camp fait huer la presse lors de ses meetings
François Fillon se dit victime du «tribunal médiatique». Son camp fait huer la presse lors de ses meetings
Reuters

Candidat de la droite de gouvernement à la présidentielle française, François Fillon se dit victime du «tribunal médiatique». Son camp fait huer la presse lors de ses meetings. Et ses proches ont lancé une fausse rumeur concernant la fille d’Edwy Plenel, de Médiapart, journal numérique qui, avec Le Canard enchaîné et d’autres médias, a révélé les affaires liées à François Fillon. Nous avons interviewé le président et fondateur de ce site d’information.

Edwy Plenel, que vous inspire ce «journalist bashing»?

La haine du journalisme est toujours associée à la haine de la démocratie. Il est parfaitement légitime de critiquer les journalistes qui ne sont pas au-dessus des lois. Mais ce n’est pas cela qui est en cause avec ce «journalist bashing» qui, en fait, récuse le droit à l’information, à l’information qui bouscule, qui questionne, qui dérange. Il met en cause la démocratie elle-même, avec son agencement de pouvoirs et de contre-pouvoirs. Ce qui est visé, c’est le cœur même du droit d’être informé, indissociable de l’exercice de la démocratie. Et sans information indépendante et fiable, les citoyens peuvent voter pour leur pire ennemi et provoquer leur pire malheur. Nous ne stigmatisons personne, c’est pourquoi Médiapart s’est toujours refusé à parler de «Penelopegate». Nous ne cherchons que les faits.

Donald Trump est-il l’inspirateur de ce dénigrement systématique?

Ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique doit nous rendre attentifs à la fragilité de nos démocraties. Nous avons vu avec l’élection de Trump l’arrivée d’un pouvoir qui conteste la démocratie à l’intérieur même de la démocratie. Qui conteste aussi la justice, la distinction entre intérêts publics et intérêts privés, au point de protéger ses propres liens d’affaires pour s’enrichir lui et sa famille. Pour asseoir ce pouvoir, Trump a déclaré la guerre à la vérité avec la théorie des «faits alternatifs». Cet idéologue dit vrai ce qui est faux et faux ce qui est vrai. Comme dans l’univers décrit par George Orwell dans 1984 et La Ferme des Animaux.

Aujourd’hui, nous voyons un peu partout des régimes qui cèdent à la tentation autoritaire, sous un vernis démocratique, tout en étant imbriqués dans le capitalisme le plus financier, que ce soit dans la Russie de Poutine ou la Turquie d’Erdogan. A certaines époques, il faut défendre l’idéal démocratique mis à mal. Nous sommes entrés dans cette époque. Nous sommes au cœur de ce qui constitue la démocratie et qui est encore plus important que le droit de vote, à savoir la défense d’une information accessible à tous qui fasse preuve d’intégrité, d’indépendance, de fiabilité. Sans cette information, le citoyen est démobilisé. Il ne peut que voter à l’aveugle et ressemble à un lapin pris dans les phares d’une voiture.

L’avalanche d’accusations contre Fillon ne peut-elle pas provoquer un malaise au sein de la population, malaise qui se retournerait contre les journalistes?

Cela fait depuis toujours que les dirigeants en difficulté tentent de se faire passer pour les victimes des médias en recourant aux éternels boucs émissaires, dans un cas les journalistes, dans un autre les étrangers, quand ce ne sont pas les deux à la fois. Alors, on se prétend la cible de «cabinets noirs», d’«officines» pour ne pas avoir à se prononcer sur les faits. La vérité est toujours une bataille. François Fillon parie sur la lassitude de l’opinion pour continuer sa campagne. Je préfère parier sur la vitalité de l’opinion. Et je vous annonce que Médiapart va publier de nouvelles révélations!

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