Passer au contenu principal

«Henning Mankell, Nesbø et Larsson ont remis le polar nordique sur la carte»

Issu de la vague nordique, Jørn Lier Horst triomphe en Série noire. Interview.

Le Norvégien Jørn Lier Horst, ex-inspecteur de police, relève lui-même d’un «cold case». S’il écrit depuis 2004, son triomphe à l’international reste récent. «Je commençais à être remarqué en Scandinavie il y a 5 ans, quand le concept de Nordic Noir a déferlé. Henning Mankell, Jo Nesbø et Stieg Larsson ont remis le polar nordique sur la carte, le courant s’amplifiait, apprécié pour ses intrigues réalistes. Maintenant, en Asie, nous passons carrément pour des oiseaux exotiques!» Dans un premier temps, traduits dans un vrac opportun, la vague nordique affiche une qualité inégale. À la masse succèdent désormais des recrues de choix, élues non sur leur simple passeport mais sur des antécédents solides.

Ainsi de «Chiens de chasse» qui met en scène William Wisting de la police du Comté de Vestfold - la série tire à 2,5 millions d’exemplaires dans le monde. Ce flic à la retraite bosse en bénévole sur des affaires non résolues. «Tout mon talent, avoue Horst, émane de 20 ans de service dans la police criminelle. À un moment ou un autre, les ratés de la mécanique sociale, sans exception, finissent par revenir dans les pattes de la justice.» Hasard ou destin, son premier jour dans les forces de l’ordre, en 1995, le confronta à un cas d’une rare brutalité, l’affaire Ronald Ramm. «La vision de son cadavre battu, violé, mains liées, dans ce corridor me donne encore des cauchemars. L’affaire ne fut jamais élucidée, elle me hantait. Alors je l’ai résolue en fiction dans un premier roman.»

Il lance aussi son alter ego William Wisting, en rupture avec le folklore habituel. «J’en avais marre du flic à la barbe de trois jours, qui médite noyé dans sa bouteille et à peine remis de sa gueule de bois, trouve le coupable tout seul.» En limier aguerri, il étoffe aussi sa chronique de détails a priori anodins, édifiants au final. «Derrière les barricades d’une zone de crime, vous pouvez sonder une communauté de manière idéale. Tous ces interrogatoires auxquels j’ai procédé, teintés de colère, vengeance, désespoir, innervent mes textes avec une viscéralité authentique.»

À la faveur de la technologie, l’art du «cold case» a pris ses aises en littérature policière. Tendance de saison, les polars qui déterrent des meurtres du passé et les impliquent au présent. Ainsi des best-sellers annoncés de l’été, Joel Dicker («La disparition de Stephanie Mailer»), Bernard Minier («Sœurs») ou Guillaume Musso («La jeune fille et la nuit»). Mais Horst insiste. «Les apprentis chimistes ne solutionnent pas tout. C’est aussi une question de regard.»

Et de soupirer. «Au-delà, je remarque que la justice, en Norvège du moins, ne se porte guère mieux. La faute au nationalisme, à la xénophobie attisés par la crise économique. L’individualisme aussi, insinue un froid glacial dans les interstices de la société.» Pas de retraite pour Wisting, donc.

"Les chiens de chasse", éd. Série Noire / Gallimard, 480 p.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.