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J.-J. Annaud, sept ans au Tibet, vingt à l’offshore

Le réalisateur a caché 1,5 million de dollars au fisc en utilisant une structure dans divers paradis fiscaux. Il assure avoir régularisé sa situation le 12 octobre.

Jean-Jacques Annaud sur le tournage argentin de «Sept ans au Tibet» en 1997, là où tout a commencé...
Jean-Jacques Annaud sur le tournage argentin de «Sept ans au Tibet» en 1997, là où tout a commencé...
AFP

Jean-Jacques Annaud avait d’emblée exclu de filmer Sept ans au Tibet à Lhassa (Chine), la capitale de la région tibétaine. Après avoir essuyé le refus de l’Inde, soucieuse de ne pas froisser son voisin chinois, c’est finalement en Argentine que le réalisateur français a posé ses caméras. C’est autour de la bourgade d’Uspallata, dans la cordillère des Andes, qu’il a reconstitué les aventures de l’alpiniste autrichien Heinrich Harrer pour le grand écran. L’équipe de tournage a-t-elle dormi dans Los Condores, l’unique hôtel de la ville? L’histoire ne le dit pas.

Ce que l’on sait, en revanche, grâce aux Paradise Papers, c’est que ces noms exotiques des Andes n’ont pas seulement inspiré la créativité artistique de Jean-Jacques Annaud. Le 30 septembre 1997, dix jours avant la sortie en salle du film aux Etats-Unis, le réalisateur constitue dans le plus grand secret un trust discrétionnaire baptisé Los Condores Trust, sur l’île anglo-normande de Guernesey.

Cette sorte de structure, très prisée des grandes fortunes grâce à la forte opacité qu’elle offre, est ouverte par la Royal Bank of Scotland (RBS). Elle abrite en son sein une société écran nommée Uspallata Limited. La singulière concordance des noms et des dates laisse à penser que l’argent du trust provient de la rémunération du réalisateur. Ses avocats ont bien affirmé que l’argent «a été versé sur ce compte (…) non pas à l’initiative de M. Annaud, mais à l’initiative du studio de cinéma».

Ce qui était à la base un montage fiscal uniquement basé sur une île anglo-normande va s’internationaliser au fil des ans. La société Uspallata est déplacée aux îles Vierges britanniques en 2003, son compte en banque est transféré à Ansbacher, une banque privée pour les ultrariches aux Bahamas, tandis que le trust Los Condores prend son envol pour les îles Caïmans en juillet 2007. La firme Appleby en prend alors la gestion. C’est grâce à ce transfert que l’on découvre la valeur des actifs détenus par Uspallata: 1,48 million de dollars (1,2 million d’euros), principalement sous forme d’actions d’autres sociétés. Pendant plusieurs années, le portefeuille vivote et la valeur totale du trust reste relativement stable.

Mais fin 2014, les choses commencent à bouger. Jean-Jacques Annaud ouvre une nouvelle société à Hongkong, Rising Dragon, renommée plus tard Ginkgo Holdings Limited. Un an plus tard, le trust Los Condores est dissous; puis c’est au tour de la société Uspallata, en février 2017. Entre-temps, Jean-Jacques Annaud a pris soin de vider le compte en banque et de transférer 1,33 million de dollars vers le compte hongkongais de la société Ginkgo Holdings. Le reste des fonds atterrit sur les comptes de Calico Entertainment LLC, une société californienne de Jean-Jacques Annaud, succursale d’une autre société installée dans l’Etat américain du Delaware, connu pour ses largesses fiscales.

Situation régularisée

Le calendrier de cette réorganisation de patrimoine résonne étrangement avec l’avalanche des scandales offshore qui déferlent sur la place publique («Offshore Leaks», «SwissLeaks»…). A cette période commence aussi à se dessiner la perspective d’un échange automatique des données entre les banques et les Etats pour lutter contre l’évasion fiscale. Pour l’avocat de Jean-Jacques Annaud, «vraisemblablement, ce sont les banquiers qui géraient ses comptes qui, ne voulant pas avoir la moindre responsabilité, ont préféré transférer ses avoirs» vers des juridictions plus opaques et moins regardantes.

Contacté début octobre pour répondre aux interrogations du Monde et de Radio France, le cinéaste a rapidement demandé à ses nouveaux avocats fiscalistes de régulariser sa situation: les avoirs, qui ont fait le tour du monde, auraient finalement été déclarés au fisc français le 12 octobre, «afin d’éviter toute discussion et d’être dans la plus totale transparence».

Les avocats plaident la méconnaissance de leur client vis-à-vis de la fiscalité, sans nier que Jean-Jacques Annaud était informé du montage et de ses conséquences fiscales.

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