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Laetitia Dosch va mettre le feu

De La Manufacture à Lausanne au Festival de Cannes, la Franco-Suisse n’arrête pas de «faire le bazar». Ça va durer.

Extrait du film Jeune femme
Extrait du film Jeune femme
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Laetitia Dosch ironise: «Vous m’imaginez, à 37 ans, nominée au César du meilleur espoir féminin avec toutes ces gamines?» La voir dans Jeune femme balaie le doute. La mèche débraillée, la cervelle siphonnée, la rousse embarque cette tragicomédie générationnelle, ses emm… et son chat, vers des sommets. «Ce qui me fait vachement plaisir, c’est que de la nana marginale et foldingue, je suis reconnue actrice. Moi, j’étais abonnée aux «Qu’est-ce qu’elle a encore fait celle-là?» Idiot, hein?!» La comédienne s’habitue à ne plus s’étonner de rien. Les étiquettes collent mal à son curriculum vitae.

Ainsi, Mlle Dosch serait Lausannoise. «A dire vrai, je n’ai habité qu’à la Manufacture (ndlr. Haute École de théâtre), vers 2005. Ça venait d’être créé. Les règles n’y étaient pas encore hyperclaires.» Et d’évoquer ravie, la liberté sauvage de professeurs iconoclastes comme Mario Berrettini, les engueulées joyeuses avec ses camarades de promotion, le foutoir entre alcool, nudité et provoc’. Mais pourquoi avoir quitté la Ville Lumière qui magnétise en général les apprentis papillons du spectacle? La belle rousse débauche un regard de pure madone évanescente, invoque le hasard. «J’avais rencontré un garçon dans la rue, je l’ai suivi, il était comédien. Nous nous sommes beaucoup aimés.»

Son excentricité tranquille l’a déjà promise à la révélation explosive. Il y a cinq ans, La bataille de Solferino, pépite de la nouvelle garde française, l’envoyait au front. Sans suite. «Pourquoi si peu de cinéma? À La Manufacture, j’avais appris à me responsabiliser, à m’exprimer. Je ne me voyais pas attendre qu’un cinéaste m’appelle.» Alors en fille de Zouc, son idole, l’intrépide monte Un Album, un spectacle «borderline» avec poupon vagissant, aïeule à l’agonie et autres coïts artistiques.

Bande-annonce du film Jeune femme

«Actrice, c’est un beau métier mais soumis au désir de l’autre. Catherine Deneuve disait qu’attendre faisait partie du boulot. Moi, je ne supporte pas. Puis j’effraie les cinéastes, ah oui, peut-être, c’est bête.» Dans Jeune femme, Paula, son double de fiction, fonce dans le mur, soigne ses bosses, finit par apprendre à partager le mercurochrome avec son interlocuteur. «Elle se reconstruit. Pas la tranche de vie glauque, hein! Cette fille pourrait sombrer dans la drogue ou la rue, mais au contraire de l’habitude, elle ne reste pas enfermée dans la marginalité.» Quand même. Abandonner comme l’héroïne, son chat angora dans un caveau funéraire, ne s’invente pas non plus. «Devoir mentir, se défausser, ça arrive. Sans job, sans argent, sans appartement… ça dégringole vite dans la ville. Paula met les pieds dans le plat avec obstination. Moi pas. Enfin… je ne crois pas.»

Jeune femme l’épate. «La réalisatrice Léonor Serraille a écrit pour un homme. Et ça m’allait. Avec des dialogues millimétrés. Tiens, ça se résume dans son job de vendeuse dans un bar à culottes où elle croise des filles surdiplômées. Tant de gens mènent des vies différentes de ce dont ils rêvaient.»

Elle pas. Un père plombier, une mère «dans les ressources humaines», une enfance solitaire qui la pousse aux frontières du gouffre psychique. «C’est vrai, vers 15 ans, j’ai arrêté de parler. Trois ans. Dans ma famille, les choses n’étaient plus… dicibles. Je me suis réfugiée dans la lecture, du Club des cinq aux sœurs Bronte. Et John Irving. Puis la télé, avec Johnny Depp dans 21 Jump Street que j’ai suivi chez les cinéastes indépendants, les Jim Jarmusch, John Waters et Tim Burton.» Pas traumatisée sur le coup, elle sort inspirée de cet écolage en sauvageonne. «Chez moi, c’était très drôle, spécial et mordant. La tendresse s’exprimait de manière, disons, caustique. Cela pouvait passer pour de la froideur.» D’où sans doute son humour, décalé jusqu’au malaise. «J’aime la sensation de gêne ici, rigolade là-bas, le dilemme entre adorable et horrible. Ça oblige à chercher plus de complexité.» D’où aussi ce mystère qui l’enveloppe comme un instinct. «Grandir ainsi, m’a laissé le goût de comprendre un personnage par ce qu’il ne dit pas. Le silence est parfois plus intéressant que le bavardage.» Le noir illuminé de Jeune femme l’habille. «Jamais je n’ai eu conscience d’être autant aimée. Scrutée, désirée, quel bonheur!»

Au dernier Festival de Cannes, Laetitia Dosch a pu jouer les princesses. «Et le parcours du combattant, hein! C’était une vraie colonie de vacances, courir en tongs pour la robe Dior, la maquilleuse, le coiffeur, le bal des attachées de presse, des interviews!» Et au final, la Caméra d’or, honneur prisé qui distingue le meilleur premier film toutes sélections confondues. Ce petit monstre de Jeune femme se voyait sacré. «C’est des jeux. Après, être jolie, j’aime bien. Et les gens aimaient soudain Paula, tellement dans la détresse, si animale au début, qui se redéfinit, et même par le mensonge, arrive à des rapports d’amitié.» La suite la voit ruer dans les barricades du conformisme. Après un tournage avec Romain Duris, le feu follet revient à ses premières amours et rue dans les barricades. «Hate, le spectacle que je crée à Vidy en juin, c’est moi et un cheval. Je lui lis mon journal intime. Je travaille avec le manège de Gimel, Shantu.» La logistique de l’opération ne l’effraie pas trop. «Il va peut-être falloir que je me rapproche, que je loue un truc.» Chic, Mlle Dosch sera bientôt vaudoise.

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