72% des jeunes Lausannoises cibles de harcèlement de rue

SécuritéMain aux fesses, sifflements, attouchements ou insultes, les autorités assurent vouloir combattre ce phénomène qui n’épargne pas la capitale vaudoise.

Les types d'agressions rapportées par les personnes sondées. Source: Ville de Lausanne.

Les types d'agressions rapportées par les personnes sondées. Source: Ville de Lausanne.

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Avoir sa mine grave, Pierre-Antoine Hildbrand semble avoir encore de la peine à mesurer les chiffres qu’il articule, ce lundi matin à l’Hôtel de Ville de Lausanne. Il est le municipal de la police. Ces chiffres sont le résultat d’un sondage de victimisation effectué l’été dernier dans la ville où il doit maintenir l’ordre: sur les 210 personnes interrogées, 72% des femmes âgées de 16 à 25 ans ont affirmé avoir été confrontées au harcèlement de rue lors des douze derniers mois. Et certaines plusieurs fois. «Ces chiffres sont importants», concède le municipal. Tellement important que la nouvelle Municipalité a inscrit la lutte contre le harcèlement de rue au programme de sa législature. Des mesures seront prises sans tarder. Elles cibleront les groupes de jeunes qui insultent, sifflent, font des avances sexuelles ou touchent les femmes la nuit.

Les autorités le reconnaissent volontiers: l’échantillon de personnes sondées en juin et en juillet dernier, qui étaient des femmes plutôt jeunes à 90%, n’est pas représentatif. «Il n’y avait pas non plus de touristes dans le lot», explique Yolande Gerber, de l’Observatoire de la sécurité. Les résultats de l’enquête n’en sont pas moins éclairants. «Ils sont à l’image du harcèlement de rue tel qu’il se déroule en Europe. Ils sont d’ailleurs semblables à ce qui a été constaté dans une ville comme Bordeaux», compare Pierre-Antoine Hildbrand. L’enquête dévoilée ce lundi fait suite à une interpellation déposée au Conseil communal en début d’année, elle-même faisant écho aux graves incidents sexistes survenus à Nouvel-An à Cologne, en Allemagne.

Du sifflement aux attouchements, toute la palette du harcèlement est vécue à Lausanne. Il se déroule généralement quand il fait nuit (77% des épisodes). Les auteurs sont des hommes âgés à 79% de 25 à 35 ans. Dans le 55% des cas, ils agissent en groupe. Les trois lieux les plus fréquents de harcèlement étaient les parcs ou les rues (46%), les bars, restaurants ou discothèques (18%) et la gare CFF (11%). Dans le détail, les endroits les plus cités à Lausanne sont le Flon (18 cas), Montbenon (12), la Riponne (12) ou encore la rue de Bourg (11). Qui sont les harceleurs? Yolande Gerber: «Nous n’avons pas défini de profil avec cette étude. Toutefois, plusieurs personnes interrogées ont mentionné des groupes de jeunes hommes, parfois alcoolisés dans des parcs, tout comme des personnes supposées dealers.»

Les mesures qui seront prises

«Nous n’allons pas lutter contre l’ensemble des problématiques liées au harcèlement», prévient le municipal de police. L’éclairage public sera amélioré, la présence policière sera accrue dans certains lieux clés, l’action des correspondants de nuit sera adaptée, et des actions de sensibilisation et de prévention seront menées. Dans un deuxième temps, il s’agira d’offrir de meilleurs outils aux victimes, pour les inciter à porter plaintes alors que seule une dizaine d’entre elles le fait en moyenne chaque année dans la capitale vaudoise. Il est encore question de réfléchir au développement de «trajets nocturnes sécurisés.» Instaurer des zones sauves? «Non. Il n’est pas question de marquer des rues ou des parcs selon leur dangerosité pour les femmes, ni de leur réserver des places dans les bus, mais, selon les heures, de renforcer la présence policière le long de cheminements piétonniers», précise Pierre-Antoine Hildbrand.

Créé: 19.12.2016, 13h42

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Ce qui est punissable pénalement

A Lausanne, les manifestations du harcèlement de rue le plus souvent rapportées par les personnes interrogées cet été sont les sifflements, que 88% des victimes disent avoir subis. «Des comportements potentiellement punissables pénalement ont également été cités, et ce dans des proportions non négligeables», relèvent les enquêteurs. Il faut en effet savoir que le harcèlement de rue en tant que tel n’est pas réprimé en Suisse, mais que certaines de ses manifestations constituent des infractions pénales. Ainsi, 63% des personnes interrogées ont dit avoir été insultées, 10% ont eu droit à des gestes obscènes et 32% affirment avoir subi des attouchements (main aux fesses, frottement…). Pour 50% des victimes, les épisodes de harcèlement se sont produits au moins une fois par mois. Enfin, 42% des victimes ont dit avoir été suivies. À noter que les regards insistants n’ont pas été inclus dans le questionnaire, or, d’après les retours des enquêteurs à l’observatoire de la sécurité, ces comportements ont été mentionnés plusieurs fois par des personnes interviewées.

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