Passer au contenu principal

À Lausanne, un raz-de-marée historique

Les femmes, et aussi des hommes, ont manifesté par milliers dans les rues de la capitale vaudoise. Leur nombre a dépassé les 40'000 de la place Saint-François à la Riponne.

Lausanne mauve de monde… Un frisson porté par le sentiment de vivre un moment historique a parcouru la marée humaine qui a déferlé sur la capitale vaudoise vendredi soir. À 19h30, le grand défilé arrivait à la place de la Riponne. Et il y avait encore de nombreuses manifestantes, et des manifestants, à la gare, voire plus haut, vers le point de départ, la place Saint-François. Du jamais-vu. Une foule de 40'000 personnes, selon la police, davantage selon de nombreuses voix, lançait des vagues de clameurs entrecoupées de slogans: «Solidarité avec les femmes du monde entier», «Égalité, égalité». Ou encore «Fières, vénères et pas près de se taire».

Dans la chaleur orageuse, les sourires ornaient les visages. «C’est incroyable, je n’ai jamais vu ça», relève une membre du staff d’encadrement, qui n’en est pourtant pas à sa première manifestation. Toutes les générations étaient représentées, de celles qui ont connu d’autres batailles dans le passé jusqu’aux fillettes hautes comme trois pommes juchées sur les épaules de leur papa ou de leur maman. Les cinq conseillères d’État vaudoises n’ont pas manqué le rendez-vous et se sont réunies avant le départ du défilé pour marquer leur soutien. Avant de manifester en ordre dispersé.

Une journée intense

Ce grand défilé a conclu une journée qui a mobilisé des milliers de femmes un peu partout en Suisse. Et bien sûr dans le canton de Vaud. Déjà en début de matinée. Une quarantaine de femmes et quelques hommes se sont ainsi rassemblés devant l’entrée principale du centre commercial La Combe à Nyon, bloquant l’accès aux magasins. La mobilisation a duré de 8h à 9h15. Elle a surpris les clients qui, pour la plupart, ont pris le désagrément avec le sourire, avant d’user des portes latérales pour rejoindre les commerces.

Au même moment, à Lausanne, le petit-déjeuner prévu sur le pont Bessières a détourné la route de bien des pendulaires. La menace de lourds nuages – davantage que quelques coups de klaxon rageurs – a probablement douché l’enthousiasme d’une partie des grévistes. Mais elles étaient une bonne centaine de femmes à avoir amené de quoi faire. Un panier à pique-nique pour certaines, un simple café à l’emporter pour d’autres.

Proximité du Gymnase de la Cité oblige, une bonne partie des manifestantes étaient très jeunes, accompagnées par quelques copains. «Les choses changent si lentement en Suisse qu’il faut s’y mettre tôt si on veut avoir un impact sur notre avenir», soutient l’un d’eux. Sous les parapluies, on parle de choses et d’autres, notamment d’un lourd programme fait de multiples actions en ville. «La flashmob de la gare, puis un repas préparé par des hommes solidaires à Pôle Sud et un tour par la Sallaz avant le défilé de fin de journée», détaille Clara. La journée sera longue et, déjà, les grévistes quittent le pont en faisant retentir quelques slogans: «Les femmes sont dans la rue; patriarcat, t’es foutu!»

L’appel partout

En fin de matinée, l’appel à la grève a été lancé en plusieurs endroits du canton. Non sans clins d’œil, comme à Yverdon-les-Bains, où environ 250 personnes étaient réunies sur la place Pestalozzi, rebaptisée pour l’occasion «Place Anna Pestalozzi-Schulthess (1738-1815), soutien indéfectible de son époux».

Sur la Riviera, près de 600 personnes se sont retrouvées en fin de matinée vendredi sur la place Robin à Vevey, désignée lieu de rassemblement régional. Elles ont suivi à la lettre le mot d’ordre: «Faites du bruit!» L’ampleur du mouvement a même surpris ses instigatrices. «Il y a là des gens venus de la Veveyse fribourgeoise ou encore de Lutry, se réjouit Charlotte Olivieri, membre du collectif Grève de femmes, Grève féministe Riviera. Mais cela fait depuis la Journée de la femme du 8 mars que nous préparons cet événement.» À Vevey, plusieurs projections de films en lien avec l’égalité hommes-femmes ont été mises sur pied ces dernières semaines. Le Festival des femmes insoumises et fières en action (FFIFA) a même vu le jour dans la salle de concert du Rocking Chair. Et tout cela a fait boule de neige vendredi. Durant l’après-midi, la foule a encore grossi durant le défilé dans les rues de la ville.

À Lausanne, la place Saint-François était déjà couverte de mauve à 11h. Des centaines de personnes pour ovationner la quinzaine de femmes déclamant l’appel officiel. Et au milieu de la foule, Irène, 82 ans, «présente à Berne pour la grève de 1991 et triste de devoir remettre ça car les choses ne changent pas». Avec un motif d’espoir tout de même, «celui que toutes ces jeunes fassent pression ensemble». Non loin, un père de famille, venu avec ses deux fils en bas âge. «Parce que les différentes revendications sont justes et qu’elles doivent gagner en visibilité. Et parce qu’il est temps d’influencer le rapport de force.»

La santé sous tension

Les professions de la santé se sont mobilisées au CHUV à Lausanne, où 200 collaboratrices se sont rassemblées en fin de matinée. «Nous vous demandons un rendez-vous dans les deux semaines», a lancé une responsable du Syndicat des services publics (SSP) à la conseillère d’État socialiste Rebecca Ruiz, à la tête du Département de la santé et de l’action sociale, venue à leur rencontre. Demande qui sera honorée: «Je me réjouis de pouvoir les entendre dans un cadre évidemment autre. Nous pourrons discuter de tous ces points de manière constructive», a déclaré la conseillère d’État.

Les revendications sont multiples. Salariales, d’abord: «Concrètement, nous demandons une augmentation d’une classe des fonctions à majorité féminine.» Les infirmières, par exemple, sont en première ligne: «Je suis en colère, a déclaré l’une d’elles, qui travaille en pédiatrie. Nous sommes une profession HES (ndlr: haute école spécialisée) parmi les moins bien payées car c’est un métier féminisé. Et nous sommes dirigées par des hommes.» L’accès aux postes à responsabilités, une meilleure conciliation de la profession et de la vie de famille, davantage de places dans les crèches ou encore l’intégration de la maternité dans les longues formations médicales figurent parmi les revendications. Les hommes ne sont pas exclus: «Mon conjoint se bat pour obtenir un temps partiel masculin», a raconté une collaboratrice.

Heure symbolique

Pour souligner ces inégalités, un moment: 15h24, l’heure symbolique à laquelle les femmes ne sont plus payées. Sur la place Saint-François de Lausanne, les femmes ont hurlé le compte à rebours puis se sont prises par le bras, se sont serré les coudes et ont levé le poing sur les paroles de «Debout les femmes!» En attendant que tout le canton converge vers elles, jusqu’à la grande manifestation de 18h, pour agrandir «cette chaîne humaine et indestructible».

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.