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Michel Frizot dévisage «L’homme photographique» droit dans les yeux

L’historien magnétise par sa vision iconoclaste de la fabrique des images.

Edvard Munch, «Autoportrait à la Marat», 1908: «Il guette ce qui sur la plaque, mimera une image de la mémoire.»
Edvard Munch, «Autoportrait à la Marat», 1908: «Il guette ce qui sur la plaque, mimera une image de la mémoire.»
DR

Quelques images se perdent dans près de six cents pages denses. Pourtant, «L’homme photographique» magnétise le regard. Iconoclaste érudit, Michel Frizot y détruit les clichés avec une originalité contagieuse.

Il y a plus de quarante ans que ce Bourguignon se passionne pour la photographie, ce lien moderne entre l’art et les sciences. Diplômé de licences en physique-chimie, musicologie, histoire de l’art, premier titulaire d’une chaire d’Histoire de la photographie à l’École du Louvre, désormais chercheur émérite au CNRS, l’expert ne pontifie jamais. Comme si la spontanéité de son médium favori l’immunisait.

Car la photographie pose en discipline échevelée. Le maître a beau ordrer sa réflexion sur trois axes, le procédé qui capture le réel, le couple entre l’opérateur et la machine, et enfin, la relation créée entre un produit fini et les yeux qui s’y posent. La matière reste indocile, «Homo photographicus» résiste aux théories. D’autant qu’à la suite du sociologue Barthes dans sa fameuse «Chambre claire» (1979), Michel Frizot dynamite les concepts académiques. C’est dans les archives photographiques des peintres Munch ou Bacon, du dramaturge Strindberg qu’il extirpe du sens. Le pointilliste Bonnard lui donne la berlue, le plasticien Brancusi le flashe par sa sculpture de photos.

Analysant les stades historiques de la fabrique des images, il revient aussi sur l’émerveillement scientifique à matérialiser le mouvement invisible à l’œil nu au XIXe siècle. S’amuse de l’effroi provoqué au XXe, par l’avènement du numérique. Considère avec une curiosité perplexe le triomphe contemporain du cliché d’amateur, sans toutefois causer «selfie». Lui collecte les images anonymes dans les marchés aux puces depuis plus de trente ans. Tout un dossier non domestiqué, sauvage, sur ce qui constitue la nature même de notre humanité.

«Ce que je vois de ce que je sais, conclut cet essayiste atypique. On ne décrypte une image qu’à l’aune de ce qu’on sait. Une photographie n’est pas une connaissance directe, immédiate, des choses. Mais un filtre qui permet de lire, de trier, de faire advenir.» Cécile Lecoultre

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