Comment atténuer la fournaise des villes

EnvironnementLa chaleur s’emmagasine davantage dans les milieux urbains qu’à la campagne. Les autorités multiplient les idées pour diminuer ces îlots de chaleur.

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Le rat des villes souffre davantage de la canicule que le rat des champs? Normal: l’asphalte des toits des bâtiments, des routes et des parkings absorbe bien plus de chaleur que la végétation. S’ajoute encore celle générée par les véhicules, l’industrie et les installations de chauffage et de climatisation. S’il fait en moyenne 2 à 3 °C de plus en milieu urbain, des différences de 10 °C ont déjà été mesurées.

Le futur s’annonce encore plus chaud. Une étude mondiale publiée fin mai prédit une augmentation de 7 °C dans les grandes villes d’ici à 2100. Selon les analyses mandatées par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), la différence actuelle de température provoquée par l’îlot de chaleur urbain sur les territoires de Genève et de Bâle s’élève en moyenne à 1 °C. L’OFEV prévoit une augmentation entre 1,3 et 3 °C d’ici à 2060. L’impact est jugé «clairement négatif» par les auteurs: «Les domaines les plus touchés en termes de risques sont la santé, les infrastructures et bâtiments et la biodiversité, et ce pour le canton de Genève comme pour l’ensemble du Grand Genève», conclut le rapport de l’OFEV.

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En réaction, les villes mettent en place depuis quelques années des mesures pour se rafraîchir. La Suisse est dotée d’une stratégie nationale d’adaptation aux changements climatiques. L’OFEV mène des analyses, notamment basées sur les expériences des autres villes du monde (lire encadré), afin de proposer aux communes et aux cantons des moyens d’action. Ceux-ci sont variés.

«Tout le monde a déjà fait l’expérience de comparer la sensation d’un sol noir à un sol clair sous ses pieds à la piscine»

«Il s’agit en général de tendre vers des villes plus écocompatibles», résume Roland Hohmann, de la Section rapports climatiques et adaptation aux changements de l’OFEV. Soit préférer le bleu et le vert au gris: multiplier les sources d’eau, qui créent des microclimats, réduisent les fluctuations de température et augmentent l’humidité de l’air. Les plantes sur les toits et les murs contribuent quant à elles à réduire la chaleur, de même que les teintes claires pour les revêtements et les murs. «Tout le monde a déjà fait l’expérience de comparer la sensation d’un sol noir à un sol clair sous ses pieds à la piscine», image avec humour le spécialiste. Un toit foncé peut ainsi atteindre 80 °C sous un soleil tapant, un toit végétal 29 °C. «L’air frais des montagnes avoisinantes doit pouvoir circuler vers la ville, ajoute encore le spécialiste. Il s’agit donc de ne pas le bloquer avec des constructions.»

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Projet pilote à Sion

Plusieurs villes suivent déjà ces conseils, en particulier Sion. La ville valaisanne, qui a connu les plus fortes hausses de température du pays au cours des dernières décennies, a lancé le projet pilote «Acclimatasion» en 2014 avec le soutien de la Confédération. Depuis, une grande opération de sensibilisation à la nécessité de verdir la ville a été menée auprès du public, des constructeurs privés ainsi que des décideurs politiques. Les teintes claires sont devenues obligatoires pour certaines zones à bâtir, tandis qu’un projet en cours de consultation envisage de rendre la végétalisation des toitures plates obligatoire.

Les résultats les plus probants d’«Acclimatasion» peuvent s’observer au cours Roger-Bonvin. Délaissé depuis quelques années, l’espace a été entièrement remodelé en un an et demi. Avec sa pataugeoire et ses 700 érables fraîchement plantés, l’endroit est devenu un lieu prisé des Sédunois. «C’est un grand succès que l’on peut mesurer à la nouvelle fréquentation du cours, se réjouit Lionel Tudisco, responsable de projet d’«Acclimatasion». Pour l’urbaniste, les effets bénéfiques du projet se mesurent avant tout au ressenti de la population. «Ils profitent d’un lieu agréable sans qu’il ait été nécessaire de leur rabâcher les oreilles avec le réchauffement climatique», souligne-t-il.

D’autres villes suivent peu à peu les traces de la cité valaisanne. Lausanne, souvent citée en exemple pour l’entretien écologique de ses espaces verts, est très axée sur la végétalisation de ses toits. Et depuis 2012, la Ville offre un soutien, «de manière ponctuelle et selon ses moyens, aux propriétaires privés qui optent pour des toitures plates semées de plantes et d’herbe».

Genève ne possède quant à elle pas de plan spécifique lié au phénomène, mais des mesures sont à l’étude depuis l’adoption du plan climatique cantonal en 2015, explique Rémy Zinder, directeur du Service cantonal du développement durable, qui précise: «Cela ne veut pas dire que rien n’a encore été fait.» Avec ses 330 hectares d’espaces verts, ses 360 fontaines, 274 bornes d’eau potables et deux jets d’eau – celui de la Rade et celui de la place des Nations –, Genève, en tête du classement des villes les plus vertes du pays, peut compter sur sa végétation pour se rafraîchir. «En cas de fortes chaleurs, nous nous assurons que tous les points d’eau fonctionnent, ajoute Anaïs Balabazan, du Département des constructions et de l’aménagement. C’est d’ailleurs un sacré boulot!»

En Suisse alémanique, on se penche surtout sur l’analyse. Entre 2010 et 2011, Zurich a procédé à une étude détaillée de son climat, répertoriant les éléments posant problème, comme les fortes chaleurs, les entraves à la circulation de l’air ou l’augmentation de la pollution atmosphérique. Depuis, les autorités zurichoises encouragent les constructeurs à limiter la hauteur des bâtiments et la densité des constructions afin de favoriser l’aération des rues. Berne, également dans l’analyse, mène quant à elle un projet pilote étudiant le rôle et la gestion des arbres dans un développement urbain adapté au réchauffement climatique.

De vrais progrès?

Sait-on si ces efforts sont efficaces? A Sion, les mesures scientifiques des effets d’«Acclimatasion» ne sont pas disponibles. «Ces analyses sont compliquées et coûteuses à réaliser, explique Lionel Tudisco. Elles peuvent en outre apporter un effet négatif: le politique qui ne voit pas d’effet sur le thermomètre peut décider d’annuler les mesures. Or, depuis le lancement de notre projet, on ne cesse de battre des records de chaleur. La preuve qu’il y a nécessité d’agir.» Lionel Tudisco ajoute que la démarche n’est pas uniquement axée sur le refroidissement de la ville, mais davantage sur une volonté d’amélioration générale de la qualité de vie.

A l’OFEV, Roland Hohmann indique que, pour l’heure en Suisse, il n’existe pas d’analyse sur les progrès globaux des villes. «On peut toutefois sentir et mesurer le changement de température sur une place où des arbres viennent d’être plantés, assure le spécialiste. Sur la place Fédérale à Berne, l’air est nettement plus frais lorsque les jets d’eau sont allumés.» A Munich, des analyses thermiques révèlent effectivement qu’une augmentation de 10% de la surface végétalisée entraîne une baisse des températures de l’air de 1 °C dans un rayon de 100 m.

(24 heures)

Créé: 22.06.2017, 19h46

Dans le monde entier, la révolution verte est en marche

Depuis une dizaine d’années et la popularisation des questions liées au réchauffement climatique, la lutte contre la fournaise urbaine est un défi pour les urbanistes et les architectes du monde entier. Des expériences pilotes pour se ventiler sont développées dans la plupart des mégapoles.

Les efforts de New York ont probablement été les plus relatés dans la presse: en 2010, le très médiatique maire Michael Bloomberg lance, rouleau de peinture à la main, l’opération «White roof project». Le but: repeindre les toits en blanc afin de faire baisser la réflexion du soleil. Motivés par la promesse d’une économie de 30% sur leur facture d’électricité, les habitants ont éclairci des centaines de toitures.

Surpolluées, les autres villes américaines ne sont pas en reste. Le revêtement de la rue la plus étouffante de Los Angeles, la Jordan Avenue, a ainsi été entièrement remplacé par un matériau blanc. La température aurait baissé depuis de 10 °C.

En Asie, la mégapole coréenne de Séoul a, elle, carrément rendu à l’air libre une rivière couverte depuis 40 ans par une autoroute à deux étages, dans les années 2000. Le résultat est pour le moins spectaculaire.

Au Japon, Tokyo encourage ses habitants à récolter et à conserver l’eau de pluie afin d’en asperger les trottoirs en cas de grosse chaleur. Tout bête, mais efficace pour donner un coup de frais à l’atmosphère.

Le concept, en réalité initialement pratiqué par nos aïeux, a également été repris dans des contrées plus proches, à Lyon. La cité française a cependant délaissé les seaux pour un système d’arrosage automatisé. A l’instar de plusieurs villes françaises, Lyon a en outre créé un écoquartier où des plans d’eau circulent entre les immeubles. Traumatisée par la canicule de 2003, la France est particulièrement active dans la lutte contre les îlots de chaleur. Paris a fait de gros efforts, dont les très populaires Paris Plages aux bords de la Seine. L’eau du fleuve n’est guère propice à la baignade, mais des brumisateurs se chargent de rafraîchir les Parisiens.

L’Espagne n’est pas non plus en reste. Barcelone a opéré de grands changements. Plusieurs grandes rues ont été rendues aux piétons et reverdies avec des plantations d’herbe, d’arbustes et d’arbres, tandis que des carrefours ont été réaménagés en petits parcs.

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