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Netflix hérite des kids Baudelaire

La plate-forme de chargement suit sa politique et crée avec flair. Voir cette adaptation des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire.

Depuis trois ans, l’Américain Netflix s’incruste dans le paysage audiovisuel européen. Si la plate-forme de streaming s’enorgueillit de compter 75 millions d’abonnés dans le monde, dans les six pays ouverts depuis 2014, Suisse, France, Allemagne, Belgique, Autriche et Luxembourg, ses membres se limitaient à 2 millions selon la dernière statistique - moins de 200’000 ici. Sa cote d’amour reste donc succincte mais affirme son patron Reed Hastings, le nombre de ses adeptes ne cesse de progresser. Et pour cause. Au bénéfice d’une agressive politique de création, Netflix prend ses marques par rapport à la concurrence, notamment Canal Plus.

Encore chiche en matière de septième art, le catalogue a enflé jusqu’à tripler à fin 2015, et pour 80%, dans le domaine des séries. Du suspense philosophico-S.F. The OA qui tutoie les anges, au délicieux Stranger Things qui copine avec Spielberg, en passant par la relecture néo-trash de David Lynch avec Riverdale (lire ci-dessous), ou le véhicule à star Santa Clarita Diet, avec Drew Barrymore, un style de production peine à se dégager. Joli paradoxe, cet éparpillement, venu d’une cible planétaire au flou artistique indéfinissable, devient la force singulière de Netflix. Furetant dans les séries sud-américaines ou asiatiques, le site préfère absorber une mosaïque de tendances, qu’opter pour le nivellement par l’uniformisation. Quitte à aligner quelques ratés flagrants au côté de puissantes réussites. Toute l’histoire au fond, des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire.

Ce best-seller de la littérature jeunesse a été créé en 1999 par le Californien Daniel Handler. L’écrivain, humilié par une suite de romans soldés par des flops irrévocables, voulait se venger en détournant les règles du genre que lui imposait son éditeur. Sous le pseudo de Lemony Snicket, le plaisantin imaginait que son méchant comte Olaf gagnait à chaque épisode, captant l’héritage d’orphelins maudits à la misère. Par bonheur, les gamins, Violette 14 ans, dynamique technicienne surdouée, Klaus, 12 ans, rat de bibliothèque averti, et le bébé Prunille, dévoreur de matériaux divers, puisaient dans leur génie inné la force de survivre. Près de soixante millions d’exemplaires se sont arrachés autour du globe - beaucoup moins dans les territoires francophones, néanmoins. En 2004, un film porté par le comédien contorsionniste mutant Jim Carrey en noble idiot machiavélique, Meryl Streep, Jude Law et Timothy Spall en seconds rôles, échouait au box-office. Métamorphose magique, la série bluffe avec un humour crasse digne du texte original. Optant pour de bons acteurs de fond, Neil Patrick Harris, sans jouer la carte «performance de stars», la première saison déploie une atmosphère nimbée de réjouissante absurdité et de méchanceté revendiquée. Car à la réflexion, le réalisateur et producteur Barry Sonnenfeld, par ailleurs «show runner», s’amuse à ricaner comme bon lui semble.

Pour mémoire, dans son excellente adaptation de La famille Addams, le New-Yorkais punissait déjà les gosses en leur infligeant la vision de dessins animés Walt Disney. Séduisante torture. Producteur du film de 2004, le facétieux a pris la leçon. Avec dérision, il multiplie d’ailleurs les allusions à la supériorité du format série télé sur le long-métrage traditionnel. Et de se lâcher au point de s’interroger sur le public visé. Caressant les dilemmes adolescents dans une séquence, il les raille à la suivante. Prenant le ton sentencieux des profs de grammaire dans un dialogue, il flatte les potaches aussitôt que le narrateur tourne le dos. Dans des ambiances gothiques très léchées, façon Amélie Poulain draguant Tim Burton, ces petits-enfants d’Oliver Twist souquent dans des galères piquetées de références. D’une sonate de Scriabine à une allusion à Edgar Poe, Men in Black ou Sonic Youth, la pop culture déménage dans un train fantôme inédit. Ce joyeux bric-à-brac pourrait décontenancer. La série force la sympathie, poétique et bordélique. La suite de la saga, définitivement bouclée en 2006, occupe déjà les acteurs. Avant qu’ils ne grandissent.

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, Netflix, 8 X 50’

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