La pierre, nouveau marché du crowdfunding

ÉconomieLes opérations de financement par des particuliers font irruption dans le secteur immobilier.

A Lancy (GE), cet immeuble a bénéficié d’une opération de «crowdlending» d’un montant de 800 000 francs.

A Lancy (GE), cet immeuble a bénéficié d’une opération de «crowdlending» d’un montant de 800 000 francs. Image: DR

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Largement entré dans les mœurs, le financement participatif touche un nouveau secteur. Longtemps limité à des dons avec ou sans contrepartie (le plus souvent symbolique), le phénomène que les experts appellent crowdfunding (littéralement «financement par la foule») a énormément évolué au cours des dernières années. Deux déclinaisons en particulier cartonnent: le «crowdinvesting» (également appelé «crowdequity») et le «crowdlending». Si le premier vous permet de devenir actionnaire d’une jeune société, la seconde formule se résume à un prêt avec intérêt. Depuis quelques années, ce phénomène prospère sur une nouvelle branche de l’économie: l’immobilier. SwissLending, CrowdHouse ou encore StoneClub, les plates-formes se sont multipliées en Suisse au cours des deux dernières années et semblent faire face à une forte demande.

Pour SwissLending, société basée à Genève, son patron, Dominique Goy, parle d’une activité passée, entre 2016 et 2017, de 2,9 millions de francs à 15 millions cet automne. D’ici à la fin de l’année, ce dernier prévoit même d’atteindre les 20 millions. Après une première période où le patron devait se débrouiller seul pour trouver des projets, ce dernier assure que les requêtes spontanées se succèdent désormais.

«Régulation inadaptée»

Mais si cette croissance peut paraître impressionnante, en comparaison à ce qui se passe dans certains pays voisins comme la France, le crowdfunding immobilier reste en réalité très limité en Suisse. Pourquoi? En raison de la régulation mise en place par la FINMA. L’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers impose en effet que tout objet d’une valeur supérieure à un million de francs ne puisse pas être financé par plus de 20 actionnaires. Du coup, le ticket moyen d’entrée pour l’investisseur reste très élevé: de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers de francs, si ce n’est plus. «Aujourd’hui, il serait plus juste de parler de plates-formes numériques d’investissements plutôt que de vrais financements participatifs», concède d’ailleurs Dominique Goy. «La législation actuelle n’est pas du tout adaptée au crowdfunding», rappelait récemment dans nos pages Vincent Pignon, président de la Swiss Crowdfunding Association.

Conscient du frein que cette régulation inflige à son modèle d’affaires, le patron de SwissLending espère que les lois en vigueur seront rapidement assouplies pour que le crowdfunding immobilier puisse d’une part être rapidement accepté en Suisse et, d’autre part, séduire d’autres acteurs. Dans une récente interview sur le potentiel du digital pour le secteur bancaire, Patrik Gisel, le patron de Raiffeisen en Suisse, évoquait en tout cas ce modèle de financement immobilier comme une «piste potentielle de nouvelles affaires».

Investissements risqués

Cet engouement se comprend essentiellement par les intérêts mis en avant par les différentes plates-formes. Dans une période de taux négatifs et de marchés obligataires sinistrés, les rendements découlant du crowdfunding immobilier séduisent. Pour le crowdlending, ils peuvent atteindre entre 7 à 10%, selon Dominique Goy, voire jusqu’à 15% (sur une durée de vingt-quatre mois), selon le site de la régie romande Gérofinance-Dunand. Légèrement moins pour le crowdinvesting. «Bien évidemment, si les rendements espérés peuvent être relativement élevés, c’est aussi parce que d’importants risques existent», rappellent les experts de cette régie immobilière en soulignant qu’il est même tout à fait possible de «perdre la très grande majorité de son investissement».

«Pour limiter les risques, il est nécessaire de faire un travail très pointu de Due Diligence (contrôles financiers)», explique pour sa part Dominique Goy. Etude du plan de trésorerie, vérification de la solidité du promoteur immobilier ou encore intervention de notaires et d’avocats. Suivant l’opération, des pistes existeraient pour diminuer le danger de ce type d’investissements. «Une garantie supplémentaire concerne le fait que le gros des emprunts reste à la charge des banques classiques (ndlr: environ 40% du montant de la promotion). Or ces dernières se chargent également de vérifier la faisabilité technique et financière d’un projet», précise le patron de SwissLending. Quant aux montants provenant du crowdlending, ils ne dépassent pas les 10% du projet global. (24 heures)

Créé: 09.10.2017, 07h36

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