Une pluie d’argent sur les start-up de l'EPFL

CapitalLes investissements dans les sociétés de la haute école explosent depuis trois ans. En Europe aussi.

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Au début du millénaire, entre la route cantonale et l’avenue du Tir-Fédéral, à Renens, trois bicoques venaient d’être construites. Au milieu des champs, elles formaient un hameau au nom futuriste, le Science Park de l’EPFL. Une vingtaine de jeunes pousses s’y côtoyaient, et le soir les étudiants y consommaient régulièrement pizzas et bières. Peut-être débattaient-ils de l’intrusion, mal perçue à l’époque, du monde privé dans celui de l’académie.

Aujourd’hui, les fameuses PSE A, B et C existent toujours, mais paraissent vieillottes à côté des nouvelles structures vitrées qui ont jailli des prairies entre-temps, du Rolex Learning Center au SwissTech Convention Center. Quatorze buildings ont émergé dans ce qui est désormais une cité réputée à l’international: l’EPFL Innovation Park. Ils accueillent plus de 160 entreprises et plus de 2000 personnes. Des doctorants, des savants fous, des scientifiques qui maîtrisent désormais presque tous l’anglais et comprennent le langage du business. Celui de la synergie avec le monde de l’entreprise.

«Il a su faire rêver les gens»

Sous l’ère de Patrick Aebischer, ce quartier, les mentalités et les domaines d’expertise de la haute école se sont métamorphosés. En l’an 2000, quand le Fribourgeois a accédé à la présidence de l’EPFL, on y pratiquait surtout le français, le domaine des sciences de la vie était embryonnaire et la poignée de sociétés affiliées à l’école avaient attiré 11 millions de francs d’investissement.

Cette année, ce montant a été multiplié par 35. Quelque 385 millions de francs, dont plus des deux tiers dans les life sciences, auront été levés par des spin-offs issues de l’EPFL ou start-up basées dans le quartier de l’innovation. Une explosion qui a franchi un seuil en 2014, quand la barre de 200 millions a été franchie. La haute école soutient désormais la comparaison avec les plus grands centres économiques internationaux, à l’instar de New York. Selon la presse anglo-saxonne, les start-up dans les sciences de la vie de cet Etat américain ont levé 256 millions de dollars en 2015. Des montants qui semblent loin des 2 milliards récoltés dans le Massachusetts et des 4,8 milliards atteints en Californie. Mais, rapportés au nombre d’habitants sur l’arc lémanique, c’est comparable.

Et par rapport à l’EPFZ? Difficile à dire, l’éternel rival ne publie aucun chiffre à ce sujet. En termes de créations de start-up par contre, le grand frère alémanique reste devant avec plus d’une vingtaine de nouvelles jeunes pousses par an contre une quinzaine pour sa petite sœur romande.

Patrick Aebischer a contribué à développer une université de rang mondial avec un accent sur la convergence des technologies de l’information, des nanotechnologies et de la biotech. «Il a su faire rêver les gens, il sait leur donner envie d’entreprendre de grands projets et leur donner les moyens de les lancer. Il est un communicateur hors pair. C’est un des ingrédients nécessaires pour fédérer les énergies», selon Alain Nicod, associé chez VI Partners, un fonds de capital-risque actif sur le campus. «Le fait qu’il soit issu d’une famille d’artistes a joué un rôle important dans sa manière de penser, dans sa créativité.»

Le budget annuel de l’EPFL a doublé sous sa présidence pour passer à 900 millions de francs. Les deux tiers émanent de la Confédération, le reste vient de fonds de recherche (Fonds national suisse de la recherche scientifique, fonds européens, fondations telles que celle de Bill & Melinda Gates et fonds industriels) et de la philanthropie (telle que la Fondation de Hansjörg Wyss et la Fondation de la famille Bertarelli).

Etudiants et entrepreneurs semblent aujourd’hui s’accorder: les investisseurs helvétiques sont trop frileux, et c’est dangereux. Certains d’entre eux craignent en effet que les sociétés bénéficiant de fonds étrangers ne soient poussées à délocaliser leurs effectifs dans le pays de leurs investisseurs. Le spécialiste de diagnostics moléculaires Biocartis – la société de l’EPFL qui a levé le plus de fonds jusqu’à présent – a succombé aux propositions de soutien de la Belgique, deux ans après sa fondation, en 2007. Le groupe siège désormais au nord de la capitale belge et est coté à la Bourse de Bruxelles.

Il y a pourtant beaucoup de fonds de capital-risque en Suisse, dont deux grands: Index Ventures, basé à Genève, et le Novartis Venture Funds, actif dans les sciences de la vie. «Il y en a peu en Suisse par rapport aux Etats-Unis. Par rapport à l’Europe par contre, c’est tout à fait comparable», estime Hervé Lebret, maître d’enseignement et de recherche à l’EPFL. Selon lui, il faut relativiser le succès en termes de levées de fonds à l’EPFL, étant donné que le capital-risque explose également en Europe depuis trois ans.

Attention: écosystème fragile

«Pour générer davantage de richesse, il manque désormais en Suisse des growth funds (ndlr: fonds de croissance en français), dans lesquels les caisses de pension et les nombreuses banques de la place pourraient investir», selon Patrick Aebischer. Le président répète également souvent qu’il préférerait voir arriver dans la région une multinationale dans le big data – qui constituerait un levier de croissance extraordinaire – plutôt qu’un Prix Nobel, qui aurait moins d’impact.

Dans la Silicon Valley, énormément d’argent a été gagné grâce à la technologie, des montants régulièrement réinjectés dans les nouvelles jeunes pousses. «En Europe, les milliardaires qui comprennent la technologie se comptent sur les doigts de la main; aux Etats-Unis on en trouve une cinquantaine», selon Hervé Lebret. «La dynamique est fantastique à l’EPFL mais elle n’est pas acquise, souligne-t-il. On n’est jamais à l’abri d’une bulle, comme la bulle Internet au début du siècle, qui avait déjà eu un profond impact à l’EPFL. Le monde des start-up et du capital-risque est fragile.»

(24 heures)

Créé: 07.12.2016, 10h00

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