Sous pression, Evo Morales démissionne

BolivieLa détermination de la rue a eu raison du président bolivien qui a annoncé son départ. Le Mexique lui a offert l'asile.

«Je renonce à mon poste de président», a déclaré à la télévision le leader indigène de 60 ans, au pouvoir depuis 2006.
Vidéo: Keystone

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Le président bolivien Evo Morales a démissionné dimanche après trois semaines de protestations contre sa réélection, tandis qu'une foule joyeuse célébrait la nouvelle dans les rues et que les premières arrestations d'anciens dirigeants avaient lieu.

«Je renonce à mon poste de président», a déclaré à la télévision le leader indigène de 60 ans, au pouvoir depuis 2006, au terme d'une journée marquée par de nouveaux affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ainsi que des démissions en série de ministres et députés. «Le coup d'État a eu lieu», a ajouté, à ses côtés, le vice-président Alvaro Garcia Linera, lui aussi démissionnaire.

Evo Morales a annoncé dans la soirée qu'un mandat d'arrêt «illégal» avait été émis contre lui. Une information démentie par le commandant de la police, Vladimir Yuri Calderon. Seuls sont visés les magistrats du Tribunal suprême électoral (TSE), a-t-il déclaré.

Mais l'un des principaux opposants à Evo Morales, Luis Fernando Camacho, qui a joué un rôle clé dans le mouvement qui a conduit à sa démission, a confirmé l'existence d'un mandat d'arrêt contre lui: «Confirmé!! Ordre d'arrestation pour Evo Morales!! La police et les militaires le recherchent dans le Chaparé», a-t-il écrit sur Twitter. Le Chaparé est le fief de l'ex-président, dans le centre de la Bolivie.

Un peu plus tôt, la police a arrêté la présidente du TSE, Maria Eugenia Choque, sur ordre du parquet, qui enquête sur des irrégularités commises dans le scrutin d'octobre, ainsi que le vice-président du TSE, Antonio Costas. Tous deux, emmenés par des hommes encagoulés ou masqués, ont été présentés aux médias au pied d'une estrade où se trouvaient assis des gradés de la police.

«Leçon au monde»

«Nous avons donné une leçon au monde, demain la Bolivie sera un nouveau pays», s'est exclamé Luis Fernando Camacho, dirigeant le plus visible et radical de l'opposition, qui s'était rendu plus tôt au siège du gouvernement à La Paz pour y remettre symboliquement une lettre de démission à signer par Evo Morales, ainsi qu'un exemplaire de la Bible.

Retranché dans son fief politique, la zone de production de feuille de coca de Chimoré, dans la région de Cochabamba (centre), Evo Morales a finalement cédé aux appels au départ en fin d'après-midi. Dénonçant comme une «décision politique» l'appel de l'Organisation des États américains (OEA) à l'organisation d'un nouveau scrutin, il a affirmé: «Mon péché (est) d'être indigène, d'être producteur de coca».

Soutien de la gauche sud-américaine

Né dans la misère, cet ancien berger de lamas avait gravi les échelons syndicaux jusqu'à devenir il y a 13 ans le premier chef d'État indigène du pays. Il est l'un des derniers représentants de la «vague rose» qui a déferlé au tournant des années 2000 sur l'Amérique latine, faisant virer à gauche le Brésil, l'Argentine, le Chili, l'Equateur et le Venezuela, la majorité de ces pays ayant depuis rebasculé à droite.

Dimanche soir, il a d'ailleurs reçu le soutien immédiat des dirigeants cubain et vénézuélien, Miguel Diaz-Canel et Nicolas Maduro, qui ont dénoncé un «coup d'État» et exprimé leur solidarité envers leur «frère président» Evo Morales. Le président élu argentin Alberto Fernandez a également condamné «un coup d'État». Le siège de l'ambassade du Venezuela à La Paz a été occupé dimanche par des manifestants cagoulés. Nicolas Maduro, pour l'heure, n'avait pas réagi. Le Mexique à offert l'asile à Evo Morales et accueilli dans son ambassade à La Paz des fonctionnaires et des parlementaires boliviens.

De son côté, le président brésilien d'extrême droite Jair Bolsonaro a estimé que les dénonciations de fraude avaient poussé Evo Morales à démissionner. Au fil de la journée, le dirigeant bolivien s'était retrouvé de plus en plus isolé alors que la crise politique s'accélérait brutalement dans le pays andin, où grève générale et manifestations paralysaient l'activité depuis une dizaine de jours. Le coup fatal a été porté par l'armée et par la police, qui lui ont retiré leur soutien dans l'après-midi, l'appelant à démissionner «pour le bien de la Bolivie».

Vacance du pouvoir

L'annonce dans la matinée par le président d'un nouveau scrutin - une option qu'il rejetait jusque-là - visait à «pacifier la Bolivie» mais n'a pas réussi à apporter le calme. Vice-président, présidents du Sénat et de la Chambre des députés, ministres, députés: la cascade de démissions depuis l'annonce d'Evo Morales a entraîné une vacance du pouvoir.

Après les démissions du président et du premier vice-président du Sénat, la deuxième vice-présidente de la chambre haute, l'opposante Jeanine Anez, a revendiqué dimanche son droit à devenir chef de l'Etat par intérim. «Je suis la deuxième vice-présidente et dans l'ordre constitutionnel, je devrais assumer ce défi [de la présidence de la République] avec le seul objectif d'appeler à de nouvelles élections», a-t-elle dit sur la télévision Unitel.

Durant la journée, plusieurs dirigeants de l'opposition avaient exhorté le chef de l'État à lui aussi démissionner. Le président avait promis de «renouveler l'ensemble des membres du Tribunal électoral suprême (TSE)», puis de «convoqu(er) de nouvelles élections», sans spécifier la date de ce nouveau scrutin, ni s'il s'y représenterait.

Demande de «réunion urgente» du conseil permanent de l'OEA

L'Organisation des États américains (OEA) avait demandé dimanche matin l'annulation du scrutin, entaché d'irrégularités selon elle. Elle appelait aussi à la convocation d'un nouveau scrutin avec comme garantie nécessaire «la composition d'un nouvel organe électoral», par allusion au TSE, dont sept membres ont été visés dimanche par des poursuites du parquet pour participation présumée aux irrégularités.

Le gouvernement colombien a demandé dimanche une «réunion urgente» du conseil permanent de l'OEA «afin de chercher des solutions à la complexe situation institutionnelle» qui se présente en Bolivie, a indiqué le ministère colombien des Affaires étrangères.

Le scrutin du 20 octobre avait abouti à la réélection d'Evo Morales pour un quatrième mandat jusqu'en 2025, une option pourtant rejetée par la population lors d'un référendum en février 2016. Son score annoncé par le TSE, dépassant de plus de 10 points celui de Carlos Mesa, avait aussitôt été qualifié de frauduleux par l'opposition. (ats/nxp)

Créé: 10.11.2019, 22h07

Evo Morales annonce qu'un mandat d'arrêt a été émis contre lui

L'ex-président bolivien Evo Morales a annoncé qu'un mandat d'arrêt «illégal» avait été émis contre lui. «Je dénonce devant le monde et le peuple bolivien qu'un officier de police a annoncé publiquement qu'il a reçu instruction d'exécuter un mandat d'arrêt illégal émis contre ma personne», a écrit l'ancien dirigeant socialiste sur Twitter. «De la même manière, des groupes violents ont attaqué mon domicile. Les putschistes détruisent l'État de droit», a ajouté Evo Morales, 60 ans, dont on ignorait dimanche soir où il se trouvait.

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Bolivie: sous pression de l'armée, Evo Morales renonce au pouvoir

Bolivie: sous pression de l'armée, Evo Morales renonce au pouvoir Evo Morales a démissionné de la présidence sous la pression des forces armées après sa victoire au premier tour de l'élection présidentielle du 20 octobre 2019, un scrutin entaché d'irrégularités selon l'Organisation des Etats américains (OEA).

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