Au PS, 4 sièges perdus et 2 cas de figure différents

Elections cantonalesLa perte de 4 sièges au Grand Conseil pour le PS semble refléter deux cas de figure différents. Explications.

A gauche, Jessica Ribeiro 26 ans, conseillère communale à Corsier, 5e des candidats socialistes dans le district Riviera. A droite, Isabel Jerbia  46 ans, conseillère communale à Vevey, 10e des candidats socialistes sur le district Riviera

A gauche, Jessica Ribeiro 26 ans, conseillère communale à Corsier, 5e des candidats socialistes dans le district Riviera. A droite, Isabel Jerbia 46 ans, conseillère communale à Vevey, 10e des candidats socialistes sur le district Riviera

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«Trop tôt!» «Nous n’en sommes pas à l’heure du bilan, mais il faudra le faire.» Les socialistes ne semblent pas prêts aujourd’hui à se pencher sur la perte de 4 sièges au Grand Conseil (1 pour l’Ouest lausannois, 1 pour Lausanne et 2 pour Riviera - Pays-d’Enhaut). Or ces 4 échecs semblent refléter deux cas de figure différents, Riviera d’un côté et région lausannoise de l’autre. Explications.

«La claque»: les Veveysans en reconstruction dans l’ère post-Ballif

Pour les deux sièges du district Riviera, «celui du Pays-d’Enhaut, qui n’est pas une terre socialiste, tenait à Philippe Randin. C’était clair qu’on allait le perdre avec son départ!» dit le municipal yverdonnois Pierre Dessemontet. Sur la Riviera en revanche, plusieurs éléments montrent que le PS de Vevey est en mauvaise posture, entraînant la perte du siège de l’ex-syndic Laurent Ballif, qui ne se représentait pas.

Les électeurs socialistes ont voté en priorité pour les élus de leur localité: les candidats montreusiens arrivent en tête à Montreux, ceux de La Tour-de-Peilz en tête dans leur ville, de même dans les villages. Or à Vevey seul Lionel Girardin est premier dans sa ville. Isabel Jerbia (premier essai au Grand Conseil mais qui a déjà été candidate à la Municipalité) n’arrive qu’à la 7e position. En 10e place Julien Rilliet (pourtant éminence grise du parti, coordinateur de campagnes nationales). Pire: dans le sous-arrondissement, les Veveysans arrivent derrière trois conseillères communales considérées par un élu comme «inconnues». Jessica Ribeiro (Corsier), élue depuis l’an dernier (hormis un an à Jongny), talonne l’avocat Nicolas Mattenberger, éjecté du Grand Conseil après avoir siégé quinze ans! Laura Ferilli (Blonay) et Sandra Glardon (La Tour-de-Peilz), en politique depuis trois ans, devancent le municipal Lionel Girardin, dont c’est la 2e législature!

La campagne sur le terrain a-t-elle joué? Sans doute peu, car Laura Ferilli est actuellement en Italie pour sa thèse. Et le sortant Claude Schwab n’a pas vraiment été vu sur les stands mais a été réélu. Ces trois femmes se disent «proches des gens»: «Les bons résultats ne se résument pas à la campagne mais au travail en amont, comme l’engagement de Laura Ferilli pour les garderies, estime Sandra Glardon. Moi je donne depuis toujours des coups de main à la population, je suis comme ça.» Jessica Ribeiro, infirmière de 26 ans, constate que «des gens qui n’ont pas l’habitude de voter ont voté pour moi: beaucoup de jeunes et des professionnels de la santé.»

Pour expliquer la perte, des critiques fusent en coulisses sur les homologues veveysans: «On n’a pas compris qu’ils aient défendu le projet immobilier de la Cour aux Marchandises.» Scission sur la Riviera, comme en France, entre aile gauche et frange plus libérale du PS? «Non: Mattenberger est très à gauche mais n’a pas été réélu. Mais il est vrai qu’à Vevey ils font à notre avis l’erreur de ne pas ratisser large avec l’extrême gauche», estime un élu de la région. Pour rappel, PS et Décroissance-Alternatives (DA) ont échoué à s’allier au 2e tour de l’élection à la Municipalité veveysanne. «Il y a une crise politique au PS de Vevey. C’est à eux de tirer les leçons, pas à nous», constate Yvan Luccarini (DA), qui lui siégera au Grand Conseil.

«Oui, nous sommes en reconstruction, admet Isabel Jerbia. Il faut rassurer la population après avoir perdu 2 sièges à l’Exécutif. Une de nos places au Grand Conseil part à l’extrême gauche, c’est cohérent par rapport à ce que les Veveysans ont voté aux communales.» «Leur défaite se répercute au Grand Conseil, confirme Pierre Dessemontet. Une reconstruction prend du temps: sans doute le cycle électoral entier. C’est une sacrée claque.» Prise après les départs de l’omniprésent Ballif, du gaffeur Marcel Martin avec les caisses noires du SIGE et des soucis de personnes causés par Annick Vuarnoz.

Arithmétique électorale: les têtes de liste de la région lausannoise

Aux communales 2016 un raz de marée rose-rouge-vert avait eu lieu dans le chef-lieu (6 candidats, dont 3 PS, élus à la Municipalité au 1er tour et 61 sur 100 au Conseil communal). Comment le dominateur PS lausannois se retrouve-t-il avec un siège en moins au parlement cantonal? Le président Benoît Gaillard ne s’émeut pas: «Nous avons fait 30%, la moyenne de nos scores depuis trente ans. Il n’y a pas eu de grands mouvements, le jeu des apparentements a profité aux Verts.» Benoît Gaillard avance l’explication des têtes de liste: «En 2012, Oscar Tosato, Rebecca Ruiz et Anne-Catherine Lyon avaient engrangé un tas de voix supplémentaires par rapport aux suivants. Cette fois, nous présentions en tête des gens moins profilés, cela nous a peut-être coûté un peu.»

L’Ouest s’applique la même analyse: «En 2012, nous étions conscients d’avoir gagné un 5e siège artificiellement grâce à Pierre-Yves Maillard, qui avait 1700 voix d’avance. Il n’en a que 800 cette année», avance Germain Schaffner, président.

Le président cantonal Stéphane Montangero promet: «L’urgence du moment est de sauver la majorité de gauche au Conseil d’Etat. Nous rassemblons nos forces et mettrons toute notre énergie dans les trois semaines de campagne à venir. Ensuite seulement viendra le temps du bilan et il va de soi que les districts où nous avons perdu un siège seront analysés de manière attentive.» (24 heures)

Créé: 01.05.2017, 22h16

La gauche radicale satisfaite

Ensemble à Gauche a passé l’épaule cette fois, en plaçant d’entrée de jeu cinq députés. Deux sont encartés au POP, deux à SolidaritéS et le troisième, Yvan Luccarini, est la figure de proue de Décroissance-Alternatives. Etre cinq est important, car c’est le nombre minimum pour pouvoir constituer un «groupe» au Grand Conseil. Ce qui ouvre les portes des commissions, qu’elles soient ad hoc ou thématiques. Petite subtilité pour la prochaine législature: l’accès aux commissions de surveillance (celles de gestion et des finances notamment) ne sont plus garantie par la loi à chaque groupe politique. La gauche radicale devra donc négocier avec les autres formations sa place dans ces cénacles stratégiques.

En 2012, seuls quatre candidats de La Gauche avaient été élus au Grand Conseil. Ils avaient dû attendre le transfert du socialiste Marc Oran au POP pour former un groupe. La gauche radicale a donc progressé en cinq ans. Dans son fief lausannois où elle place trois élus, elle passe de 8,9% à 12%. «On a manqué de très peu le quatrième siège», analyse le président du POP, Gavriel Pinson. Dans l’Ouest lausannois, la progression est légère: de 5,4 à 6,8%. Sur la Riviera, la formation veveysanne Décroissance-Alternatives a boosté la liste, qui passe de 4,3 à 8,3%. «Notre alliance a bien fonctionné se félicite le député de SolidaritéS Jean-Michel Dolivo. Il y a beaucoup d’électeurs qui ne se reconnaissent pas dans ce gouvernement de compromission permanente, cela laisse une place à une gauche combative anticapitaliste.» Seul «regret» émis par Gavriel Pinson: «Nos cinq élus sont des hommes alors que nous présentions des listes paritaires…»

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