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Quarante ans après sa disparition, Goscinny fait toujours les quatre cents coups

Le père du Petit Nicolas et de tant d’icônes de la BD enchante, 40 ans après sa disparition. Et l’irréductible Astérix remet les braies en librairie pour la 37e fois.

La bande dessinée reste la plus forte exportation de nos éditeurs, se félicitaient les notables du Ministère de la culture français l’autre jour à la Foire du Livre de Francfort.

René Goscinny demeure son prophète, du haut de plus de 500 millions d’albums vendus autour du globe. Sa dernière mauvaise blague remonte à 1977, quand son cœur le lâche sur son vélo à l’âge de 51 ans. Non content d’avoir révolutionné le neuvième art en costume-cravate, le pionnier laisse de vigousses orphelins toujours en pleine croissance, Le Petit Nicolas, Astérix, Lucky Luke ou Iznogoud. «Tout petit, j’adorais amuser les autres. Pour qu’on m’aime…»

Deux expositions à Paris lui rendent hommage. Au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, «Goscinny, au-delà du rire» déploie deux cents documents, planches originales de ses duos avec Uderzo, Morris, Sempé, etc., jusqu’au labo que fut Pilote. «Ce choix a surpris, note le curateur, Paul Salmona. Qu’y aurait-il de «juif» dans la production du créateur d’Oumpah-pah, dans celle du directeur de l’hebdomadaire Pilote?» Sa fille, Anne Goscinny, insiste d’ailleurs sur une fallacieuse rumeur. A savoir que les braies d’Obélix bariolées bleu et blanc seraient taillées dans le drapeau d’Israël. A peine le nom d’Astérix est-il emprunté au jargon de ses parents juifs, qui travaillaient dans une imprimerie

L'humour contre l'antisémitisme

Au-delà, l’humoriste refusait de s’appesantir sur les souffrances infligées à sa famille, la maison des aïeuls brûlée en Ukraine, l’étoile jaune sous l’Occupation portée par ses proches restés en France, les camps d’extermination. Quand René Goscinny part à Buenos Aires en 1927, il poursuit avant tout l’aventure de son père, ingénieur chimiste au Nicaragua. L’antisémitisme, il le combat avec un humour teinté d’absurde. A un ami qui lui confie, «Tu vois René, moi, les Juifs, je les sens», il rétorque avec ironie: «Eh bien, tu as le nez bouché!»

A la Cinémathèque française, c’est une autre histoire, celle du patron des Studios Idéfix qui s’imagine en Walt Disney de France et de Navarre. «Quand il ressort de Blanche-Neige et les sept nains, le premier film d’animation de Walt Disney, Goscinny vit cela comme un choc tellurique!» note Frédéric Bonnaud, directeur du lieu. Une salle se mue ici en saloon, une autre en cour pharaonique. Car le cinéphile vénère la Cléopâtre de Liz Taylor comme le western. Lucky Luke dégaine plus vite que l’ombre de John Wayne mais partage son code de conduite. Hollywood l’initie encore au burlesque de Laurel et Hardy, et Buster Keaton à la comédie musicale. Sans oublier les films de la France de Pagnol.

Les premiers pas du Petit Nicolas

Autre «révélation», les premiers pas du Petit Nicolas. Anne Goscinny publie sa toute première bande dessinée, publiée de 1955 à 1956, dans le magazine belge Le Moustique. Son père signe encore Agostini un scénario articulé à la mode classique, en bulles et en cases. Sempé dessine déjà un univers marqué par une éternité instantanée. L’ingénu Petit Nicolas, Papa si ridicule, Alceste et ses grosses lunettes, ne changeront pas au fil du temps. Le croqueur d’enfance est néanmoins cantonné dans des cases qui, avoue-t-il, «l’étouffent».

En 1959, le Petit Nicolas renaît dans une forme éblouissante. Trois ou quatre dessins de Sempé illustrent les textes de Goscinny. «L’enfant est un adulte, et les adultes le restent si peu», se justifiait-il. Lui savait ce que c’est d’être chouette.

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