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«Je raconte l’Histoire qui n’a pas froid aux yeux»

Dans «Déshabillons l’Histoire de France», Gonzague Saint Bris se glisse dans les alcôves du pouvoir, matant par les trous de serrure une géopolitique inédite. Interview.

Aristocrate original, 69 ans, Gonzague Saint Bris effeuille l’histoire avec passion.
Aristocrate original, 69 ans, Gonzague Saint Bris effeuille l’histoire avec passion.
MYSS/LDD

Gonzague Saint Bris effeuille son dernier ouvrage, Déshabillons l’Histoire de France, avec la fantaisie impromptue d’un voyageur temporel. L’éternel anachronique semble débarquer de la cour du sensuel Louis XV, d’un bordel de cocottes de la Belle Epoque, voire, par Toutatis!, d’une demeure gauloise où il aurait lutiné une bravache guerrière alanguie sur une peau de bête.

«Ne soyons pas pudibonds», implore l’autodidacte de noble extraction. «Moi, je raconte l’histoire qui n’a pas froid aux yeux.» Et d’oser une formule frôlant la harangue paillarde: «C’est de la baise pour attiser la braise du passé, pour qu’enfin soient révélés ses morceaux de bravoure dépouillés de leurs faux décors.» Dévoiler la pratique du sexe pour pénétrer un mécanisme social, la technique ne manque pas de préliminaires en anthropologie. Gonzague Saint Bris, 69 ans, romantique pure souche, sait chahuter les tableaux de mœurs avec une verve enthousiaste.

Rien de tel qu’une aventure sentimentale pour lui écheveler le front. Ainsi, saluant Lord Byron, l’écrivain a pu traverser le Grand Canal en plein carnaval de Venise. Par défi, il a roulé à vélo sur les toits de l’Opéra de Paris. Et, fidèle à ses ancêtres, rejoint depuis Rome, à dos de mulet, le château familial du Clos Lucé, à Amboise dans la Loire. Sa légende raconte que Saint Bris emmena le prince de la pop, son ami Michael Jackson, visiter Versailles. Loin de vouloir atteindre à sa pudeur, ce panégyrique ne tend qu’à mettre à nu un excentrique grave. Son recueil lui colle à la peau, foutraque jusque dans ses élégances déboutonnées.

En quoi les Français se singularisent-ils en matière de sexe et de pouvoir?

Ah! Sur ce terrain, je défends l’exception française. Nous demeurons les champions de la pratique amoureuse. J’ai voulu en parler comme l’énonçait Flaubert à Louise Colet: «Un sujet à traiter est pour moi comme une femme dont on est amoureux; quand elle va vous céder on tremble et on a peur, c’est un effroi voluptueux».

Le plus curieux étant que ces secrets se dévoilent encore aujourd’hui.

Les technologies modernes déshabillent à l’envi le passé. Je le constate en réalisant mes clips historiques, pour lesquels j’utilise désormais des drones. Au-delà, c’est vrai que la correspondance, par exemple, d’un amant de Marie-Antoinette, le comte Axel de Fersen, n’a été déchiffrée qu’en janvier 2016. Sans avoir à me cacher dans un bosquet comme François Hollande, il m’a suffi de jeter les yeux sur le Petit Trianon pour comprendre que la reine et Fersen avaient fait l’amour! La postérité a tant sanctifié la souveraine martyre qu’elle lui refusa des amants. Or, après avoir fait un ou deux enfants au roi, Marie-Antoinette se sent libre d’aimer. Elle communique à travers des billets codés dans ses rubans de chapeau. Son amour pour Fersen est même encore consommé après juin 1791, Varennes, aux Tuileries.

Notre époque ne vous semble-t-elle pas plus corsetée que jadis?

Pardi! Nos ancêtres les Gaulois inventent le savon et mettent la femme au premier rang. Ces combattantes choisissent leur homme, siègent au conseil de famille. Les seins nus, elles vont terroriser les Romains. Dans un Moyen Age décorseté, il y aura plus tard l’amour courtois, l’amour d’en haut, d’en bas, où il est permis de toucher lèvres, seins, mais sans pénétration. La monarchie de Juillet invente le voyage de noces. C’est une intuition de la bourgeoisie pour ne pas avoir à expliquer les joies du sexe aux filles devant la famille. Toutes ces éclairantes extravagances me passionnent.

Quel serait le préjugé le plus vivace dans cette autre histoire de France?

L’idée toute faite que les Romantiques sont des garçons débiles, qui se lamentent au bord d’un lac, récitent des fadaises sous les balcons. En vérité, les chantres du romantisme sont d’ardents amoureux. Lamartine est infatigable au lit. Victor Hugo cultive sa réputation d’amant chevronné. Musset est si obsédé qu’à la fin de sa vie, il s’inquiète encore quand sa servante le mène de sa baignoire au lit: «Suis-je marié? Dites-moi que je ne le suis pas!» Le mec était mort de trouille à la perspective du conjungo.

Pourquoi finir sur la Grande Guerre?

Il y a à ce moment un tel prurit érotique! L’absence inspire de merveilleuses correspondances, une fantasmagorie qui cohabite avec la syphilis, les mutilations, la mort de plus d’un million de jeunes Français. Mais j’ai en tête un projet autour du Palais de l’Elysée, magnifique nœud gordien entre la monarchie et la république.

C’est-à-dire?

L’Elysée est construit pour la Pompadour par Louis XV. Or durant les deux derniers quinquennats, les présidents nous ont servi une matière riche, Cécilia et Carla pour Sarkozy, Valérie et Julie pour Hollande. Quelles rimes, quelle transition! Chacun semble se donner du mal pour que tout change et tout reste pareil. Comme dans Le guépard de Visconti!

Déshabillons l’Histoire de France Gonzague Saint Bris XO Editions, 308 p.

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