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Renzi abdique, mais ne se rend pas après le triomphe populiste

En démissionnant, le chef du Parti démocrate (PD) reconnaît la défaite historique de sa formation. Mais il compte rester à l’œuvre en coulisses.

La formation contestataire Cinq étoiles emmenée par Luigi Di Maio a réussi une percée électorale, mais l'Italie reste en panne de coalition gouvernementale.
La formation contestataire Cinq étoiles emmenée par Luigi Di Maio a réussi une percée électorale, mais l'Italie reste en panne de coalition gouvernementale.
AP /Andrew Medichini

Le scrutin du 4 mars révolutionne le paysage politique transalpin. Le premier à payer pour sa défaite dans les urnes est Matteo Renzi. Le secrétaire du Parti démocrate (PD, centre gauche) a annoncé lundi sa démission de la direction du parti. Décision obligatoire après le score du parti, 19%, bon dernier derrière le Mouvement 5 étoiles (M5S) et la droite.

Toutefois, Matteo Renzi ne s’est pas présenté comme un homme abattu, prêt à abandonner la politique. Aussi batailleur qu’à son habitude, il a revendiqué avec force l’action de son gouvernement: «Nous rendons la maison Italie dans un meilleur état que quand nous sommes arrivés.»

Il a justifié son résultat par l’échec du référendum constitutionnel, qui n’a pas permis de moderniser les institutions, et un calendrier néfaste, en pleine crise des migrants et non au printemps 2017 quand l’Europe se passionnait pour l’Union. Et il a annoncé que le PD serait fidèle à son engagement de ne participer à aucune coalition avec les forces populistes, Mouvement 5 étoiles et Ligue. Le PD sera à l’opposition, un point c’est tout.

Fausse sortie

Un message politique capital et non une menace dictée par l’amertume d’un leader au crépuscule de sa carrière. Car Renzi ne disparaît pas du paysage politique. Il sera sénateur et il dirigera le parti jusqu’au congrès qui se déroulera après la formation du gouvernement, c’est-à-dire durant toutes les négociations qui conduiront à la formation d’un Exécutif. En outre, c’est lui qui a fait les listes électorales. Les groupes parlementaires seront donc à ses ordres.

Matteo Renzi complique ainsi les données du choix du futur président du Conseil par le président de la République, Sergio Mattarella. Le secrétaire a toujours été contraire à une alliance avec les «extrémistes» mais une partie du groupe dirigeant est favorable à une négociation avec le M5S. Son abandon définitif et immédiat aurait ouvert la voie à cette solution. Sa démission qui ne l’éloigne pas du pouvoir – la même stratégie qu’il avait adoptée après sa défaite au référendum constitutionnel – l’a tuée dans l’œuf.

La Ligue revendique

La responsabilité de trouver une solution retombe donc sur les deux vainqueurs, la Ligue de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles de Luigi Di Maio. Matteo Salvini a revendiqué au vu des résultats des urnes le droit de gouverner et il a réaffirmé sa loyauté à l’alliance de droite. Un oxymore car la droite n’a pas les chiffres pour obtenir la confiance devant les Chambres. S’il reste fidèle à ses engagements, il assoira son leadership sur la droite et sera en pole position pour le prochain tour. À 44 ans, ce n’est pas un mauvais calcul. Mais pour un fonceur comme lui, une voie plus directe existe: l’alliance avec le Mouvement 5 étoiles. Réticences envers l’euro, volonté de changer les traités, ligne dure envers l’immigration, investissements en déficit: malgré l’apparente conflictualité durant la campagne électorale, les programmes ont de nombreux points en commun. Les appels du pied réciproques n’ont d’ailleurs pas manqué.

Main tendue de Di Maio

Le Mouvement 5 étoiles (M5S), fondé par le comique Beppe Grillo, est né comme une formation de rupture, alternative au système qu’il n’a cessé de dénoncer. Mais drapé dans sa différence éthique qui l’empêche de faire des alliances, il se condamne à rester à l’opposition. Toutefois, Luigi Di Maio, le nouveau chef politique du M5S, sait que «le pouvoir use ceux qui ne l’exercent pas» – selon la formule de feu Giulio Andreotti. Il a proposé d’offrir aux autres forces politiques de s’entendre sur un programme, «sans échange de ministres». La proposition est indécente car aucun parti ne soutiendrait un gouvernement M5S sans contrepartie. Mais elle cache une main tendue pour ouvrir un véritable dialogue avec les autres formations, la gauche de la gauche ou avec la Ligue depuis le refus du PD.

C’est une mutation copernicienne qui dérange les orthodoxes de la première heure. Beppe Grillo lui-même a menacé «d’autodétruire» sa propre créature en cas de «magouilles». À quel point le M5S de Di Maio est-il différent de celui de Beppe Grillo. Les prochaines semaines le révéleront.

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