Les rigoles des vignobles pourraient sonner le glas du traitement aérien

ViticultureLes coulisses des vignobles sont sous la loupe des scientifiques. Il s’agit de savoir s’elles peuvent encore être survolées pour traiter.

Les traitements par hélicoptères sont très surveillés. Désormais, le Canton s’inquiète de leur répercution sur le ruissellement des eaux de pluie.

Les traitements par hélicoptères sont très surveillés. Désormais, le Canton s’inquiète de leur répercution sur le ruissellement des eaux de pluie. Image: Florian Cella

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Le traitement des cultures par voie aérienne est considéré par ses adeptes comme rapide, efficace et pratique, puisqu’il évite bien des peines physiques. Mais voilà, le vol des hélicoptères a fait l’objet de remises en question. Il a même failli être interdit en 2014 avant que Berne ne gèle le dossier. Dans le canton de Vaud, on s’applique à faire en sorte de permettre ce type d’épandage en respectant la protection de l’environnement et la santé de la population. Les vignerons qui recourent à cette méthode sont inquiets et veulent se montrer bons élèves (lire encadré).

Réunis au sein de l’Association romande pour le traitement des terres agricoles par voie aérienne (ARTTAVA), les viticulteurs oscillent entre agacement face à une réglementation qui s’intensifie et volonté d’une culture plus naturelle. Les acteurs du vignoble de Lavaux ont ainsi fait preuve de proactivité en décidant de se passer de tout produit chimique de synthèse. Les hélicos n’emportant plus qu’un cocktail à base de petit-lait ont contribué à l’image de marque des producteurs de la région. La démarche contribue notamment à diminuer la quantité de cuivre nécessaire. Du soufre, des extraits d’algue et du phosphate de potassium figurent également au menu.

Ce chemin vers un traitement plus doux n’empêche pas l’Administration cantonale de peaufiner sa réglementation. «Nous cherchons à affiner au mieux les distances de sécurité en matière d’épandage aérien», précise Steve Steiger, inspecteur des produits chimiques à la Direction générale de l’environnement. L’enjeu pour les vignerons est évidemment de voir la plus importante part de vigne possible survolée par l’hélicoptère. Pour le Canton, il s’agit de protéger au plus juste les riverains, les forêts ou les biotopes.

Les cours d’eau, surtout, doivent être épargnés par les produits de traitement. Et la question qui occupe les vignerons et l’Administration cantonale est celle des coulisses, ces rigoles qui sillonnent les vignobles afin d’évacuer les eaux de pluie. Peut-on les survoler? En cas de réponse négative, leur réseau est suffisamment dense pour empêcher tout traitement aérien. Leur cartographie est en cours de réalisation.

«Ces coulisses ne forment pas un cours d’eau constant, explique Steve Steiger. Nous nous appliquons à déterminer où elles aboutissent afin d’en tester les eaux de ruissellement.» Autrement dit, les chimistes du Canton devront courir dans les vignes dès le début d’un orage afin d’effectuer leurs prélèvements. Quelle quantité de produits de traitement les rigoles drainent-elles? «Le résultat des analyses permettra de vérifier l’impact de cette pratique sur les eaux», dit le scientifique.

Au sein de l’Administration cantonale, une «approche pragmatique» existe vis-à-vis du traitement par hélicoptère. Et ce n’est pas pour le ballet aérien qu’il offre, en rase-mottes au-dessus d’un vignoble. «Les contrôles sont très stricts en la matière, bien plus que dans le cas où chaque viticulteur prépare individuellement ses traitements au sol», estime Steve Steiger. D’ailleurs, l’effort fait par les vignerons de Lavaux, avec leur traitement au lait maigre, est de nature à influencer favorablement les distances de sécurité.

En attendant les résultats scientifiques des études menées par le Canton, les vignerons prient le ciel. Récemment, ils étaient réunis à Grandvaux pour l’assemblée générale de l’ARTTAVA. Tous croisaient les doigts afin que 2018 ne donne aucune occasion de pointer sur les hélicoptères un doigt hostile.

(24 heures)

Créé: 09.03.2018, 07h04

Un épouvantail volant

C’est une guerre d’image que doivent affronter les producteurs qui recourent aux traitements aériens. «L’an dernier, nous avons fait l’objet d’une véritable campagne de presse en Suisse allemande», dit Pierre-Yves Felley, secrétaire de l’ARTTAVA. Irrégularités dénoncées en Valais et débat sur le glyphosate ont alimenté ce que le monde agricole perçoit comme une «attaque». «On a vu des articles parlant de glyphosate, illustrés par une photo d’hélicoptère», dénonce Pierre-Yves Felley. Du désherbant pour traiter les vignes? L’image a scandalisé les professionnels. Bruyant, virevoltant, l’engin fait figure d’épouvantail. Mais pour les producteurs, son efficacité en matière de lutte biologique est certaine. Réunis en assemblée générale, ils se sont passé le mot: «Cette année, il est plus important que jamais de rester dans les clous.» Reste encore une fracture, entre les partisans d’un traitement conventionnel et ceux qui visent des produits plus naturels. Quitte à devoir décoller plus souvent. C’est que les méthodes douces ont également un coût.

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