La Russie et les États-Unis relancent la course aux armes nucléaires

ArmementAprès Washington, Moscou a suspendu sa participation à l’un des accords clefs de la fin de la guerre froide.

Vladimir Poutine a choisi de répliquer à Washington en se retirant lui aussi du traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaires.

Vladimir Poutine a choisi de répliquer à Washington en se retirant lui aussi du traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaires. Image: EPA

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«Nous, Européens, assistons impuissants à la destruction de ce qui était l’un des acquis de la fin de la guerre froide, gage de stabilité et de prédictibilité…» À Moscou, ce haut diplomate ne cache pas son inquiétude. Alors que, après les États-Unis, la Russie a annoncé ce week-end suspendre sa participation au traité INF sur les armes nucléaires de portée intermédiaire, les Européens ne peuvent que constater qu’ils n’ont eu que peu d’influence ces dernières semaines sur cette fin inéluctable.

Moscou et Washington ne cessaient de s’accuser de violer cet accord signé en 1987 par le président américain Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev. Il prévoyait l’élimination de leurs missiles de croisière et missiles balistiques lancés depuis le sol et ayant une portée se situant entre 500 km et 5500 km. Sa conclusion avait permis à l’Europe de respirer après la crise qui avait vu les deux superpuissances positionner leurs armes nucléaires à portée intermédiaire sur le continent dans les années 80.

Dialogue de sourds

Loin des déclarations de paix de l’époque, Russes et Américains se disent au contraire désormais prêts à une nouvelle course aux armements. Le chef du Kremlin Vladimir Poutine avait prévenu: il donnerait son feu vert au développement de nouveaux missiles de portée intermédiaire si Washington renonçait à l’INF. Depuis, les échanges entre Washington et Moscou sur ce traité et, plus largement, sur tous les accords militaires de la fin de la guerre froide, ont viré au dialogue de sourds.

En cause notamment: le nouveau missile russe Novator 9M729, potentiellement capable de frapper des villes européennes. Moscou assure, sans convaincre, que sa portée est limitée à 480 km, donc hors traité INF. Et, à son tour, il a accusé les États-Unis de ne pas se conformer au traité. Ce week-end, la diplomatie russe a même déclaré les soupçonner d’avoir pris la décision d’abandonner cet accord dès 2017 en lançant «des préparatifs» pour produire de nouveaux missiles. Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a élevé le ton, assurant que Washington voulait enfreindre le traité INF mais aussi d’autres accords de désarmement, comme le traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Son adjoint, Sergueï Riabkov, a quant à lui évoqué des menaces sur le traité START de réduction des arsenaux nucléaires, qui arrive à échéance dans deux ans.

C’est sur ce fond de tensions que Vladimir Poutine est lui-même intervenu samedi. «Nos partenaires américains ont annoncé qu’ils cessaient de respecter l’accord INF. Nous le suspendons nous aussi», a tranché le président qui, en fin d’année dernière, avait proposé d’élargir le dialogue aux nouveaux États – tels la Chine – disposant de missiles proscrits. «Au fil des années, nous avons plusieurs fois soulevé la question de négociations substantielles sur les questions de désarmement et sur tous les aspects. Nous avons constaté que nos partenaires n’ont pas soutenu nos initiatives», a déploré Vladimir Poutine, qui a lui-même multiplié les menaces.

Missiles supersoniques

Le Kremlin a en particulier évoqué la mise en place de systèmes de missiles similaires à ceux jusqu’alors déployés en mer ou dans les airs – non interdits par le traité – pour pouvoir être tirés à partir du sol. Ce week-end, lors de son Conseil de sécurité nationale, il a évoqué une proposition de son Ministère de la défense: des missiles supersoniques de portée intermédiaire.

Dans le même temps, le premier ministre Dmitri Medvedev a prévenu: des fonds spéciaux seront dégagés pour le financement de nouveaux types d’armements. Des déclarations loin des gages de désarmement de la fin de la guerre froide.

(24 heures)

Créé: 03.02.2019, 19h49

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