«Steve Bannon aura du mal à fédérer l’extrême droite en Europe»

NationalismesL’ancien conseiller spécial de Donald Trump va ouvrir un QG à Bruxelles. Il veut structurer la «révolte populiste». Peut-il réussir?

Steve Bannon, un des fondateurs de Breitbart News, rêve d’un raz-de-marée populiste en Europe.

Steve Bannon, un des fondateurs de Breitbart News, rêve d’un raz-de-marée populiste en Europe. Image: Keystone

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Steve Bannon portera-t-il au pouvoir l’extrême-droite en Europe? Telle est bien l’ambition affichée par celui qui dirigea la campagne de Donald Trump et devint son conseiller spécial une fois qu’il fut élu président. Il vient d’annoncer vendredi sur le site The Daily Beast son intention d’ouvrir prochainement à Bruxelles le quartier général d’une nouvelle fondation – The Movement – qui aura pour but de booster la «révolte populiste» sur le Vieux-Continent. Son premier objectif: coaliser les partis nationalistes et décrocher 30% des sièges au Parlement européen lors des élections de mai prochain. Comment? En offrant des fonds, des conseils stratégiques, des argumentaires politiques, des sondages ciblés… et l’exploitation de données personnelles des électeurs récoltées sur les réseaux sociaux!

À Bruxelles, le QG va embaucher jusqu’à dix experts de ces différents domaines (mais il espère à terme compter sur un staff de 25 professionnels). Dès novembre, après les élections à mi-mandat aux États-Unis, Steve Bannon dit vouloir consacrer la moitié de son temps en Europe, parcourant les capitales pour mettre en réseau ces partis nationalistes qui émergent un peu partout, souvent sans structure efficace ni budget conséquent.

Le stratège de l’ultradroite étasunienne, qui fut l’un des fondateurs du site Breitbart News, se montre stupéfait par la campagne en faveur du Brexit, qui a «arraché à l’UE la cinquième économie mondiale avec seulement 7 millions de livres sterling»! En Italie, s’enthousiasme-t-il, «le Mouvement 5 étoiles et la Ligue ont pris le contrôle de la septième économie mondiale rien qu’avec leurs cartes de crédit!» Autant dire qu’une opération centralisée et bien financée devrait, selon lui, permettre aux populistes d’Europe de décrocher la lune!

Pari difficile

Au cours de l’année écoulée, Steve Bannon s’est déjà entretenu avec Nigel Farage, ancien leader de l’UKIP britannique. Il fut l’invité de Marine Le Pen en mars lors du Congrès de Lille où l’ancien Front national fut refondé en Rassemblement national. L’agitateur étasunien a été reçu par le premier ministre hongrois, Viktor Orban. Il a rencontré le nationaliste flamand Filip Dewinter, du Vlaams Belang. Et bien d’autres!

Peut-il réussir le pari de rassembler l’ultradroite? «Steve Bannon sous-estime les obstacles!» note d’abord le politologue français Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques. «Il vient des États-Unis, où le nationalisme est à peu près homogène. En Europe, au contraire, les nationalismes, issus d’une longue histoire, ont tendance à s’entrechoquer. Il faut comprendre les contextes très différents dans lesquels s’épanouissent ces divers groupes. Sans parler des modes de scrutin qui varient de pays en pays. On ne peut pas simplement calquer le fonctionnement aux États-Unis de l’aile droite du Parti républicain!»

Par ailleurs, le chercheur estime que Steve Bannon «mise sur des chevaux peu prometteurs». «Nigel Farage n’est plus à l’UKIP et ce parti s’est effondré. En Belgique francophone, il s’intéresse au petit Parti populaire, qui plafonne à 4% dans les sondages, uniquement en Wallonie. En France, Marine Le Pen n’a pas réussi son pari. En Italie, la Ligue de Matteo Salvini est certes au gouvernement, mais dans une coalition hétéroclite – et on connaît l’instabilité du pouvoir dans la Péninsule! Quant aux Vrais Finlandais, leur entrée dans la coalition gouvernementale à Helsinki a débouché sur une scission du parti, car les ministres avaient mis de l’eau dans leur vin. C’était déjà arrivé en Autriche dans le passé! Enfin, les Démocrates de Suède, malgré leurs racines néonazies, sont en tête des sondages, crédités de 25% d’opinions favorables avant les élections du 9 septembre. Mais les grands partis ont promis de faire barrage, aucun n’entrera dans une coalition avec eux.»

Précieuses ressources

Par contre, note le chercheur, l’expertise de Steve Bannon en matière de campagne politique pourrait bel et bien aider ces partis aux élections européennes de mai prochain. «Les partis nationalistes pourraient bénéficier de ses compétences et de son réseau en matière de fundraising, de sondages, d’argumentation politique ou encore d’utilisation des réseaux sociaux.»

Pour mémoire, Steve Bannon fut l’un des cofondateurs de Cambridge Analytica, société britannique de communication stratégique impliquée dans un scandale d’exploitation illégale des données personnelles de millions d’utilisateurs de Facebook pour influencer les intentions de vote aux États-Unis et lors du Brexit.

Bref, s’il devait y avoir un raz-de-marée nationaliste aux élections européennes de mai prochain, Steve Bannon n’en sera certes pas la cause… mais il peut sérieusement y contribuer! (24 heures)

Créé: 25.07.2018, 18h09

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