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Par Toutatis, Astérix vieillit

Le réalisateur Alexandre Astier donne un sérieux coup de mou aux irréductibles Gaulois.

En de rares occasions, Uderzo et Goscinny, auteurs de la BD européenne la plus vendue du monde, ont pu priver Astérix de son casque à ailettes, écart à sa légende qui exhibait son crâne et son humanité. Mais les créateurs n’ont jamais imaginé que le druide Panoramix puisse vieillir, et encore moins s’envoler pour le paradis des druides. Aussi iconoclaste qu’inspiré, le réalisateur Alexandre Astier ose évoquer cette funeste éventualité dans «Astérix: le secret de la potion magique». Même si, dans l’ensemble, précise-t-il, «c’est quand même un «Astérix» d’aujourd’hui, naturellement respectueux du codex». L’oeuvre se destine d’ailleurs aux familles sans trop d’effusion de seconds degrés cachés.

Un éternel anachronique

En 2009, le Lyonnais laissait tomber «Kaamelott» dans la pleine gloire de 3,5 millions de spectateurs en moyenne. Après 700 épisodes, l’homme-orchestre craignait la routine, rêvait d’un long métrage. En attendant ses chevaliers sur grand écran, Alexandre la jouait «Astierix», adaptant l’album «Astérix: le domaine des dieux». Cette forte tête n’a accepté de récidiver qu’à condition de pouvoir créer un scénario original. Et le voilà face au «Secret de la potion magique», transgressant un tabou pour les Gaulois irréductibles, le troisième âge.

Considérant sa fin prochaine après une mauvaise chute, Panoramix décide ainsi de former un apprenti au mystère de fabrication du fameux breuvage. Pas question de laisser tomber la puissante formule dans de mauvaises mains, celles par exemple de Sulfurix, un druide va-t-en-guerre, très sérieux méchant au mental de Dark Vador. En filigrane se dessinent des enjeux aussi décisifs que l’arme nucléaire. À la manœuvre, une gamine collante, Pectine, devient encore une alliée décisive. Difficile de ne pas y voir un symbole féministe. Même si Alexandre Astier jure par Toutatis que son inspiration ne vient jamais de l’air du temps, qu’il ne considère son époque que pour mieux s’en décaler.

Cet éternel anachronique semblerait même s’échiner à prendre le contre-pied de lui-même. Diplômé du Conservatoire de musique, de l’American School of Modern Music, à l’aise à la viole de gambe, la guitare électrique ou au clavecin, conférencier passionné d’astrophysique, de Saturne aux exoplanètes, l’artiste mène encore en parallèle au cinéma une carrière de comédien en solo.

Là encore, la partition fuse, comme son one-man-show «Que ma joie demeure!» Constante dans ses élucubrations, un fort penchant pour le calembour affiné pour une oreille absolue. Parmi ses maîtres, Audiard côtoie Céline, Molière Labiche. Les grimaces nonsensiques de Louis de Funès et des Monty Python achèvent la balafre qui lui sert de sourire. Dans le chaudron de «Kaamelott», réédité en intégrale ces jours, la potion concentre ce melting-pot d’influences saupoudrées encore de la sagesse antique d’Euripide ou des fulgurances laser de George Lucas.

«Je ne suis pas un garçon à milieu»

Faux extraverti, vrai hypersensible, l’indécrottable solitaire l’avoue: «Je ne suis jamais là où on m’attend.» En 2012, sur son beau drame psychanalytique, «David et Madame Hansen», bien forcé de donner des interviews ayant trouvé en sa star, Isabelle Adjani, plus recluse que lui, il lâchait en confidence: «Je n’aime pas le milieu des professionnels de la profession. Je ne suis pas un garçon à milieu. La population qui m’est le moins exotique, c’est celle de la scène. J’ai passé mon enfance là-dedans, je sais comment fonctionne un comédien.» Dans son deuxième «Astérix», il utilise d’ailleurs son père comme voix, le comédien Lionnel Astier, fameux Léodagan à la cour de «Kaamelott».

Le roi Arthur aurait d’ailleurs pu inscrire sur son blason «Fidélité et transmission». Car comme le Jean-Sébastien Bach qu’Alexandre Astier joue sur les planches, ou le monarque de «Kaamelott», ces grands hommes se sont désespérés de ne pas avoir de lignée, Alexandre Astier ne dément pas son obsession pour la «finitude». De quoi exorciser ses vieilles lunes, lui qui, à 44 ans, est père de six enfants. Par contre, Panoramix cherche encore la formule susceptible de contrarier la fatale conséquence de la mortalité.

Animation (Fr., 85’, 6/6) Cote: V V

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