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«Trainspotting 2» sort sa belle gueule de bois

Danny Boyle revient à Leith sur les lieux du crime, vingt ans après.

Et dire que Trainspotting 2 a failli ne pas se tourner. A l’arrivée, cette rasade de nostalgie enchante. Avec un humour noir corrosif, Ewan McGregor avoue avoir douté. «Renton, c’est le plus écossais de tous mes personnages. Fuck! Et si je n’étais plus assez écossais pour l’interpréter?» raconte le comédien. C’est qu’en vingt ans, le plus «présentable» de la bande a roulé sa bosse dans les hauteurs hollywoodiennes, de Star Wars à Moulin Rouge. Alors que ses potes de Leith, Edimbourg, vivaient des fortunes diverses, Danny Boyle, le metteur en scène qui allait le mettre sur orbite et se révéler par la même occasion, a également explosé au firmament. Lui aussi admettait avoir renâclé, confiant au Festival de Berlin: «J’avais peur de ne pas être à la hauteur. En outre, j’avais un problème avec mes acteurs, ils ne me semblaient pas assez vieux! Voilà ce qui arrive quand on se tartine le visage de crème hydratante et qu’on se prélasse au spa!»

La gloire commune du cinéaste désormais oscarisé, et de l’acteur sacré Jedi, avec les studios américains aurait pu cimenter leur complicité. Une vieille brouille les a empêchés de récidiver. Ewan McGregor a pardonné avec difficulté à Danny Boyle de lui avoir préféré Leo DiCaprio pour La plage en 2000. Les compatriotes ont pourtant encapsulé une époque, de chômage et sida post-Thatcher. Avec sa bande-son ponctuée de joyaux par Iggy Pop, Lou Reed etc., son scénario trash «argoté» par Irvine Welsh et ses gueules d’atmosphère, Trainspotting marque la fin des années 90. L’acteur mesure la portée de ce petit film indépendant avec une formule très musicale: «C’est au septième art anglais ce qu’Oasis représente dans la pop brit.»

Les aventures de ces Pieds-Nickelés dans les paradis artificiels de la classe ouvrière écossaise peuvent encore se traduire par un monologue qu’une génération connaît par cœur. «Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de télé à la con…» et ainsi de suite, ad libitum, jusqu’à la conclusion, un shoot d’héroïne. Renton, en digne «touriste de sa propre jeunesse», reproduit la tirade dans Trainspotting 2, qui cite d’ailleurs nombre de scènes d’anthologie. Mais impossible de voir dans cette réaffirmation désillusionnée une quelconque apologie de la drogue, tant ces losers se vautrent dans la déchéance sur des moquettes pourries, tant leurs horizons vomissent des ambitions médiocres.

Folie ambiante

Coïncidence aussi tordue que leur comique, les retrouvailles passent d’abord par une sévère liquidation de comptes. De retour d’Amsterdam dans son bled balafré de misère industrielle, Renton, le héros incarné par McGregor, doit s’expliquer sur le magot qu’il a empoché au lieu de le partager. Spud (Ewen Brenner), le Duduche ahuri, compte les points tandis que Sick Boy cogne sur le traître. La folie ambiante autour de ces 16 000 livres s’aggrave quand Begbie (Robert Carlyle) sort de taule après avoir tiré vingt ans à la place de ses complices.

Malgré ce tableau désolant, le réalisateur joue d’entrée l’atout nostalgie en posant quelques chromos de gosses jouant dans les rues aux maisons de briques rouges de Leith. En fait, si le romancier barjot Irvine Welsh, lui aussi redescendu des paradis artificiels, est crédité au générique, cette suite s’écarte de ses épisodes littéraires, Porno etc. publiés dès 2002. Danny Boyle tient sa chronique dans les strictes limites de la nostalgie inspirée. «En 1996, notait-il encore à la Biennale berlinoise, j’étais arrogant, je me fichais de tout, je prenais des risques inconsidérés. Comme mes personnages, je voulais choquer en montrant une jeunesse livrée à elle-même. A présent, je suis plus calme grâce à mes enfants. Mais il m’arrive encore de disjoncter dangereusement.»

Chronique (G.-B., 117’, 16/16). ***

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