Une femme enceinte sur quatre voit son revenu baisser

MaternitéUne étude met en lumière l’impact de la grossesse sur la vie professionnelle. Interview d’une experte.

Melania Rudin, du bureau d’études de politique du travail et de politique sociale

Melania Rudin, du bureau d’études de politique du travail et de politique sociale

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Comment concilier droit à l’emploi et maternité? La Commission vaudoise consultative de l’égalité et le Bureau cantonal de l’égalité entre les femmes et les hommes ouvrent le débat ce mardi à Lausanne*. Melania Rudin, membre de la direction du Bureau d’études de politique du travail et de politique sociale (BASS), a réalisé une étude sur les interruptions de travail avant l’accouchement. La chercheuse, qui participe à ce débat, répond à nos questions.

Des femmes sont-elles licenciées parce qu’elles sont enceintes ou ont accouché?
Selon notre enquête, 3% des femmes ont été licenciées après leur congé de maternité. Dans 6% des cas, il y avait une résiliation par l’employée, sans qu’on sache combien l’ont fait sous la pression de leur employeur. Si l’on ajoute les femmes qui ne reprennent pas le travail pour d’autres raisons, comme le manque d’occasions de travailler à un taux d’occupation réduit, la santé ou le manque de moyens de garde, on estime que 15% des nouvelles mères subissent une pause non désirée. Précisons que la protection contre le licenciement s’applique pendant la grossesse et au cours des seize semaines qui suivent l’accouchement. Après, un licenciement n’est illégal que s’il est discriminatoire.

Des femmes doivent-elles interrompre leur travail avant d’accoucher sans être payées?
Un quart des femmes interrogées ont connu, durant leur grossesse, des périodes de baisse (23%) ou de perte complète (7%) de leur revenu, les deux pouvant se cumuler. Cela se produit surtout pour celles qui ont un contrat de travail avec salaire horaire ou peu d’ancienneté, ainsi que pour les femmes indépendantes ou au chômage.

Quelles sont les principales lacunes du droit pour les femmes qui travaillent?
Elles concernent surtout les employées dont les conditions d’engagement sont particulières. Pour les femmes qui tombent enceintes au cours de leur période d’essai, l’interdiction de licenciement pendant la grossesse ne compte pas. Les employées avec un contrat à durée déterminée ne disposent d’aucune protection, car la fin de leur contrat n’est pas considérée comme un licenciement. Une réduction du travail horaire des femmes ayant un revenu soumis à de fortes fluctuations peut en outre entraîner une baisse de leur salaire, ce qui a aussi une influence sur leur allocation de maternité après l’accouchement.

Beaucoup de femmes arrêtent de travailler avant d’accoucher.
Oui. Durant les deux dernières semaines précédant l’accouchement, la grande majorité des femmes sont en congé maladie. L’enquête montre que 16% des futures mamans travaillent jusqu’à (quasiment) l’accouchement. La plupart ont une sécurité financière relativement bonne pour ces dernières semaines de la grossesse. Le plus souvent, les employeurs continuent de payer au moins 80% du salaire.

Pourquoi ne généralise-t-on pas cette pratique, avec un congé prénatal dans la loi?
Après avoir pris connaissance des résultats de notre étude, le Conseil fédéral a estimé qu’il était inutile d’intervenir sur le plan politique et d’instaurer un tel congé en fin de grossesse. Selon notre enquête, ce n’est pas non plus une priorité, notamment chez les mères. Elles y sont favorables, mais jugent qu’il faut d’abord allonger le congé de maternité après l’accouchement et instaurer un congé de paternité ou un congé parental.

*

Débat ce mardi

de 17h30 à 19h30, salle Aula, Palais de Rumine, Lausanne.
Inscription obligatoire: info.befh@vd.ch ou 021 316 61 24.

Créé: 23.09.2019, 21h22

Le congé maternité en chiffres

Étude
L’étude du BASS est fondée sur les sondages de quelque 2800 femmes ayant eu un enfant en 2016 et de plus de 3500 entreprises.

Fin de contrat
Plus de 10% des femmes déclarent qu’à l’annonce de la grossesse, leur employeur a abordé l’éventualité de résilier le contrat de travail d’un commun accord après le congé maternité.

Durée
Près de la moitié des femmes bénéficient d’un congé maternité plus généreux que le minimum légal (14 semaines payées à 80% du dernier salaire).

Retour
Seules 18% des femmes reprennent une activité lucrative immédiatement après le congé de maternité. La moitié sont de retour après 22 semaines.

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