Des skates pour lutter contre les gangs

Impact Journalism DayAu Honduras, les Skate Brothers aident des jeunes à quitter la délinquance.

Les Skate Brothers sur tapis rouge. Un club de glisse urbaine prévenant la délinquance.

Les Skate Brothers sur tapis rouge. Un club de glisse urbaine prévenant la délinquance. Image: DR

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La silhouette du rider s’élève dans les airs, enchaînant quelques acrobaties à vélo avant d’atterrir avec un sourire de satisfaction sur son visage. Dans une des régions les plus violentes du Honduras, il fait partie d’un groupe de jeunes à avoir quitté l’univers du crime pour celui du sport au sein des Skate Brothers.

«Je fais toutes sortes de figures à vélo mais je fais aussi du roller. J’ai pris un chemin dangereux pendant six ans. À l’époque, je cherchais une montée d’adrénaline dans la rue et j’ai fini par en trouver une qui ne met pas ma vie en danger. Ici, nous sommes une grande famille heureuse», explique Gendrik Torres, âgé de 19 ans, avant de s’empresser de sauter à vélo sur une piste multiusage, prise d’assaut par la joie de plusieurs autres jeunes.

Au coucher du soleil, une nuée d’enfants et d’adolescents se réunissent pour montrer leur talent sur la piste. Dans une salle à côté, d’autres s’essaient au chant ou à la danse. Certains filent comme une flèche sur leurs rollers, font des figures en skateboard ou s’élancent à vélo sur la rampe.

«Ambiance familiale»

«La douleur est éphémère, mais la satisfaction est éternelle. J’adore venir ici à cause de l’ambiance familiale qui y règne. Ça nous empêche de penser à rejoindre un gang ou un truc du genre», explique Bayron Rodriguez, un skateur de 13 ans qui a la sagesse d’un adulte.

Comme Torres et lui, de nombreux jeunes se réunissent chaque après-midi pour prendre part à ce programme, accueilli comme une lueur d’espoir par les jeunes générations de Cofradia. Située au sud de San Pedro Sula, cette ville est l’une des plus violentes du Honduras, un pays frappé par l’un des plus élevés taux d’homicides au monde en 2017 – 42,8 morts pour 100 000 habitants.

Fondé par Jessel Recinos, un jeune Hondurien qui a abandonné le crime organisé pour le patinage, Skate Brothers vise à éviter que les jeunes ne rejoignent des gangs. «J’ai rejoint un gang à l’âge de 15 ans, mais en 2015 ma vie a pris un tournant. Je me suis fait tirer dessus avec un pistolet de 9 millimètres. L’une des balles est rentrée par mon dos et est sortie au-dessus de mon cœur», décrit-il, déboutonnant sa chemise pour révéler sa cicatrice. «En voyant le sang sortir de ma poitrine, j’ai promis à Dieu que je laisserais cet univers sombre derrière moi. Les docteurs ne comprenaient pas comment j’ai pu être sauvé; ce fut un miracle.»

«Devenir quelqu'un de bien»

Cette promesse solennelle de «devenir quelqu’un de bien» l’a poussé à fonder les Skate Brothers en 2011. Ce club de roller skating à but non lucratif est devenu une référence pour les jeunes tentés de tomber dans la drogue, le crime organisé ou les maras (les gangs). «Nous avons empêché beaucoup d’entre eux de tomber dans le vandalisme. Nous sommes l’antidote à ce problème», affirme le jeune homme de 27 ans.

Au début, le projet était hébergé dans le Centre d’aide sociale de Cofradia (un organisme géré par l’Église catholique qui vient en aide aux jeunes des quartiers dangereux). L’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) leur a accordé un don de 24 400 lempiras honduriens (1030 dollars), par le biais de l’Alliance des jeunes du Honduras, pour acheter les équipements nécessaires.

«Le jour de l’inauguration, je me suis assis en haut de la rampe et j’ai regardé «mes brebis», ému de voir tous ces jeunes désormais à l’abri de la violence», raconte Recinos. En 2016, il a fait partie des dix lauréats du Prix des Jeunes leaders émergents, décerné par le Département d’État des États-Unis.

Aujourd’hui, près de 70 jeunes fréquentent gratuitement le club. «Certains appartenaient à des gangs et Skate Brothers a changé leur vie. On ne se contente pas de leur apprendre différents sports. On est à la fois des amis et des mentors pour eux», explique-t-il.

En effet, le club ne se limite pas qu’au sport. Cette année, 2000 habitants de la région bénéficieront de leur programme médico-nutritionnel, parrainé par l’USAID. «Nous avons un lien direct avec le public. Chaque 15 septembre (fête d’indépendance du Honduras), nous participons à des parades, organisons des spectacles et assistons à chaque événement local auquel nous sommes invités.»

Créé: 15.06.2018, 09h27

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