«Au Tibet, la répression s’est aggravée sous le président Xi»

Droits de l'hommeSoixante ans après le soulèvement populaire contre l’occupant chinois, le Toit du Monde est plus que jamais sous contrôle.

En mars 1959, les Tibétains se rendent aux troupes chinoises à Lhassa, devant le Potala.

En mars 1959, les Tibétains se rendent aux troupes chinoises à Lhassa, devant le Potala. Image: Getty Images

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Zone interdite. Comme chaque année à la même période depuis les manifestations violemment réprimées du 14 mars 2008, Pékin a fermé les portes du Tibet aux étrangers et renforcé les mesures de sécurité jusqu’au 1er avril. En cause? La 60e commémoration du soulèvement populaire contre l’occupation chinoise du 10 mars 1959, qui a provoqué l’exode de 80 000 Tibétains et la fuite du dalaï-lama. L’enjeu est de taille pour l’Empire du Milieu, «qui tente à tout prix de cacher sa politique répressive à l’encontre du peuple tibétain depuis plusieurs décennies», explique Kunchok Dolma Yaklha, déléguée pour les droits de l’homme auprès du Bureau du Tibet à Genève, la représentation officielle de Sa Sainteté le dalaï-lama et de l’Administration centrale tibétaine (ACT).

Les troupes de Mao sont entrées dans Lhassa en octobre 1951. Moins d’une décennie plus tard, le Toit du Monde était entièrement sous contrôle, avant d’être dévasté par une révolution culturelle plus féroce qu’en Chine. Près de 20% de la population – soit 1,2 million de Tibétains – ont péri des suites de cette invasion, et plus de 99% des 6000 monastères, temples et sanctuaires religieux du Tibet ont été pillés ou décimés. Aujourd’hui, le Tibet est un territoire militairement occupé et économiquement colonisé. Ses immenses ressources minières sont surexploitées et la sinisation de la société se poursuit à marche forcée.

Pire que la Corée du Nord

Pour Sonam Norbu Dagpo, porte-parole officiel de l’ACT, installé à Dharamsala, en Inde, la fermeture des frontières «prouve l’instabilité du Tibet soumis au régime de Pékin et la défiance permanente du peuple tibétain face à cette occupation. La Chine prétend «libérer le Tibet» et s’enorgueillit d’un vaste développement économique dans la région. En réalité, elle viole les droits et les libertés du peuple tibétain», a-t-il ajouté en cette veille de célébration.

Comment vit-on au Tibet, classé dans le rapport Freedom in the World 2019 (La liberté dans le monde 2019) comme la deuxième région la moins libre de la planète, juste derrière la Syrie, et devant la Corée du Nord? «C’est un véritable exemple de dystopie orwellienne. Le système de contrôle social du gouvernement chinois a été testé et perfectionné au Tibet. Cette méthode de surveillance de haute technologie permet à Pékin de contrôler étroitement tous les Tibétains», poursuit Kunchok Dolma Yaklha, qui rappelle qu’il est plus difficile pour un journaliste de se rendre à Lhassa qu’à Pyongyang.

«Depuis l’arrivée de Xi Jinping à la tête de l’État en 2012, la situation n’a cessé de se dégrader et la répression contre les défenseurs des droits de l’homme s’est fortement aggravée. D’ailleurs, la majorité des immolations de moines et de nonnes pour protester contre la violence de ce régime se sont produites au début de son mandat.» Huitante-six Tibétain(e)s se sont immolés en 2012, sur les 155 cas recensés depuis 2009 par l’ONG International Campaign for Tibet.

Pourquoi la communauté internationale, et l’ONU en particulier, ne condamne-t-elle pas plus fermement l’attitude de la Chine? «Pour des raisons économiques», répond la Genevoise d’adoption. «Cette année, la Chine est devenue le deuxième plus grand contributeur au budget de l’ONU, derrière les États-Unis. Et dès qu’elle signe un accord de libre-échange avec un pays, celui-ci – y compris la Suisse – s’abstient de critiquer les violations des droits de l’homme commises par Pékin, tant en Chine qu’au Tibet.»

L’ambivalence de la Suisse

La communauté tibétaine dans notre pays, forte de 8000 individus en 2018, est la plus importante d’Europe et la troisième au monde après celle de la région de l’Himalaya et celle établie en Amérique du Nord. Pourtant, le Conseil fédéral n’a jamais voulu recevoir officiellement le dalaï-lama. «Ce qui souligne bien l’ambivalence des autorités helvétiques», commente la jeune femme.

Par ailleurs, selon un rapport de la Société pour les peuples menacés (SPM) suisse, les droits fondamentaux des Tibétains sur notre territoire se sont détériorés au cours des cinq dernières années. Les rassemblements sont surveillés et les intimidations de l’ambassade de Chine sont en hausse. «L’ingérence de la Chine en Suisse auprès des Tibétains et de ceux qui sont engagés en leur faveur s’est accentuée. Certains se sont vus refuser des visas. D’autres l’ont obtenu «sous condition de bonne conduite». L’été dernier, les autorités suédoises ont arrêté un espion chinois qui surveillait les activités des 130 Tibétains qui composent la diaspora de ce pays. Avec les milliers de Tibétains qui vivent en Suisse, on peut imaginer que l’infiltration chinoise est proportionnelle», estime Kunchok Dolma Yaklha.

Manifestation à Zurich

L’événement principal du 60e anniversaire du soulèvement tibétain aura lieu à Dharamsala. Mais des manifestations seront organisées partout dans le monde. En Suisse, un rassemblement est prévu ce dimanche devant le consulat chinois à Zurich, un autre se tiendra le 22 mars devant l’ONU. «Impossible en revanche d’organiser quoi que ce soit au Tibet», précise la représentante aux droits de l’homme. Le Pays des neiges éternelles étant quadrillé par l’Armée populaire de libération à l’affût du moindre «écart de comportement», les Tibétains n’auront d’autre choix que de garder le silence. ()

Créé: 09.03.2019, 10h22

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