«Avec Jérusalem, Donald Trump joue l’avenir du processus de paix»

MondeDans les prochaines heures, le président américain pourrait reconnaître la ville sainte comme capitale d’Israël. Explosif !

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Le Proche-Orient est à cran. Donald Trump pourrait lâcher une bombe ce mercredi en déclarant que Jérusalem est la capitale éternelle et indivisible d’Israël. Le président américain pourrait même concrétiser sa promesse d’y transférer l’ambassade des États-Unis. De quoi anéantir les efforts de son gendre Jared Kushner pour conclure «un deal ultime» entre Israéliens et Palestiniens. Pourquoi le statut de la ville trois fois sainte est-il à ce point explosif? Décryptage.

Offrir Jérusalem aux Israéliens torpillerait le processus de paix et signerait la mort définitive de la solution à deux États. «Ça ne sert plus à rien de négocier si les États-Unis décident du statut de Jérusalem, qui devait être scellé dans un accord de paix», tranche Fouad Hallak, l’un des conseillers pour les négociations à l’Organisation de libération de la Palestine. Les Palestiniens aspirent à faire de Jérusalem-Est, dont la Vieille-Ville, qui abrite les lieux saints, la capitale d’un futur pays. «Sans la mosquée Al-Aqsa pour les musulmans et le Saint-Sépulcre pour les chrétiens, aucun État palestinien n’est envisageable», soutient l’expert. Pas plus acceptable qu’Abu Dis, petite ville en périphérie de Jérusalem, proposée comme future capitale par le supposé plan de paix des Saoudiens, révélé lundi par le New York Times. Il n’en fallait pas plus pour faire grimper la tension.

Le Hamas menace

En plein marathon diplomatique pour faire dérailler l’annonce, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, est sur la sellette. «Ce serait un échec qui lui ferait perdre le peu de légitimité qui lui reste», lâche Hamada Jaber, analyste au Centre palestinien pour la recherche politique et les études d’opinion. «Vingt-cinq ans après les Accords d’Oslo, il ne reste plus rien. Aussi bien dissoudre l’Autorité, née dans la foulée de ces pourparlers», propose le chercheur. Une reconnaissance hypothétique de Jérusalem comme capitale d’Israël provoque déjà la colère des Palestiniens. Le mouvement islamiste Hamas a menacé de «raviver l’Intifada». «Cette crise plongera les Palestiniens dans l’incertitude mais pourrait forcer l’émergence d’un nouveau leadership et la fin du statu quo», analyse Hamada Jaber.

Et si Trump se contentait de Jérusalem-Ouest? «La décision serait moins controversée car il existe déjà un consensus à l’effet que cette portion de la ville fait partie d’Israël et le restera à l’issue d’éventuelles négociations de paix», souligne Lior Shilat, directeur de l’Institut de recherche sur les politiques de Jérusalem. Or, depuis 1948, Jérusalem est considérée comme un «corpus separatum» par les Nations Unies, c’est-à-dire une entité dont la souveraineté ne peut être ni juive ni arabe. En 1967, Israël a tout de même annexé illégalement Jérusalem-Est, où se trouve le mur des Lamentations, premier lieu saint du judaïsme. «Jérusalem est une ville hautement émotive pour les trois religions monothéistes», rappelle Lior Shilat. «Cependant, reconnaître seulement l’ouest de la ville comme capitale sans préciser le statut de la partie orientale créerait de l’insatisfaction chez les Palestiniens», nuance-t-il. Dans une lettre envoyée à Jason Greenblatt, l’émissaire de Donald Trump au Moyen-Orient, 25 personnalités israéliennes, des ex-diplomates, des universitaires et des militants pour la paix, ont prié le président des États-Unis de reconnaître l’ouest pour Israël et l’est pour les Palestiniens.

Une promesse non tenue

L’épineuse question du statut de Jérusalem revient tous les six mois dans le bureau ovale depuis 1995. À l’époque, le Congrès américain a adopté le Jerusalem Embassy Act, une loi stipulant que «la ville de Jérusalem est, depuis 1950, la capitale de l’État d’Israël». Au cours des deux dernières décennies, tous les locataires de la Maison-Blanche – Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama – ont signé une clause dérogatoire pour empêcher sa mise en application, beaucoup trop risquée. En juin dernier, Donald Trump n’a pas tenu sa promesse de campagne «pour laisser une chance» au processus de paix. Cette fois-ci, l’imprévisible président va peut-être en décider autrement.


La paix maintenant… vraiment?

«Je n’attends rien de bon de Donald Trump, ni de son gendre Jared Kushner, ni de David Friedman, l’ambassadeur des États-Unis en Israël. Ces gens ne comprennent vraiment rien à la complexité de la situation!» De passage mardi à Genève, Avi Buskila ne mâche pas ses mots. Lui qui consacra près de quinze ans de sa vie à l’armée israélienne est maintenant à la tête de Chalom Akhshav (La paix maintenant), mouvement créé en 1978 par 300 officiers de réserve de l’armée pour sauver le processus de paix israélo-égyptien. Certes, admet-il, «le président Trump hait tellement Barack Obama qu’il croit peut-être pouvoir faire la différence là où son prédécesseur démocrate a jeté l’éponge. Mais en réalité, il se fait juste instrumentaliser par Benyamin Netanyahou (ndlr: le premier ministre israélien).» L’espoir est ailleurs, dit Avi Buskila. «Pour la première fois, la semaine dernière, le leader travailliste Avi Gabbay est arrivé en tête d’un sondage, devant Benyamin Netanyahou. La propagande de droite donne l’impression que la gauche est marginale en Israël. C’est faux! Aux dernières élections, il aurait pu y avoir une coalition du centre et de la gauche, mais les querelles d’ego ont prévalu. La force de la droite, c’est d’être groupée autour de Netanyahou, ce qui a permis ensuite aux ultranationalistes de lui imposer leurs priorités.» Leader atypique, Avi Buskila est un séfarade, «un juif arabe», glisse-t-il avec malice. À la tête d’un mouvement fondé par des ashkénazes, il critique sans détour «les élites qui croient vivre dans une petite Europe au Proche-Orient». Il demande à ses jeunes concitoyens combien de temps encore ils se laisseront dicter leur avenir par les colons juifs des territoires palestiniens, soit 4% de la population israélienne. «J’aime mon pays et la démocratie. N’oublions pas pourquoi cet État a été créé! Sauvons nos valeurs! La paix est plus urgente que jamais.» A.A. (24 heures)

Créé: 05.12.2017, 20h48

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