«Alcina», une nouvelle magie boisée

Haendel a ouvert une nouvelle page à l’Opéra des Nations à Genève. Une production qui trouve dans la fosse son meilleur atout.

Nicole Cabell (au centre) incarnant le rôle-titre. Ici dans, dans la scène inaugurele d’«Alcina», nouvelle production du Grand Théâtre mise en scène par l’Allemand David Bösch

Nicole Cabell (au centre) incarnant le rôle-titre. Ici dans, dans la scène inaugurele d’«Alcina», nouvelle production du Grand Théâtre mise en scène par l’Allemand David Bösch Image: GTG/MAGALI DOUGADOS

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Dans les innombrables lignes qui font l’histoire du Grand Théâtre, cela a les allures d’une longue incise, dont le tiret liminaire est venu se poser lundi soir à Genève. Avec l’ouverture très attendue de l’Opéra des Nations – épicentre lyrique suppléant, le temps d’une cure de jouvence, la scène de la place Neuve – un nouveau récit prend donc forme. Celui d’une structure aux bois clairs et à l’ergonomie confortable, dont on se surprend à regretter, dès lors qu’on y pénètre, son destin éphémère. Car, il faut le dire d’entrée, le bâtiment ne laisse aucun interstice aux considérations sceptiques. Il convainc par l’harmonie de ses volumes, par cet étonnant sentiment de proximité que chaque spectateur peut ressentir face à la scène et, surtout, par ses indéniables atouts acoustiques, ronds et chaleureux.

De ce dernier point, on en mesure la portée dès les premières mesures d’Alcina, ouvrage phare dans le copieux corpus opératique de Haendel. Le rendu de la fosse paraît optimal, saillant et velouté à la fois. Et au fond, on trouve là, dans cet espace qui a été légèrement rehaussé, l’aboutissement d’un pari artistique audacieux, qui fait coexister instruments d’époque – le «continuo» que forme la Cappella Mediterranea – et les traditionnels de l’Orchestre de la Suisse romande. Deux univers sonores que le chef Leonardo Garçía Alarcón parvient à diluer dans un dialogue souple et vivace.

Une direction du jeu minimale

En rivant le regard vers la scène, un autre paysage s’offre aux présents, celui qu’a imaginé le metteur en scène allemand David Bösch. Que peut-on dire de son approche sinon qu’elle s’avère quelque peu rigide durant les deux premiers actes? Certes, on est séduit par l’impact qu’offrent les décors (Falko Herold) et les costumes (Bettina Walker). On est saisi par le récit d’une déliquescence et d’un abandon que le huis clos de l’action laisse surgir, la végétation parasite ayant conquis ce que l’homme a délaissé. Mais ce dispositif figé s’essouffle trop vite. Et la direction du jeu, minimale, à peine esquissée par endroits, ne parvient pas à redresser la barre, elle qui illustre si peu les transports amoureux, les revirements abrupts et les intrigues complexes qu’offre le livret. L’Alcina de David Bösch fait ainsi l’économie d’une sensualité et d’une dimension tragique qui devraient au contraire dominer.

Ailleurs, dans une distribution globalement de bonne tenue, on relève la belle prestation de Kristina Hammarström, Bradamante au timbre capiteux. Dans le rôle-titre, Nicole Cabell impressionne par ses graves et ses médiums onctueux et par une belle rondeur vocale (d’entrée, un convaincant «Ah, mio cor»). Des traits qu’on n’associe pas nécessairement au personnage d’Alcina, incarné souvent par des sopranos coloratures. Quant à Siobahn Stagg, elle campe avec justesse les traits espiègles et séducteurs de Morgane. On saluera encore Monica Bacelli en Ruggiero, au jeu excédant parfois dans le démonstratif; et enfin Anicio Zorzi Giustiniani, un Oronte à l’allant conquérant.

«Alcina», Opéra des Nations, jusqu’au 29 février. Rens. www.geneveopera.ch

Créé: 16.02.2016, 14h25

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