Des aspirants policiers sont priés de chanter à l’église

SavatanLes agents genevois formés apprennent à chanter et célèbrent Noël dans une basilique. Est-ce bien laïque? s'interroge l’Union du personnel genevois du corps de police.

Image: Herrmann

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Les aspirants policiers genevois formés depuis le mois d’avril à l’Académie de police de Savatan, au-dessus de Lavey, apprennent le tir, le maintien de l’ordre ou encore la psychologie, mais aussi… le chant. Et ils ont l’occasion d’exercer leurs cordes vocales lors de manifestations et cérémonies, notamment au sein d’une église catholique. Ces éléments au programme correspondent-ils aux missions d’une école publique professionnelle préparant au brevet fédéral de policier?

Durant les sept premières semaines passées en internat sur le rocher de Savatan, les élèves apprennent à chanter sous la conduite d’un gendarme instructeur également «maître chant». Et en fin d’année, «l’Académie de police célèbre Noël» à la basilique de l’abbaye de Saint-Maurice, où le «chœur ad hoc de l’Académie enrichit la cérémonie de mélodies, belles et rythmées», relate le bulletin de l’école de janvier 2016.

«Cultiver la cohésion»

Ce genre d’activité peut surprendre vu de Genève, où la laïcité de l’Etat et sa neutralité religieuse sont inscrites dans la Constitution et même renforcées à travers un projet de loi comprenant ces lignes directrices: «Les collaborateurs (…) observent cette neutralité religieuse dans le cadre de leurs fonctions.»

Voilà qui interpelle le président de l’Union du personnel genevois du corps de police, Marc Baudat: «Je m’étonne de voir de futurs policiers chanter dans une église à l’heure du débat autour du respect de la laïcité pour les fonctionnaires à Genève, défendu par le conseiller d’Etat chargé de la Sécurité Pierre Maudet. Concrètement, que se passe-t-il quand un aspirant athée ou d’une autre confession refuse d’aller dans l’église? La pression du groupe fait qu’il aura du mal à refuser cette activité.»

Directeur de l’Académie de Savatan, Alain Bergonzoli explique ces choix: «Il y a huit heures de cours de chant sur mille huit cents heures de formation durant une année. Cela ne remplace pas d’autres enseignements. Le chant permet de cultiver la cohésion du groupe», indique-t-il. Les élèves apprennent le «chant de l’Académie», le «chant de l’école», ainsi que les hymnes national et cantonaux. Et certains se prennent au jeu en poursuivant l’exercice en dehors du programme imposé. Un groupe de gospel s’est formé pour se produire au bal de promotion et lors de la fameuse célébration de Noël.

«Cette cérémonie œcuménique dure trois quarts d’heure. Elle est organisée en décembre dans le cadre des activités de l’Académie, qui bénéficie de l’appui spirituel d’un aumônier. A cette occasion, je prends la parole pour leur exprimer mes vœux», explique Alain Bergonzoli, de confession protestante.

La participation des aspirants est-elle libre? «C’est une activité conduite, c’est-à-dire que les aspirants ne sont pas libres de leur temps, mais elle n’a pas de caractère obligatoire.» La nuance est subtile. En tout cas, depuis l’instauration de la tradition il y a huit ans, «une seule fois, l’an passé, un aspirant vaudois a refusé de venir».

Pourquoi une école censée préparer des fonctionnaires laïques investit-elle un site religieux? «C’est le plus bel endroit du secteur. De par notre proximité avec Saint-Maurice, notre commune postale, nous profitons de l’ouverture des autorités religieuses de l’abbaye, un lieu plus que millénaire de savoir et de connaissance, avec laquelle nous avons noué des liens d’amitié, relève Alain Bergonzoli. L’abbaye de Saint-Maurice est plus qu’un site religieux, c’est une vénérable institution de formation aussi. Et c’est là que nous nous retrouvons.»

Des magistrats à l’unisson

La ligne suivie par l’Académie fait-elle tousser les trois magistrats chargés de la Sécurité des cantons partenaires pour cette formation? Au contraire, ils réagissent à l’unisson.

«Je ne vois aucun inconvénient à la participation d’aspirants à une activité optionnelle, qui de plus est à même de créer de la cohésion et de l’homogénéité au sein d’un groupe. La laïcité n’a rien à voir dans cette histoire, dès lors que la cérémonie est œcuménique et facultative», affirme le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet.

Même point de vue de la Vaudoise Béatrice Métraux: «Les cours de chant ne posent pas de problème puisqu’ils participent à l’unité du groupe, ce que l’on recherche dans une telle formation. Quant à la cérémonie œcuménique, elle est facultative et ne pose pas la question du respect de la laïcité.» Le Valaisan Oskar Freysinger rappelle le symbole que représente l’abbaye de Saint-Maurice, fondée en 515. «Toute la culture européenne se retrouve dans l’histoire de cette institution. Tant mieux si nos policiers sont nourris à l’amour du prochain et à la paix universelle. Celui qui s’élève contre cela n’est pas dans la bonne civilisation.»

Créé: 09.06.2016, 07h23

Délocalisation

Genève a choisi en 2014 de délocaliser la formation de base de ses policiers à l’Académie de police de Savatan (VD), située au-dessus de Saint-Maurice (VS). Un choix financier. Le coût d’instruction d’un aspirant passe ainsi de 75?000?fr. à 55?000?fr. Et Genève s’évite une rénovation du Centre de formation de la police cantonale de l’ordre de 60 millions de francs. Ainsi, les premiers élèves genevois (38) ont rejoint en avril dernier leurs collègues des polices cantonales et communales vaudoises et valaisannes, de la police des transports et de la sécurité militaire. Le cursus comprend sept premières semaines en internat, suivies de formations durant un an. Des collaborations avec la France ont été développées en matière de maintien de l’ordre. Une enquête réalisée en 2015 montre que les diplômés sont satisfaits à plus de 85% de leur formation. S.R.

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