«Boris Nemtsov, mon père, est une victime de la propagande russe»

Crime politiqueZhanna Nemtsova, fille de l’opposant à Vladimir Poutine assassiné à Moscou, se bat pour que justice soit faite. Rencontre.

Image: Georges Cabrera

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Zhanna Nemtsova n’est pas prête à baisser les bras. La fille aînée de l’opposant russe Boris Nemtsov, assassiné de quatre balles dans le dos en face du Kremlin le 27 février 2015, dénonce une Russie où l’impunité règne en maître. De passage à Genève à l’occasion de la projection du film Boris Nemtsov, Shot in the Shadow of the Kremlin, dans le cadre du Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH), la jeune femme de 32 ans raconte son combat pour que justice soit faite.

Un an après l’assassinat de son père, «l’enquête est dans une impasse pour des questions politiques», explique la fille de l’opposant, exilée depuis bientôt une année à Bonn, en Allemagne, en raison des menaces qui pèsent sur elle dans son pays. «Quelques jours après le meurtre de mon père, Vladimir Poutine a décidé de contrôler personnellement l’enquête. Cinq Tchétchènes ont été arrêtés, désignés comme les exécutants, ils seront prochainement jugés. Mais le ou les commanditaires de ce crime n’ont pas été identifiés. Un proche du président tchétchène Ramzan Kadyrov (ndlr: protégé par Vladimir Poutine) est soupçonné, mais il n’a jamais été inquiété par la justice», poursuit Zhanna Nemtsova, qui demande depuis le mois d’avril à ce que Kadyrov et son entourage soient entendus. En vain.

«Un pays de bandits»

«Il faudra beaucoup de temps pour faire toute la lumière sur ce crime. Mais je ne me fais pas d’illusion, tant que Vladimir Poutine sera au pouvoir, les véritables coupables ne seront pas punis. Les commissions d’enquête, étroitement surveillées par le Kremlin, n’ont quasiment aucune latitude pour agir. Après Poutine en revanche on connaîtra certainement la vérité.»

«La Russie est devenue un pays de bandits et Poutine est responsable de cette situation en protégeant et en vantant les qualités de gens comme Kadyrov, accusé d’avoir commandité de multiples exactions et qui menace ouvertement l’opposition sur les réseaux sociaux», assure la jeune femme. Elle dénonce ainsi un Etat de non-droit où la corruption est la règle et où «26% des gens avouent avoir peur de donner leur opinion politique». La cote de popularité de Vladimir Poutine peut changer du jour au lendemain, ajoute-t-elle, «les Russes sont très versatiles et il faut reconnaître que pour la population il n’y a pas d’alternative claire actuellement».

Machine de guerre

Zhanna Nemtsova s’en prend aussi violemment aux médias de propagande contrôlés par le pouvoir qui «attisent la haine en Russie». «Mon père est l’une des victimes de cette machine machiavélique. Sa disparition tragique est un règlement de comptes politique dont les chaînes de télévision d’Etat portent la responsabilité. En forgeant une image des opposants au régime comme celle de «traître à la patrie», ce type de propagande légitime des crimes et provoque de la violence et la guerre», estime-t-elle.

Jusqu’en mai dernier, Zhanna Nemtsova était journaliste économique à Moscou, elle travaille désormais pour le programme russe de la Deutsche Welle, chaîne internationale d’information en Allemagne. En attendant de pouvoir retourner dans son pays, dont elle est sûre «à 100%» qu’il deviendra un jour démocratique, elle a créé la Fondation Boris Nemtsov, en mémoire de son père, engagé en faveur de la démocratie, de la justice et des droits de l’homme.

Créé: 06.03.2016, 18h19

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Rapport Nemtsov

Boris Nemtsov s’apprêtait à publier un rapport sur «Poutine et la guerre» dans lequel il entendait dénoncer l’implication du pouvoir russe dans le conflit en Ukraine. Il n’a pas eu le temps de l’achever. Ses collaborateurs ont utilisé ses notes pour rédiger le texte final. Il vient de paraître en français aux Editions Actes Sud.
Y.V.

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