«Je n'ai pas eu le courage de me dénoncer, j'ai été lâche»

ProcèsLe meurtrier présumé d'Ashleigh Jenny, tuée à Morges en 2014, fait face à ses juges ce mardi au Tribunal criminel de Nyon.

Les parents d'Ashleigh, Roland et Sheelag Jenny (à dr.), font face à l'assassin de leur fille, avec leur avocat Me Patrick Mangold.

Les parents d'Ashleigh, Roland et Sheelag Jenny (à dr.), font face à l'assassin de leur fille, avec leur avocat Me Patrick Mangold. Image: Philippe Maeder

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Front plissé, regard constamment baissé, le jeune homme accusé du meurtre de sa compagne Ashleigh Jenny, en octobre 2014 à Morges, se triture frénétiquement les doigts dans la salle d’audience du Tribunal criminel de l’arrondissement de La Côte, à Nyon. En ce mardi ensoleillé, ce cuisinier d’origine mauricienne doit répondre de ses actes. S’expliquer sur les raisons qui l’ont mené à serrer mortellement le cou de son amie en cette tragique nuit du 27 au 28 octobre 2014, avant de s’enfuir au petit matin. Assis à quelques mètres de celui qui leur a enlevé leur fille de 25 ans, les parents d’Ashleigh font face, le visage fermé, mais dignes. Plus que jamais soudé, le couple attendait la confrontation avec impatience.

Crainte du rejet

La jalousie. Voilà ce qui a poussé le jeune homme à ôter la vie de sa compagne, qui venait de lui annoncer son intention de le quitter. Le couple entretenait depuis six mois une relation houleuse sur fond de consommation d’alcool et de marijuana. Ce soir d’automne 2014, Ashleigh Jenny partage alors un repas avec un ex-ami mais raconte à son compagnon qu’elle dîne avec une copine. S’ensuit une violente altercation, qui conduira le trentenaire à commettre l’irréparable. Sommé de s’expliquer sur les raisons de sa jalousie maladive par Me Patrick Mangold, avocat des parents de la victime, l’accusé répond d’une voix presque inaudible: «L’amour, l’attachement, la peur de la perdre, la crainte du rejet.»

Soit. Mais un fait n’a pas échappé à la Cour: pourquoi a-t-il passé la nuit auprès du corps de sa victime, pourquoi s’est-il enfui au petit matin après avoir jeté le portable de sa compagne, comment a-t-il pu reprendre son activité professionnelle comme si rien ne s’était passé? Bref, pourquoi n’a-t-il pas appelé immédiatement la police? «Je savais très bien que je me ferais arrêter un jour, a répondu le prévenu. Je n’ai pas eu le courage de me dénoncer, j’ai été trop lâche.»

Antécédents de violence

Au cœur de l’audience, la personnalité de l’accusé. En particulier, ses antécédents de violence physique envers ses précédentes compagnes – dont la mère de sa fille. Le prévenu admet les faits, mais se défend: «J’ai saisi au cou une ex-amie et peut-être une deuxième, mais ce n’était pas des actes de violence, c’étaient des actes de maîtrise.» Et lorsque le procureur, Me Xavier Christe, rapporte le témoignage éloquent de la meilleure amie de la mère de son enfant, l’accusé rétorque: «Je ne conteste pas les altercations, mais je n’ai pas causé ces bleus comme l’a décrit le témoin. Et il s’agissait de violences réciproques.»

Appelées à la barre en qualité de témoins, une psychologue et une psychiatre, qui ont suivi le prévenu entre 2012 et 2014, ont toutes deux évoqué les progrès réalisés par leur patient avant le drame. «Il est venu me consulter car il a subi un choc post-traumatique suite à une agression à Yverdon, rapporte la psychiatre. Cela a débouché sur d’autres problématiques: il était dépressif depuis son enfance. Adulte, il était devenu dépendant à l’alcool.» Le jeune homme a entamé une cure de désintoxication en 2013, avant de renouer avec ses vieux démons. Fin août 2014, il met fin à ses thérapies.

Troubles de la personnalité

En proie à des accès de violence, dépendant à l’alcool, consommateur de stupéfiants, l’accusé présente-t-il un profil enclin à commettre un crime? Interrogé, l’expert psychiatre a diagnostiqué un trouble de la personnalité marqué par des traits paranoïaques et narcissiques, ainsi qu’un trouble lié à l’utilisation de substances psychoactives. «Du point de vue psychiatrique, ces deux points expliquent le passage à l’acte», a souligné le spécialiste. Le prévenu présente-t-il donc un risque de récidive? «Oui, il est important si ces deux troubles persistent, mais il peut être fortement réduit par un traitement approprié.»

L’audience reprend ce mercredi avec le réquisitoire du procureur et les plaidoiries des deux avocats. Quant au verdict, il est attendu lundi.

Créé: 07.06.2016, 13h36

Dossiers

Articles en relation

Le procès du meurtrier d'Ashleigh est reporté

Justice L'avocat du meurtrier présumé de la jeune femme tuée à Morges en 2014 étant malade, le procès a été annulé. Plus...

«Je ne pardonnerai jamais au meurtrier de ma fille»

Affaire Ashleigh A une semaine du procès du coupable présumé du meurtre de leur cadette, les parents d’Ashleigh, tuée à Morges en octobre 2014, se confient. Plus...

Le tueur d’Ashleigh avait déjà serré le cou d’autres femmes

Homicide à Morges Un an après la mort de la jeune femme étranglée par son ami, le procureur a bouclé son enquête. Il exclut le meurtre passionnel. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.