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Une crise aux airs de Guerre froide entre Washington et Moscou

En Ukraine, les Etats-Unis ont ouvertement pris parti pour l'opposition pro-européenne, poussant cette ex-république soviétique dans les bras de l'UE dans un affrontement aux airs de Guerre froide avec la Russie.

Après être longtemps resté discret face à la crise ukrainienne, Washington a clairement affiché la couleur cette semaine, montant crescendo dans ses mises en garde à Kiev.

Le vice-président Joe Biden a dit au président Viktor Ianoukovitch sa «profonde inquiétude »face à d'éventuelles violences; le secrétaire d'Etat John Kerry a ensuite fait part de son «dégoût» devant la répression policière, avant que le patron du Pentagone Chuck Hagel n'avertisse son homologue Pavel Lebedev «contre toute intervention de l'armée pour réprimer les manifestations».

Dans un geste diplomatique remarqué, la secrétaire d'Etat adjointe pour l'Europe, Victoria Nuland, s'est mêlée aux manifestants pro-européens à Kiev, leur a distribué des gâteaux et a exhorté ce pays de l'ex-URSS à «sauver son avenir européen». Le département d'Etat a même menacé d'imposer des «sanctions» aux autorités ukrainiennes.

A l'instar de leur politique du début des années 1990 en faveur des anciens pays communistes d'Europe centrale et orientale, les Etats-Unis n'ont cessé de plaider ces dernières semaines pour "l'intégration européenne" de l'Ukraine, tout comme de la Géorgie et de la Moldavie, des pays également dans le giron de Moscou.

Pas tout à fait désintéressés

«Depuis la fin de la Guerre froide, les Etats-Unis et leurs alliés européens ont soigneusement oeuvré à pousser les anciens pays du bloc soviétique vers l'Ouest», résume Charles Kupchan, du centre d'études Council on Foreign Relations.

A ses yeux, la diplomatie américaine vers l'Europe de l'Est serait «en partie guidée par des raisons altruistes, pour montrer que les pays devenus membres de l'Otan et de l'UE réussissent bien mieux que ceux qui ne le sont pas».

De fait, l'ancienne secrétaire d'Etat Hillary Clinton s'était rendue en octobre 2012 dans les Balkans - avec la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton - pour encourager la Serbie, le Kosovo et la Bosnie à se jeter dans les bras de l'Alliance atlantique et de l'Union européenne, comme l'a fait la Croatie.

Mais les Etats-Unis ne sont pas tout à fait désintéressés, décrypte Kupchan: entre Washington et Moscou, c'est aussi «la poursuite du grand jeu d'influence dans la périphérie de la Russie».

«Avec une Europe centrale partie (vers l'UE) et un Kremlin en mode plus nationaliste, on assiste à des coups de boutoir entre (le président russe Vladimir) Poutine, qui s'efforce de garder l'Ukraine dans sa sphère d'influence, et l'Europe et les Etats-Unis, qui s'efforcent de l'en faire sortir», explique l'analyste.

Lourde faute symbolique

Son confrère Joerg Forbrig, du centre de recherche sur les relations transatlantiques, German Marshall Fund of the United States, accuse le chef de l'Etat russe de chercher «la confrontation» avec les Etats-Unis en «s'inventant un ennemi avec l'Occident». En réponse, le soutien américain à la frange pro-européenne en Ukraine a été «trop faible et trop tardif», déplore Forbrig.

L'expert dénonce la «lourde faute symbolique» qu'aurait commise John Kerry en annulant sa présence début décembre à un sommet de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à Kiev. Washington voulait ainsi condamner le refus de l'Ukraine, sous pression de la Russie, de signer fin novembre des accords d'association et de libre échange avec l'UE.

Absent à Kiev, au contraire de l'Européenne Ashton, Kerry a donné «l'impression que les Ukrainiens sont abandonnés par les Américains», critique le chercheur allemand.

Et il pense d'ailleurs qu'au final, les Etats-Unis voudront préserver leurs relations avec la Russie, avec qui ils coopèrent sur la Syrie et l'Iran. Le président Barack Obama n'a ainsi pas renoncé à sa fameuse diplomatie du «Reset »(Redémarrage) lancée en 2009 avec Moscou.

D'ailleurs, John Kerry s'est bien gardé de s'en prendre nommément aux Russes, disant refuser toute surenchère. Sa porte-parole Jennifer Psaki a assuré qu'il ne fallait pas lire la crise en Ukraine à la lumière d'un conflit des «Etats-Unis contre la Russie».

(AFP)

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