On dilapide à Palmyre et au château d’Hauteville

L'invitéPhilippe Saegesser, médecin, s'indigne de la dispersion des biens associés à cette célèbre demeure vaudoise.

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«Notre héritage n’est précédé d’aucun testament». René Char, l’auteur de cette citation datée de 1943, fait référence au vide laissé par la dernière guerre mondiale, lorsque le nombre de morts avait anéanti la capacité de l’ancienne génération à transmettre ses valeurs et son patrimoine à la nouvelle. Sans testament ou, pour mettre en perspective cette métaphore, sans une tradition qui choisit et nomme, qui conserve et transmet, qui indique où les trésors se trouvent et quelle en est la valeur, aucune continuité dans le temps n’est possible. Le massacre de civils innocents et la destruction du site archéologique de Palmyre, berceau de l’humanité et joyau d’une exceptionnelle qualité, par le régime de Daech, soulève notre indignation et pose la même question: quelle capacité une population a de construire un futur lorsqu’on fait ainsi table rase de son passé?

Ces protecteurs du patrimoine seraient bien inspirés d’interroger leur conscience

Toutes proportions gardées, l’inaptitude de nos autorités à témoigner d’une quelconque attention pour la vente et la dispersion des biens associés au château d’Hauteville à Saint-Légier, ou à manifester d’initiative concrète pour la sauvegarde de ce patrimoine, relève du même mépris pour ceux qui ont su le préserver, et finalement de la même violence à l’égard de l’histoire de notre collectivité. Les nombreuses personnes qui ont saisi la chance de venir visiter ce château et les objets qui s’y rapportent ne s’y sont pas trompées.

Passé l’émerveillement, c’est l’amertume qui soulève le cœur de voir ce trésor dilapidé, puis la révolte pour bon nombre d’entre eux, en prenant conscience que dans l’un des pays les plus riches au monde, les responsables politiques et culturels n’ont pas eu la plus petite élégance de trouver une issue à ce qui apparaît être un scandale comparable à celui du site archéologique de Palmyre. Ces protecteurs du patrimoine seraient bien inspirés d’interroger leur conscience avant d’adopter la mine indignée des gens bien.

S’il est sans doute trop tard pour sauver la collection d’objets qui font partie intégrante de ce château et qui en renforcent d’autant plus sa valeur, il n’est pas trop tard pour faire pression sur nos autorités pour que le château lui-même et son incomparable environnement soient préservés et remplissent leur mission pour notre mémoire et celle des générations futures. Comme pour le peuple grec en souffrance, les politiques ont décidé de détourner leur regard et d’abandonner au triste sort «du plus offrant» ce lieu qui est aussi le lien à notre histoire et notre mémoire collective.

La conservation des monuments du passé n’est pas une simple question de convenance ou de sentiment. Elle traduit la part d’humanité que nous mettons à nos actions. Une société incapable de reconnaître et respecter la grandeur de son passé est vouée à un avenir bien incertain.

Créé: 25.09.2015, 15h35

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