Dix-huit mois de prison pour un Français radicalisé

ProcèsUn homme a été condamné ce jeudi à Thonon pour port d’armes illégal. Il envisageait de s’en prendre aux villes de Genève et Lausanne.

L'audience s'est déroulée ce jeudi au Tribunal de grande instance de Thonon-les-Bains.

L'audience s'est déroulée ce jeudi au Tribunal de grande instance de Thonon-les-Bains. Image: Lucien Fortunati

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Il entre menotté, encadré par quatre policiers en tenue lourde, et lance un baiser à sa mère. Imprévisible, Akim*, 28 ans, carrure sportive, visage séduisant, crâne rasé, barbe fournie, se présente devant les juges pour port d’armes illégal, mais son profil inquiète davantage la justice. Cet Annemassien condamné déjà six fois, radicalisé, a proféré cet été des menaces, en visant notamment Genève et Lausanne.

Jugé ce jeudi en comparution immédiate au Tribunal de Thonon, Akim a les paupières lourdes, sous l’effet des médicaments. On lui reproche d’avoir possédé deux armes à cartouches à blanc, alors qu’il était sous le coup d’une interdiction. Des pistolets retrouvés dans la voiture de sa femme, stationnée le 13 août devant la douane de Thônex-Vallard. Ce dimanche-là, Akim se présente devant une église à Annemasse, où il profère des menaces.

Il voulait se faire exploser

Interpellé, il tient des propos incohérents devant les enquêteurs. «J’aime pas les juifs, les francs-maçons, les Saoudiens. Je suis bouddhiste musulman. En fait, je sais pas, parce qu’on est plusieurs dans ma tête.» Akim reconnaît fumer «beaucoup de joints». Il parle de ses plans: «Je voulais me faire exploser dans une ambassade saoudienne en direction de Lausanne. Un ami voulait le faire dans un lieu sioniste à Genève.»

A ces propos menaçants s’ajoute un SMS, envoyé à un ami suisse, résidant à Annemasse, agent de sécurité à Genève: «On va se faire exploser à Lausanne et dans une église de Genève, on se revoit au Paradis, prends soin de ma femme, donne-moi la loi à dire pour prêter allégeance au Califat de Daech.»

L’attitude et le parcours récent d’Akim interpellent. La veille de son intervention devant l’église, il s’est marié religieusement chez cet ami suisse avec une Parisienne qu’il a rencontrée une semaine avant sur l’application Snapchat. Quelques semaines auparavant, il a été en contact par le biais de l’application cryptée Telegram avec l’un des principaux recruteurs français de djihadistes, Omar Diaby, alias Omar Omsen. «Il est classé comme terroriste alors qu’il fait des choses bien», justifie-t-il devant les juges.

Akim s’est rendu récemment en Espagne, avec des «frères musulmans, pas dans l’extrémisme». Il est aussi allé chez son père résidant à Genève. Tout cela alors que l’Annemassien fait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire, remarque le président du tribunal.

Trois expertises psy

Avec la voix rassurante d’un médecin, le magistrat réussit à interagir avec le jeune homme. Les armes? C’était pour «protéger ma femme», «pour me défendre contre les djihadistes», «pour faire peur aux trafiquants de drogue. Je les aime pas, même si je fume du cannabis», exprime-t-il, sans craindre les contradictions. Les menaces devant l’église? «Je n’avais aucune intention malveillante.» Quel sens donne-t-il à son allégeance? «J’aimerais faire une médiation pour éviter les bombardements en Syrie et les attentats ici.» D’ailleurs, c’est pour cette raison, dit-il, qu’il a tenté de rejoindre la Syrie en 2015, avant de se faire arrêter en Turquie. En demandant à son ami de prendre soin de sa femme, voulait-il se tuer? «Je suis un bluffeur», rétorque-t-il.

Les difficultés psychiatriques du Français transparaissent à travers deux expertises. La troisième conclut pourtant à une responsabilité pénale totale. «Il fait partie de la cohorte de personnes que nous avons à gérer. Un tiers d’entre elles ont des profils très proches de lui», relève dans son réquisitoire le procureur Philippe Toccanier. Pour ce «délinquant de droit commun», connu notamment pour ses «passages à l’acte violent», «fiché S depuis 2015», qui «peut facilement exploser», le procureur requiert 2 ans de prison. Son avocate plaide au contraire pour «une hospitalisation». Le Tribunal le condamne à 18 mois d’emprisonnement, dont six mois assortis du sursis avec mise à l’épreuve ainsi qu’une obligation de soin. Ses précédents sursis étant révoqués, Akim retourne en fait en cellule pour une période de deux ans et demi.

* Prénom d’emprunt (24 heures)

Créé: 12.10.2017, 22h20

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EVA

Montag, 18. Dezember 2017
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