L’épopée présidentielle traverse une Amérique en colère contre ses élites

Course à la Maison-BlancheLes caucus de l’Iowa lancent lundi le processus d’investiture pour la campagne présidentielle de novembre chez des républicains et des démocrates qui se cherchent une identité.

Un partisan de Donald Trump laisse éclater sa joie avant de chanter pour les chauffeurs du convoi du candidat républicain dans l’Iowa.

Un partisan de Donald Trump laisse éclater sa joie avant de chanter pour les chauffeurs du convoi du candidat républicain dans l’Iowa. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Je n’aime simplement pas ce mec.» En octobre de l’année dernière, George W. Bush n’avait pas caché son dédain pour Ted Cruz, le candidat républicain qui talonne Donald Trump dans les sondages républicains. Cette phrase de l’ancien président en dit long sur la situation inconfortable dans laquelle se retrouve le parti conservateur à la veille des caucus républicains de l’Iowa, qui lanceront lundi le processus d’investiture pour l’élection présidentielle de novembre aux Etats-Unis (lire ci-dessous).

Donald Trump, le favori à droite, désespère les cadres du Parti républicain avec ses provocations et ses idées extrêmes, qui risquent de coûter très cher aux conservateurs en novembre. Dans le sillage du milliardaire new-yorkais, on retrouve Ted Cruz, le sénateur du Texas, qui bat des records d’impopularité auprès de ses pairs au Congrès. Selon l’agence AP, Richard Burr, le sénateur républicain de Caroline du Nord, aurait même affirmé préférer voter pour Bernie Sanders, le candidat démocrate progressiste, que pour Ted Cruz. Burr assure avoir été mal cité, mais personne au Congrès ne prend la défense du Texan.

Majorité sénatoriale à défendre

Les conservateurs doivent défendre 24 sièges au Sénat en novembre et craignent qu’une investiture de Cruz ou de Trump pour la présidentielle leur fasse perdre la majorité. Du coup, Ben Sasse, le sénateur républicain du Nebraska, s’est lancé cette semaine dans une campagne anti-Trump dans l’Iowa. «Nous sommes en pleine crise constitutionnelle», a-t-il affirmé dans un communiqué mardi. «Je soutiens la Constitution. Si cela fait de moi un anti-Trump, c’est le problème de Monsieur Trump.»

Le sénateur du Nebraska utilise une arme dont Donald Trump est très friand: Twitter. Dans un message publié le 24 janvier, il s’est attaqué à l’intimité du milliardaire new-yorkais: «Vous fanfaronnez sur vos nombreuses aventures avec des femmes mariées. Vous êtes-vous repenti auprès des enfants et des époux qui en ont souffert?» But de l’opération de Sasse: tenter de discréditer Donald Trump auprès des électeurs chrétiens évangéliques. «C’est un coup bas», a d’abord réagi Trump mardi, avant de faire marche arrière. «J’ai eu une vie très bonne. (…) Je suis une personne religieuse. Je suis bon et je donne beaucoup d’argent aux œuvres caritatives.»

Malaise républicain

Le Parti républicain doit gérer un profond malaise. En mars 2013, celui-ci avait publié une «autopsie» de sa défaite face à Barack Obama lors de la présidentielle de 2012. Il avait conclu qu’il ne pouvait pas gagner la Maison-Blanche qu’en se reposant sur un électorat blanc dont la proportion baisse aux Etats-Unis: «La perception de notre parti par les gens bat des records négatifs», était-il écrit à l’époque. «Les jeunes électeurs se demandent ce que représente le parti et beaucoup de minorités pensent à tort que les républicains ne les aiment pas ou ne veulent pas d’elles dans ce pays. Quand une personne fait les gros yeux en nous regardant, il y a peu de chances qu’elle ouvre ses oreilles pour écouter ce que nous avons à dire.»

Or, trois ans après ce constat, Donald Trump domine les sondages républicains après avoir traité les sans-papiers mexicains de «violeurs» et annoncé son intention d’empêcher provisoirement les musulmans d’entrer sur le territoire américain. Quant à Ted Cruz, son dauphin, il veut démanteler l’appareil étatique et a récemment critiqué avec virulence les «valeurs new-yorkaises» telles que le mariage gay et le droit à l’avortement.

Rejet de Washington

Cet attrait des républicains pour les extrêmes s’explique par le rejet de la paralysie politique à Washington. Selon le site Internet RealClear Politics, 75,7% des sondés désapprouvent le travail du Congrès. «Les Américains sont en colère et cherchent des candidats qui partagent leur colère», estime John Kayser, un professeur de sciences politiques à l’Université du New Hampshire. «D’où la popularité de Donald Trump et de Bernie Sanders chez les démocrates. Dans ces primaires complètement folles, les candidats républicains traditionnels sont à la peine.»

Ted Cruz fait campagne pour la Maison-Blanche en mettant en avant son opposition aux cadres de son propre parti à Washington. L’année dernière, il avait traité de «menteur» Mitch McConnell, le président républicain du Sénat. «Le parti est fracturé», estime Dante Scala, un professeur associé de l’Université du New Hampshire. «Quatre hommes – Jeb Bush, John Kasich, Chris Christie et Marco Rubio – veulent incarner l’alternative républicaine modérée à Trump et Cruz. Du coup, ils «s’entre-tuent» et n’attaquent quasi pas Trump.»

Désenchantement

Le Parti démocrate est, dans une moindre mesure, victime du même désenchantement d’une partie de l’électorat vis-à-vis de la paralysie au Congrès. «Beaucoup d’électeurs à gauche considèrent qu’une présidence de Hillary Clinton serait l’équivalent d’un 3e mandat de Barack Obama et veulent un changement radical», ajoute Dante Scala. «Avec son message socialiste, Bernie Sanders incarne ce changement.» Pour Thomas Courtney, un sénateur démocrate étatique de l’Iowa, qui soutient Hillary Clinton, «Bernie Sanders promet monts et merveilles en assurant que les riches paieront. Et il a un côté «vieux hippie» auquel s’identifient les jeunes.» L’élu de l’Iowa reste néanmoins convaincu que les démocrates finiront par plébisciter «le pragmatisme de Hillary».

Dans ce contexte politique très particulier, à l’heure où le pourcentage d’Américains qui s’identifient comme démocrates (29%) ou comme républicains (26%) atteint des records négatifs historiques selon l’institut de sondages Gallup, le résultat de la course à l’investiture qui s’ouvre lundi dans l’Iowa aura aussi un impact majeur sur l’identité des deux grands partis politiques américains.

Créé: 30.01.2016, 09h54

Articles en relation

«Dans le bureau ovale, vous devez être capable de réagir instantanément »

Etats-Unis Dans l’Iowa, Hillary Clinton fait campagne pour les caucus en mettant en garde contre les conséquences d’une victoire républicaine lors de la présidentielle. Plus...

Des caucus, des primaires et une investiture

Les caucus de l’Iowa inaugurent, lundi, le processus d’investiture pour l’élection présidentielle américaine. Celui-ci culminera en juillet, lors des conventions républicaine et démocrate. Précision importante: lors des caucus et des primaires, les électeurs n’élisent pas directement leur candidat pour le scrutin du 8 novembre. Ils plébiscitent des délégués qui représenteront leur candidat lors des conventions.
Organisées tous les quatre?ans au même rythme que l’élection présidentielle aux Etats-Unis, les conventions rassembleront cette année 2472 délégués chez les républicains et 4764 chez les démocrates. Au lendemain de sa défaite face à Barack Obama en 2012, le parti conservateur avait conclu qu’il devait avancer sa convention traditionnellement agendée vers la fin d’août. Cleveland (Ohio) accueillera donc cette année la convention républicaine du 18 au 21 juillet. Le candidat ayant recueilli au moins 1237 délégués sur les 2472 en jeu au cours des primaires sera investi le 21 juillet. Les démocrates ont aussi avancé leur convention et se réuniront à Philadelphie la semaine suivante. Le ou la candidate ayant au moins 2383 délégués sur les 4764 en jeu sera investi(e) le 28 juillet.
L’Iowa est toujours le premier Etat à se prononcer dans la course à l’investiture. Après les caucus de lundi, les candidats se rendront en Nouvelle-Angleterre pour la primaire du New Hampshire le 9 février. Contrairement aux autres Etats, qui organisent leurs scrutins démocrate et républicain en même temps, la Caroline du Sud fera sa primaire en deux temps: les républicains voteront le 20 février et les démocrates le 27. Le «Super Tuesday» au cours duquel 12 Etats voteront, est programmé pour le 1er mars.

Les caucus se distinguent des primaires car ils ne se déroulent pas à bulletins secrets. Les électeurs de chaque circonscription se retrouvent dans une école, une église ou une salle polyvalente pour faire leur caucus. Ils votent physiquement en se positionnant dans un coin de la pièce attribué à leur candidat. Le nombre de délégués est alloué à la majorité simple chez les républicains et à la proportionnelle chez les démocrates. «Ce processus dure 1?h?30 environ», explique Thomas Courtney, qui organisera un caucus démocrate de sa circonscription de l’Iowa lundi. «Pour pouvoir être viable, une candidature doit recevoir au moins 15% des personnes présentes. Si ce n’est pas le cas, les autres campagnes peuvent inciter les électeurs de ce candidat à rejoindre leur camp. Il y a beaucoup de mouvement le soir du vote.»

Outre l’Iowa, plusieurs autres Etats américains organisent des caucus: le Nevada, le Minnesota, le Colorado, Hawaï, le Kansas, le Maine, le Dakota du Nord et le Wyoming. Des candidats peuvent se présenter comme indépendants en marge des deux grands partis. C’est apparemment la solution qu’étudie Mike Bloomberg, l’ancien maire de New York. Ross Perot, qui s’était présenté en indépendant en 1992 face à George H.W. Bush et Bill Clinton, avait gagné 19% des voix. Un record depuis Theodore Roosevelt en 1912. J-C.DE.



































































Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.