La Fondation de Nant doit affronter des turbulences

PsychiatrieSignée par plus de quarante psychiatres et psychanalystes, une lettre alarmante fait état de «signes de souffrance institutionnelle».

En deux ans, un nombre considérable de cadres ont quitté la Fondation de Nant.

En deux ans, un nombre considérable de cadres ont quitté la Fondation de Nant. Image: Philippe Maeder

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Un courrier inquiétant vient de parvenir aux membres du Conseil de Fondation de Nant, ainsi qu’à Stéfanie Monod, cheffe du Service vaudois de la santé publique, à Karim Boubaker, médecin cantonal, et à Catherine Roulet, députée et présidente de la Commission de santé publique du Grand Conseil.

Deux pages datées du 9 février, dans lesquelles quarante-deux psychiatres et psychanalystes installés sur l’arc lémanique manifestent leur vive inquiétude face à ce qui se passe à la Fondation de Nant, secteur psychiatrique de l’Est vaudois.

«En moins de deux ans, nous avons assisté au départ relativement abrupt, que ce soit par démission, par licenciement ou même par renvoi immédiat, d’un grand nombre de cadres», écrivent notamment les signataires, qui relèvent des «signes de souffrance institutionnelle» qu’ils qualifient d’indéniables.

Mise au concours du poste de directeur
«Ces événements se déroulent alors que le mandat du directeur général se termine prochainement, cette année encore, et que son poste a été mis au concours. Nous nous étonnons donc grandement qu’un tel bouleversement de l’ensemble des structures survienne à un tel moment, poursuivent-ils. Nous nous demandons si la réorganisation annoncée est le début d’une crise majeure et son symptôme le plus aigu ou si elle est l’apogée d’une crise ancienne qui ne trouverait pas d’autre solution institutionnelle que celle de ces démissions-licenciements aussi discutables qu’incompréhensibles.»

Et les signataires d’argumenter: «En effet, les départs précipités de cadres infirmiers et de médecins-chefs compétents et dévoués à la psychiatrie publique ouvrent une faille majeure dans le fonctionnement institutionnel, impliquant des conséquences sur l’encadrement, la formation des médecins et la qualité des soins.»

Une «ambiance de peur»
Si tous les signataires ont été des collaborateurs de la Fondation de Nant mais qu’aucun ne l’est encore à ce jour, c’est sans doute parce que le personnel mécontent, qui craint pour son avenir et refuse de s’exprimer, même sous couvert d’anonymat, a préféré envoyer les anciens au front. Ceux-ci ne souhaitent pas davantage commenter leur démarche. «Nous vivons dans une ambiance de peur irrespirable», confie à cet égard une personne active au sein de l’hôpital.

L’avocat veveysan Jean de Gautard, président du conseil de fondation, balaie les inquiétudes des signataires d’un revers de main et parle d’une «lettre malveillante». A ses yeux, il y a peut-être de la fumée, mais pas de feu: «En deux ans, il n’y a eu qu’un seul licenciement parmi les cadres, tous les autres départs sont des démissions qui rentrent dans le cadre du fonctionnement normal d’une institution, souligne-t-il. Les collaborateurs qui sont partis ont tous été remplacés, et cette relève active assure des soins qui continuent à rester de qualité.»

Un point de vue que partage Alejandro Rojas-Urrego, médecin-chef en pédopsychiatrie, appelé à remplacer Isabelle Gothuey, directrice médicale de Nant, qui s’en va diriger le Réseau fribourgeois de santé mentale dès juin prochain. «Je connais plusieurs signataires et j’ai été pour le moins surpris par leur initiative, dit-il. Vous savez, les changements de gouvernance s’accompagnent souvent d’une phase de rejet, qui s’estompe avec le temps.»

Rencontre demandée
Le 10 février au soir, en compagnie du médecin cantonal, Karim Boubaker, Stéfanie Monod, cheffe du Service de la santé publique, a néanmoins tenu à rencontrer Jean de Gautard et Daniel Mayer, directeur général à la retraite en décembre prochain. Dans la foulée, la direction générale de la Fondation de Nant lui a remis un rapport qui se veut rassurant.

Il y est question des changements en cours, à l’instar de la création d’un Centre de psychiatrie intégrée, en lieu et place d’un Centre d’intervention thérapeutique (CIT) «qui ne répond plus aux besoins des patients», et des détails qui entourent chacun des départs déplorés au sein de l’institution, au nombre de huit à ce jour. «Nous pouvons affirmer, conclut le rapport, que la qualité des soins reste la préoccupation majeure et constante de la direction et des équipes soignantes, en particulier auprès des populations les plus vulnérables.»

Les investigations continuent
La rencontre et le rapport n’ont toutefois pas entièrement rasséréné le Service de la santé publique. «Nous avons posé des questions et ils nous ont évidemment donné des réponses. Mais il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions et nous restons très attentifs aux problèmes évoqués par le courrier des praticiens, précise Stéfanie Monod. Nous allons dès lors continuer à investiguer, notamment afin de voir si la situation est avérée et quel impact elle pourrait avoir sur les soins.»

Une position partagée par le patron de la Santé publique et de l’action sociale, Pierre-Yves Mail­lard, qui se félicite du fait que son département soit désormais associé au choix du futur directeur général de la Fondation de Nant, qui doit avoir des qualités de rassembleur. A ce jour, deux candidats sont encore en lice et la décision finale devrait tomber avant Pâques.

Créé: 24.02.2015, 18h24

Des valeurs chrétiennes

Née en 1943 d’une initiative privée empreinte de valeurs chrétiennes, l’institution de Nant devient une fondation reconnue d’intérêt public en 1961, avant de se transformer en Hôpital psychiatrique du secteur de l’Est vaudois en 1968. Au début des années 1980, le Canton propose à la fondation, dont la direction et les services de gestion sont regroupés à Corsier-sur-Vevey, de prendre en charge l’ensemble de la psychiatrie publique de la région qu’elle couvre.
Ses unités de soins sont réparties dans tout l’Est vaudois, de Vevey à Château-d’Œx en passant par Aigle et Montreux. La Fondation de Nant compte aujourd’hui environ 340 postes à temps plein, parmi lesquels 120 infirmières et infirmiers et 60 médecins.

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