«Les gens sont terrorisés par les nombreuses répliques»

Népal Au lendemain du nouveau séisme qui a frappé leur pays, les Népalais vivaient mercredi dans la crainte. Témoignages.

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Selon un dernier bilan officiel, la tremblement de terre de mardi matin, d’une puissance de 7,3 – contre 7,8 pour celui du 25 avril –aurait fait 121 morts dont 74 au Népal et 2374 blessés. Alors que les secours s’activaient pour tenter de retrouver des survivants et qu'un hélicoptère américain était toujours porté disparu, nous avons recueillis quelques témoignages de représentants d’ONG suisses sur place.

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Nathalie Fauveau de l’organisation de secours d’urgence Medair:

«Je vous garantis qu’on est debout en une seconde quand la terre tremble comme elle a tremblé la nuit dernière », raconte au téléphone depuis Katmandou Nathalie Fauveau. «En plus des répliques « normales », il y en a eu deux très fortes la nuit dernière à 2h20 et 3h15 du matin. Les gens sont terrorisés. On voit la peur sur leur visage.»

« Tenez, au moment où je vous parle, la terre tremble ... »

«Même si ce nouveau séisme fera sans doute moins de victime que celui du 25 avril (officiellement plus de 8000 morts), le fait que le gouvernement ait demandé aux équipes étrangères de recherche de quitter le pays samedi pose un gros problème Pour faire face, l’armée a été chargée de la tâche de recherche dans les décombres.» Par ailleurs, poursuit Nathalie Fauveau, « à Katmandou, de nombreux bâtiments qui ne s’étaient pas effondrés le 25 avril sont tombés. En province, de nombreuse routes sont encore bloquées par des glissement de terrain et rendent l’accès aux villages difficiles.»

«Pour ce qui touche à nos activités, nous avons suspendu nos distributions aujourd’hui. Hier (mardi), avant le séisme, nous avons pu distribuer des abris et des kits pour l’hygiène à 300-400 familles dans le district de Sindhupalchok, au nord-est de Katmandou où nous sommes très actifs. Mais nous avons eu très peur, car nous sommes restés sans nouvelles durant trois heures d’une de nos équipes, car les communications téléphoniques étaient très mauvaises.

Enfin, conclut Nathalie Fauveau, «si jusqu’ici on s’est déplacé en 4x4, les vilageaois descendant des montagnes pour venir chercher le matériel, dès demain, on devrait recourir à un hélicoptère pour rejoindre des villages isolés.»


Sonja Hofstetter Helvetas:

Active dans la formation professionnelle, Sonja Hofstetter est depuis deux ans et demi au Népal pour Helvetas qui est actif dans le pays depuis 60 ans et emploie aujourd’hui 230 Népalais.

«Mardi, lors du tremblement de terre j’étais en train de faire un monitoring pour voir si le matériel distribué aux rescapés du premier séisme était bien arrivé… J’ai eu très très peur.Comme la plupart des habitants de Katmandou, nous avons dormi dehors la nuit dernière. Psychologiquement, c’est très dur car tout le monde pensait que le pire était passé et se réhabituait lentement à vivre «normalement».

«Aujourd’hui, nous n’avons envoyé personne hors de Katmandou. On va faire le point . Mais sur le fond, notre détermination est intacte, nous regardons vers l’avenir et tout le monde est au travail.»


Nicole Niquille fondatrice de l’hôpital de Lukla dans la vallée du Khumbu:

Il y a des bonnes et des mauvaises nouvelles en provenance de Lukla où se trouve l’hôpital que l’ancienne alpiniste a fondé il y a dix ans. « Les bonnes c’est qu’il n’y a pas eu de victimes et que mon mari, Marco Vuadens, et les deux chefs de chantier venus avec lui de Suisse sont arrivés ce matin (mercredi) à Lukla. Cela a réconforté toute l’équipe de l’hôpital qui, comme tout le monde est terrifiée par les répliques.»

Cela dit, poursuit Nicole Niquille, « Marco m’a dit qu’il ne reconnaissait plus rien, tant les bâtiments sont endommagés. Au point qu’il m’a dit qu’il envisageait non pas de réparer les bâtiments mais de les reconstruire en un autre lieu.»


Véronique Coppey, présidente de l’association Luklass, qui, sous la houlette du guide vaudois Denis Bertholet, a créé une école en 1984 à Lukla et dans le village voisin de Chaurikharka:

«Les dernières informations que nous avons reçues de Lukla confirment que les écoles du village n’ont pas été trop gravement endommagées, et que celles qui avaient été reconstruites aux normes antisismiques après un séisme survenu en 2011 ont plutôt bien résisté . En revanche, notre école du village voisin de Chaurikharka s’est effondrée mardi et quelques élèves ont été blessés. Face à cette situation et à la peur que suscitent les répliques, la classe est faite dehors ou sous des tentes dans les deux villages», conclut Véronique Coppey.


Dr Olivier Hagon chef du groupe médecine du corps suisse d’aide humanitaire :

Rentré samedi du Népal, où il était arrivé au lendemain du premier séisme, le Dr Hagon est évidemment en contact avec l’équipe médicale venue de Suisse qu’il a laissée sur place et qui a pris ses quartiers à Gorkha, une ville proche de l’épicentre du tremblement de terre du 25 avril.

«A la suite de ce deuxième séisme, le fait d’avoir installé l’hôpital sous des tentes à distance suffisante des bâtiments pour ne pas être touchés en cas d’effondrement s’est avéré on ne peut plus judicieux. Par ailleurs, nous pouvons être heureux de notre action qui a permis à l’hôpital de Gorkha de redémarrer. Nous avons été comme une béquille qui lui a permis de se relever.»

«Ce qui m’a impressionné, c’est le travail fantastique des Népalais qui ont une extraordinaire capacité de réaction, une résilience peu commune.»

Sur le fond, conclut l’urgentiste suisse qui a notamment travaillé en Haïti après le séisme de 2010 ou en Afrique de l’Ouest contre Ebola, «le secret d’une action efficace sur le terrain, c’est la préparation. Par ailleurs, notre module mère-enfant - spécificité toute helvétique constituée d’une dizaine de personnels venus de Suisse - s’est vraiment montré efficace et à la hauteur des enjeux. Je suis évidemment rentré fatigué, mais riche de tout ce que nous avons reçu des Népalais. » (24 heures)

Créé: 13.05.2015, 16h16

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