Les images des radars peuvent mentir, c'est prouvé

CIRCULATIONCe n’est pas l’image qui compte, mais la mesure. Un avocat se bat depuis deux ans contre une pratique dont il est lui-même victime et qu'il estime intolérable. Nouvel épisode mardi devant le Tribunal de Police à Vevey.

C’est un autre véhicule que celui de l’accusé qui apparaît sur la première photo.

C’est un autre véhicule que celui de l’accusé qui apparaît sur la première photo. Image: Police cantonale

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«Comment ose-t-on affirmer que ce n’est pas cette voiture qu’on voit, là, seule sur la photo, qui a commis l’excès de vitesse, mais plutôt la mienne, qui n’y apparaît nulle part!» Lancée comme ça, la remarque de Me Alain-Valéry Poitry interpelle.

A travers son cas personnel, l’homme de loi et ancien syndic de Nyon se bat depuis deux ans contre ce qu’il considère comme une insulte à la logique autant qu’au principe du bénéfice du doute. «Mes confrères se plient de rire, lâche-t-il. La photo est considérée comme une preuve pour identifier le contrevenant. Comment le Canton peut-il poursuivre des gens avec des images comme celles-là. J’irai jusqu’au Tribunal fédéral s’il le faut.»

La scène se passe le 18 juillet 2013, sur l’A9. Me Poitry circule en direction de Vevey au volant de sa Mercedes. A la hauteur de Lutry, la vitesse maximale autorisée est réduite à 80 km/h en raison de travaux. La gendarmerie a mis ici en batterie un radar mobile couplé à un appareil de prise de vues immortalisant les contrevenants d’abord depuis l’avant, ensuite par l’arrière. Quelques semaines plus tard, l’avocat apprend qu’il a été contrôlé à 112 km/h. Il conteste, mais le préfet confirme l’infraction. Le condamné fait opposition. Il expose en vain ses arguments devant le Tribunal de police en août 2014. Ce tribunal rejette son recours, lui inflige 600 francs d’amende et 450 francs de frais.

Scandalisé, l’intéressé s’adresse à la Cour d’appel cantonale. Peu convaincue, celle-ci retourne le dossier au Tribunal de police. Elle le prie de creuser un peu plus la question. La nouvelle audience s’est tenue hier à Vevey.

Le litige se concentre sur l’interprétation des deux clichés. Le premier montre donc, de trois quarts avant, une Skoda sur la piste de droite. Aucune autre voiture identifiable sur l’image. Sur le second cliché, par trois quarts arrière, on revoit la Skoda. Avec cette fois, sur la piste de gauche, à une demi-longueur derrière elle, la Mercedes de l’avocat.

Troublant? Le Tribunal cantonal observait en novembre dernier: «Il est vrai que l’examen de deux clichés, comme le relève l’appelant, pourrait donner à penser que la Skoda roulait plus vite ou au moins à la même vitesse que la Mercedes et on peut se demander si ce n’est pas la Skoda qui a déclenché le radar.»

Entre les deux photos, l’appareil indique qu’il ne s’est écoulé qu’une seconde environ. «Comment aurais-je pu, en roulant à 112 km/h, me retrouver derrière la Skoda censée être moins rapide que moi? lance Me Poitry. J’aurais dû être dix mètres devant elle.» Il aurait pu lever le pied dès lors nettement ralenti après le contrôle au point de faire devancer par la Skoda? Rien sur l’image ne permet de le penser.

Rien à voir avec la photo

Le gendarme appelé à aider le Tribunal de police à éclaircir cette histoire ne voit pas où est le problème. Il explique que si les photos par elles-mêmes peuvent mentir, ce n’est pas déterminant. Les images ne servent qu’à l’identification du contrevenant. Ce sont les données enregistrées par l’appareil de mesure qui comptent. Et on doit lui faire confiance.

Le système à rayon laser est capable de différencier les deux voies de circulation et d’indiquer sur l’image sur laquelle il a repéré et enregistré le passage du véhicule en excès. D’autre part il n’est pas forcément placé au même endroit que l’appareil de prise de vues, mais bien avant. Dans le cas Poitry, ces deux étaient distants de plusieurs dizaines de mètres. «Donc, rien ne sert donc de lever le pied juste avant le franchissement de la borne photographique, remarque la présidente du tribunal. Si vous êtes en excès de vitesse, l’infraction a déjà été enregistrée. Impossible par ailleurs de connaître à quelle allure roulait la Skoda. «Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle n’était pas en excès de vitesse puisque le radar ne s’est pas déclenché pour un passage sur la voie de droite», répond le policier.

Sans surprise, le Tribunal de police confirme la condamnation. (24 heures)

Créé: 01.09.2015, 19h26

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