Initiative verte en vue pour des aliments de meilleure qualité

AlimentationLes Verts vont proposer lors de leur assemblée des délégués samedi 25 janvier une initiative pour des denrées alimentaires produites de manière durable. Leur texte rejoint deux autres initiatives sur le même thème.

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On parlera beaucoup de denrées alimentaires en 2014. En effet, pas moins de trois initiatives fédérales sont en route sur ce sujet. L’une émane de l’Union suisse des paysans, l’autre du syndicat paysan Uniterre (voir encadrés). La troisième est le fruit des Verts et doit recevoir l’aval de ses délégués réunis en assemblée le samedi 25 janvier. Le Parti écologiste suisse compte en effet lancer un texte demandant à la Confédération d’encourager les denrées alimentaires de haute valeur et produites de manière durable. Si le texte est accepté, la récolte des signatures devrait avoir lieu ce printemps.

Les Verts veulent un marché orienté sur des produits de qualité plutôt que sur des produits bon marché. Bien au-delà du récent scandale de la viande de cheval dans les lasagnes, l’idée du texte remonte au mouvement «Ras la fraise», qui proteste depuis 2008 contre la consommation et l'importation d'aliments hors-saison, souvent produits dans des conditions écologiques et sociales inacceptables, comme les fraises du sud de l’Espagne ou les asperges du Mexique. Un mouvement populaire suivi d’initiatives cantonales romandes proposées par des députés verts et déposées à Berne, des initiatives qui acceptées au National, mais refusées aux Etats.

Dans la lignée de «Ras la fraise»

«Notre texte est né dans la foulée de ces initiatives qui ont eu un certain succès politique mais qui ont fini par être enterrées», explique la conseillère nationale vaudoise Adèle Thorens Goumaz, co-présidente des Verts suisses. «En outre, aucun article ne définit dans la Constitution ce que doit être l’offre alimentaire en Suisse. Ceci alors que la Suisse importe plus de 40% des produits que nous avalons.»

Les Verts souhaitent donc que les produits importés correspondent aux principes généraux suisses de qualité, de conditions de travail, de protection de l’environnement et des animaux. «Nous imposons des règles contraignantes et écologiques aux produits de nos paysans, ce qui occasionne des coûts. Or, on les met en concurrence déloyale avec des produits qui ne respectent absolument pas ces critères», explique la Verte. «Pourquoi jugerait-on des produits tolérables à l’importation, alors qu’on juge leur production intolérable en Suisse?»

Meilleure information à donner

Les Verts souhaitent en outre que les consommateurs soient mieux informés. «La plupart des gens savent que la fraise qu’ils mangeront en février a été produite dans des conditions qui peuvent être inacceptables. Mais se rendent-ils compte que leurs pâtes peuvent contenir des œufs de poules élevées en batteries à l’étranger ou que le bœuf suisse qu’ils consomment peut avoir été nourri de fourrage brésilien OGM?, s’interroge Adèle Thorens Goumaz ? « Nous voulons que les produits informent mieux les consommateurs à ce sujet».

Les Verts souhaitent donc que le Conseil fédéral encourage les denrées produites de manière durable. Mais de quelle manière? Pour Adèle Thorens Goumaz, l’un des instruments pour y parvenir serait de prendre exemple sur ce qui se pratique dans l’industrie automobile dans le cadre de la loi sur le CO2. « Les importateurs ont signé des conventions d’objectifs qui fixent la valeur moyenne d’émissions que doivent atteindre les nouvelles voitures dans un délai imparti. Au-delà, ils sont sanctionnés», explique-t-elle. « Nous pourrions fixer ce même genre d’objectifs aux importateurs de denrées alimentaires et aux détaillants, ce qui leur donnerait le temps d'améliorer progressivement leur offre sans passer par des interdictions directes de produits.»

Gros risque: la hausse des prix

Mais il y a un gros hic : le prix. Avec l’initiative des Verts, les prix des aliments risquent fort de partir à la hausse, un problème pour les bas revenus. Adèle Thorens Goumaz en est consciente mais il s’agit d’un faux problème : «Ce n’est pas une bonne politique sociale à notre sens que de réserver des aliments à bas prix mais de piètre qualité à cette frange de population», estime-t-elle. «Il faut plutôt intervenir sur les assurances, les loyers ou les salaires. »

Elle rappelle toutefois: «Notre but n’est pas de dépenser moins d’argent pour la nourriture, mais d’avoir des produits de qualité pour un bon rapport qualité/prix. » Elle relativise en outre la question: «on peut réduire sa facture autrement qu'en lésinant sur la qualité, comme en achetant des produits de saison, qui ne sont pas travaillés par l’industrie, ou directement chez le producteur.» Par ailleurs, de meilleurs aliments sont un avantage pour la santé des gens, selon elle.

Trop de bureaucratie?

Autre souci de taille : le surcroît de paperasse. Un détail que balaie la co-présidente des Verts: « il existe déjà beaucoup de contrôles. Il s’agirait principalement d’élever les normes et de renforcer les prescriptions en cours en la matière, note-t-elle. Mais selon elle, il s’agit surtout, si l’initiative passe, que le Conseil fédéral établisse progressivement des priorités, tant les Verts se rendent compte de l’ampleur de la tâche dans ce domaine complexe.

Adèle Thorens Goumaz croit en tout cas fermement aux chances de succès dans les urnes de l’initiative. «Les consommateurs sont devenus très sensibles aujourd’hui en matière d’alimentation et de traçabilité des produits. Je pense que notre texte répond à une réelle préoccupation des citoyens ». Dossier à suivre, comme le veut la formule consacrée ! (nxp)

Créé: 19.01.2014, 08h07

Une initiative de l'USP également

Les Verts ne sont pas les seuls sur le créneau des denrées alimentaires. En effet, l’Union suisse des paysans (USP), rejointe par l’UDC, a aussi finalisé une initiative «pour la sécurité alimentaire», mi-décembre sur le sujet. Le texte demande que la Confédération renforce l'approvisionnement de la population avec des denrées alimentaires issues d'une production indigène durable et diversifiée. Sans toutefois fixer de taux d’approvisionnement, point d’achoppement entre USP et UDC. La récolte de signatures devrait démarrer en février.

Les Verts vont-ils soutenir ce texte ? « Il n’y a pas de décision formelle, note Adèle Thorens-Goumaz. «Il reste des points à clarifier mais pour nous elle va dans le bon sens, pour autant qu'elle n'encourage pas une intensification de l'agriculture en Suisse. Nous sommes en contact étroit avec les paysans pour en discuter.» La co-présidente des Verts note que l'initiative de l'USP ne vise pas les mêmes buts que celle du parti écologiste, mais elle est plutôt complémentaire.

Un autre texte en vue d'Uniterre

e syndicat paysan Uniterre réfléchit également à lancer une initiative sur la souveraineté alimentaire qui «favoriserait une agriculture paysanne rémunératrice et diversifiée, fournissant des aliments sains er répondant aux attentes sociales et écologiques de la population. D’abord intéressé par le texte de l’USP, il le juge au final trop vague et déclamatoire, ne proposant en outre aucune amélioration des conditions de vie et des revenus des ouvriers agricoles, sans parler non plus de la problématique du libre-échange.

Uniterre souhaite finaliser son propre texte d’ici au printemps pour le soumettre à une assemblée générale extraordinaire qui décidera du lancement ou non de l’initiative.

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