Pourquoi les jeunes boudent les théâtres

ScènesMalgré l’offre toujours plus variée des scènes romandes, les 18-25 ans les délaissent souvent. Trois professionnels du milieu livrent leurs hypothèses et leurs idées pour que cela change.

Ennuyeux, le théâtre? L’image poussiéreuse qu’il véhicule auprès des jeunes pourrait provenir des pièces classiques lues à l’école.

Ennuyeux, le théâtre? L’image poussiéreuse qu’il véhicule auprès des jeunes pourrait provenir des pièces classiques lues à l’école. Image: Pierre Albouy

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Les chiffres parlent d’eux-mêmes: au Théâtre de Vidy, seuls 10,5% des spectateurs sont âgés de 18 à 25 ans. Du côté du Théâtre de Beausobre, à Morges, si on ne dispose pas de chiffres précis, la directrice, Roxane Aybek, fait le même constat. «A long terme, l’idéal serait d’arriver à faire venir un public composé de toutes les générations, mais, pour l’instant, le pourcentage de jeunes à Beausobre n’est pas assez élevé, c’est certain!»

Selon Vincent Baudriller, directeur de Vidy, la cause de ce désintérêt pour les théâtres, tant chez les adolescents que chez les jeunes adultes, pourrait être leur connotation «ennuyeuse». La faute, peut-être, aux pièces étudiées à l’école: «Dans le cadre scolaire, les professeurs ont plutôt tendance à faire lire des pièces classiques à leurs élèves, ce qui est très bien en soi. Mais, malheureusement, ça donne aux jeunes une image faussée du théâtre, une image ancienne.» Et Roxane Aybek d’ajouter: «Je crois que les jeunes ne se rendent pas compte de la diversité des spectacles qui se jouent au Théâtre de Beausobre. Bien sûr, il y a des pièces de Molière ou le one-man-show du youtuber Norman… mais il y a aussi toute une palette de productions entre deux!»

Face aux élèves

C’est justement à démystifier le théâtre que travaille Simon Romang, acteur diplômé de la Manufacture, la Haute Ecole de théâtre de Suisse romande. Après avoir joué un adolescent déboussolé dans D’acier, le jeune homme commence une tournée de cinquante dates à travers toute la Suisse romande. Sa scène? Les salles de cours! «Je participe à un projet qui s’appelle «Le théâtre c’est (dans ta) classe!» Je jouerai seul face à des élèves en fin de scolarité obligatoire une pièce intitulée T’as quoi dans le ventre? C’est un texte très bien écrit qui pose au public la question de l’identité. Qui es-tu, toi qui m’écoutes, en tant que personne? Le but de cette initiative est de sensibiliser les jeunes au théâtre en abordant des thèmes qui les touchent. Par exemple, savoir qui l’on est et qui l’on veut être.»

A Beausobre, Roxane Aybek met également au centre de ses préoccupations non seulement la volonté d’éveiller les enfants aux arts de la scène dès leur plus jeune âge, mais aussi de continuer à les intéresser lorsqu’ils grandissent. «Beausobre propose un programme jeune public qui marche très bien, parce que les enfants aiment découvrir, ils sont curieux de tout. Par contre, je remarque, ne serait-ce qu’avec mes propres enfants, que dès qu’ils deviennent adolescents, ils découvrent les sorties entre amis, s’émancipent et ne veulent plus forcément aller voir des spectacles, excepté certains one-man-shows humoristiques qui ont beaucoup de succès. Notre rôle est de leur ouvrir des portes. Nous avons par exemple récemment développé des partenariats avec plusieurs hautes écoles du canton, ainsi que l’UNIL, et nous offrons des invitations pour différents spectacles, dans le cadre de concours.»

L’Etat au créneau

Conscient de la nécessité d’ouvrir les étudiants au théâtre, le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture de l’Etat de Vaud propose depuis cinq ans le Passculture. Gratuite, cette carte permet à tous les gymnasiens, élèves à l’OPTI et apprentis du canton d’assister à des spectacles proposés dans vingt lieux culturels sur l’ensemble du canton pour 8 francs.

Mais, selon Simon Romang, il en faudra plus pour «redonner un coup de jeune» à l’image des théâtres romands. «Nous devrions aussi proposer plus d’œuvres porteuses d’un message d’espoir. Ça ne veut pas dire des happy ends naïfs, mais des spectacles dont on ressort avec l’intime conviction que la vie vaut la peine d’être pleinement vécue.»

Et c’est dans une société de plus en plus pressée que Vincent Baudriller imagine l’avenir des arts de la scène: «Je suis très positif car, paradoxalement, dans cette société hyperconnectée, juste quelques humains face à quelques humains, ça a quelque chose de nécessaire. Je crois sincèrement que nous sommes tous concernés, quel que soit notre âge.»

Créé: 15.12.2015, 10h40

Simon Romang, comédien. (Image: Odile Meylan)

Des jeunes donnent leur avis

Alors que les théâtres romands rivalisent d’idées pour attirer les jeunes, ces derniers semblent ne pas leur porter grande attention. Qu’en pensent Giorgia (19 ans), Blandine (20 ans), Emmanuel (21 ans) et Jérémy (22 ans)?

Seule de nos quatre interlocuteurs à se rendre régulièrement au théâtre, Blandine, étudiante à la Haute Ecole de musique de Genève, s’enthousiasme: «Je trouve que le théâtre est souvent marginalisé, alors que c’est du cinéma en live… et que ça ne coûte pas forcément plus cher!»

Si le prix des places n’est pas un problème non plus pour Jérémy, cuisinier, il préfère assister à des concerts. «Il y a une atmosphère spéciale lors des concerts. Ça donne envie de danser, contrairement au théâtre, où les spectateurs sont statiques.»

Giorgia, étudiante en psychologie, et Emmanuel, gymnasien, partagent le goût de Jérémy pour les concerts, aux dépens du théâtre. «Je choisis d’aller à un concert en fonction du groupe qui se produit. Le théâtre, la danse, le cirque, c’est différent: je n’ose pas forcément dépenser de l’argent pour un spectacle que je ne connais pas. On risque une mauvaise surprise.»

Cette méconnaissance de l’offre théâtrale romande apparaît comme le nœud du problème. Trois des quatre jeunes rencontrés confient même ne jamais prendre garde aux affiches des théâtres, pourtant placardées au cœur de la ville.

Puisque les jeunes ne vont pas au théâtre, Blandine suggère de faire venir le théâtre à eux: «Pourquoi ne pas faire plus de représentations dans la rue? Avec des flashmobs par exemple, cela éveillerait l’attention.»

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