Le maître de «Chalom» a été sévèrement condamné

MorsuresGrièvement blessée au visage, la dernière victime du chien mordeur, euthanasié le 1er mars, avait déposé une plainte pénale.

Un beau chien, que le Tribunal d’Yverdon, qui a condamné son propriétaire pour lésions corporelles graves par négligence en octobre 2015, a toutefois été qualifié de «dangereux et imprévisible».

Un beau chien, que le Tribunal d’Yverdon, qui a condamné son propriétaire pour lésions corporelles graves par négligence en octobre 2015, a toutefois été qualifié de «dangereux et imprévisible». Image: DR

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La bataille politique et juridique pour sauver la tête de Chalom, un hovawart de huit ans à la morsure facile, a dépassé l’entendement. Au lendemain des profondes blessures au visage infligées à une femme le 6 juillet 2012, le vétérinaire cantonal avait ordonné le séquestre du chien et son euthanasie. La décision provoquait alors une levée de boucliers, le recours du propriétaire, l’intervention du Canton, du Tribunal cantonal puis du Tribunal fédéral, un appel des avocates du propriétaire à la Commission des grâces du Grand Conseil, une pétition lancée par l’Association pour l’égalité animale, forte de 1600 signatures, des débats houleux et des flots d’encre.


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Au bout du compte, après la décision du Grand Conseil de classer la pétition en faveur du chien, la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro prenait, le 1er mars dernier, la décision de faire euthanasier l’animal, suscitant à son encontre une avalanche d’insultes haineuses et de menaces (24 heures des 5 et 6 mars).

Plainte pénale

En revanche, ce qui n’a jamais été révélé, pas même à la conseillère d’Etat en charge du dossier, c’est que la dernière victime du chien mordeur, qui n’en était de loin pas à son premier écart, a bien déposé une plainte pénale contre son maître, auquel elle louait une chambre, et que celui-ci a été sévèrement condamné.

Cet habitant d’Yverdon-les-Bains, qui avait confié au «Matin Dimanche» qu’à la suite d’un accident de la circulation, il avait trouvé avec son chien «un ami plus proche que des amis humains», s’était en effet opposé à l’ordonnance pénale rendue le 2 avril 2015 par le Ministère public de La Côte, le condamnant pour lésions corporelles graves par négligence, et avait donc été renvoyé devant le Tribunal d’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois.

«Il ne pouvait ignorer, au vu des événements passés, que son chien était dangereux et qu’il ne devait pas permettre à un tiers de s’en approcher sans être en mesure d’intervenir»
Le Tribunal d’Yverdon

Le jugement rendu en octobre 2015 par ce dernier est d’une grande sévérité à l’égard du propriétaire de Chalom. En soulignant qu’il est «particulièrement choquant que le prévenu fasse plaider que ces lésions ne sont peut-être pas graves», le tribunal retient que la responsabilité du prévenu est importante. «Même s’il n’a jamais voulu que la plaignante soit gravement blessée, il n’en demeure pas moins que sa négligence a entraîné des conséquences qui la marqueront à vie. Il ne pouvait ignorer, au vu des événements passés, que son chien était dangereux et qu’il ne devait pas permettre à un tiers de s’en approcher sans être en mesure d’intervenir. Son système de défense consistant à rendre la plaignante responsable de l’accident est particulièrement détestable, poursuit le tribunal dans son jugement, et laisse penser qu’il n’a pas encore pris conscience de la gravité de ses agissements. (…) Il aurait assez aisément pu éviter le drame, comme on l’a vu, en gardant son chien en permanence sous surveillance ou en l’enfermant lorsque des tiers étaient chez lui. Il aurait peut-être aussi pu lui faire porter une muselière».

La sévérité du tribunal se justifie également par la gravité des blessures infligées par le chien à la plaignante. Chalom, que la Cour qualifie «d’animal dangereux et imprévisible», l’a mordue deux fois, au visage et à l’avant-bras gauche, en lui arrachant notamment une partie de la lèvre inférieure et de la lèvre supérieure, ainsi que de la paupière gauche, et en provoquant un œdème et une hémorragie conjonctivale de l’œil.

Sept opérations

En septembre 2015, elle a subi sa septième opération et «gardera vraisemblablement à vie, comme le souligne le jugement, des séquelles tant physiques que psychologiques de cet événement».

Le 1er octobre 2015, le Tribunal d’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois, réuni sous la présidence de Sébastien Schmutz, qui juge actuellement Claude Dubois, a donc déclaré le propriétaire de Chalom coupable des lésions corporelles graves par négligence et l’a condamné à une peine de 60 jours-amende, fixés à 70 francs, avec un délai d’épreuve de deux ans. Il l’a également condamné au paiement d’une indemnité de 9559 francs à la plaignante pour les dépenses obligatoires liées à la procédure, ainsi qu’à celui des frais de la cause.

Avocate du propriétaire de Chalom, Julia Laurenczy a refusé de répondre à nos questions.

Créé: 10.03.2016, 18h00

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