Merck Serono: «Il n'y avait aucun signe avant coureur»

CataclysmeLe groupe ferme son site de Genève mais maintient sa production à Corsier-sur-Vevey et Aubonne, qui reprendra les activités de Coinsins. 80 postes supprimés sur les trois sites vaudois. Les employés ont été avertis ce matin.

Le site de Coinsins, qui abrite le siège suisse de Merck Serono, est menacé.

Le site de Coinsins, qui abrite le siège suisse de Merck Serono, est menacé. Image: Alain Rouèche - A

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Les trois sites vaudois de Merck Serono perdront 80 postes et en conserveront 800 sur les mille que l'entreprise pharmaceutique prévoit de garder en Suisse. Cette nouvelle a été communiquée aux employés ce matin, peu après 10h. Une séance de consultation est prévue demain.

A Aubonne, où une grande tente a été montée pour accueillir les 300 collaborateurs, la surprise est de mise. «Il n'y avait aucun signe avant coureur», lâche un employé. Syndic d'Aubonne, Luc-Etienne Rossier tombe des nues. « J’avais entendu des bruits, mais les annonces de ce matin ont quand même constitué une surprise totale. Nous avions visité il y a trois semaines la nouvelle ligne de production qui sera mise en service à la fin de l’année et nous avions évoqué l’avenir du site avec la direction. Celle-ci était confiante. Si nous serons touché beaucoup moins durement que Genève, j’ai une pensée pour les familles concernées par les pertes d’emploi. »

A Corsier-sur-Vevey, l'heure est plutôt à la délivrance. «Cela fait plusieurs semaines qu'on en parlait, c'est un soulagement de savoir enfin», confie un membre du personnel.

La filiale pharmaceutique du groupe allemand Merck KGaA maintiendra ses unités de production biotechnologique à Aubonne et Corsier, deux sites qui ont fait l'objet de récents investissements. Par contre les opérations de conditionnement actuellement basées à Coinsins déménageront à Aubonne.

«Il est vrai qu'à terme le site de Coinsins fermera», indique Bénédicte Bogh, porte-parole de Merck Serono. L'échéance est actuellement fixée entre fin 2013 et 2014. Toutefois, le personnel chargé de la gestion et de l'administration de la firme - le village abrite tout de même le siège suisse de Merck Serono SA - pourrait rester en place. «On va y travailler avec les autorités», poursuit la chargée de communication.

Bernard Gétaz, syndic de Coinsins, se dit «surpris» par l'annonce de ces licenciements. « Je suis surtout désolé pour les emplois perdus. La direction de Merck-Serono m’a appelé ce matin pour m’informer de la teneur des informations qui seraient données aux collaborateurs. En tant que commune, nous sommes par contre impuissants face à ces décisions. Nous ne sommes pas consultés et nous n’avons pas de prises sur elles. Pour ce qui est du maintien du siège de la société à Coinsins, tout semble encore ouvert. Nous avons une séance fixée cette semaine avec la direction de l’entreprise. Pour la commune, il est évident que le départ de Merck-Serono serait une perte au niveau fiscal. Cette société apporte beaucoup d’impôts au ménage communal. »

Du côté du syndicat Unia, le secrétaire Yves Defferard indique que quelques salariés inquiets les ont déjà contactés. «Nous allons attendre de savoir si le personnel vaudois va nous mandater pour les défendre, car nous ne sommes pas reconnus comme étant des partenaires sociaux auprès de la direction de Merck-Serono. Cette entreprise n’a en effet pas de contrat collectif de travail», explique-t-il. «Peut-être par contre que nous tirerons parti d’un effet Novartis en montrant les bénéfices de s’unir derrière un syndicat pour défendre les emplois. Dans tous les cas, si Genève est plus touché que Vaud dans les places de travail supprimées, je reste prudent. Aucune garantie sur la pérennité des sites vaudois n’a encore été donnée.»

Le site de Genève condamné
Le site de Genève, qui compte 1300 collaborateurs, est quant à lui condamné. Concrètement, 750 emplois seront transférés et 580 seront purement et simplement supprimés, d'ici le premier semestre 2013.

Ni cri, ni manifestation de colère n'ont marqué l'annonce, relate Valérie, une employée vaudoise arrivée à Genève en 2009. «La réunion était terre à terre. C'était cash, mais fluide. C'est étrange de dire ça, mais nous avons pris acte de la fermeture du siège genevois avec un certain soulagement, après une année d'incessantes rumeurs et incertitudes liées à notre sort. Désormais, nous savons.»

«C'est une journée très difficile, une situation extrêmement pénible», a déclaré à l'ATS François Naef, président du conseil d'administration de Merck Serono et président de la Chambre de commerce, d'industrie et des services (CCIG) du canton de Genève.

Délocalisation en vue
Et d'expliquer qu'il n'est pas viable pour le groupe de maintenir deux quartiers généraux en Europe. L'ensemble des activités relevant du siège migreront donc à Darmstadt (Allemagne) sur un campus Merck Serono.

Les restructurations passeront par trois étapes. Elles toucheront le personnel des départements marketing et recherche et développement. L’informatique devrait suivre. Les opérations techniques liées à la production se rapprocheront des sites de production. Par conséquent, 130 postes quitteront Genève pour les environs d'Aubonne.

Du côté des postes-clés de recherche et développement, ils seront transférés à Darmstadt, Boston (Etats-Unis) et Pékin (Chine), «afin de tirer parti de façon optimale de l'expertise scientifique du pôle d'excellence biotechnologique de Boston, et d'assurer un développement clinique de pointe dans les marchés en croissance», selon le communiqué du groupe.

Pas de second Novartis
A Genève, le conseiller d'Etat en charge de l'Economie Pierre-François Unger est dépité. «Depuis trois ou quatre ans, nous étions inquiets du fait que cette molécule, tombée dans le domaine public, n'avait pas de successeur», explique-t-il, avant de parler de «séisme pour l'économie genevoise et suisse romande».

Le Conseil d'Etat genevois n'envisage cependant pas en l'état de mettre en œuvre des mesures fiscales pour faire revenir sur sa décision la direction de Darmastadt, indique Pierre-François Unger. La situation de Merk Serono n'a rien à voir avec l'unité de production de Novartis à Nyon, explique Pierre-François Unger.

Processus de consultation
La séance de consultation agendée pour demain marque le début d'une phase, durant laquelle l'entreprise - qui compte 17'000 travailleurs à travers le monde - évaluera les propositions des employés. «Nous allons tout mettre en œuvre pour qu'elle se déroule le mieux possible», tente de rassurer François Naef.

Le groupe indique ainsi vouloir éviter au maximum les licenciements secs au profit de départs naturels ou de transferts. En outre, les 500 collaborateurs victimes des suppressions de postes se verront offrir la possibilité de rechercher de nouveaux emplois. Un fonds de 30 millions d'euros sera mis à disposition pour aider à la création de jeunes entreprises. Enfin, un plan social prévoit des indemnités et des aides au replacement. Le processus est en cours. (24 heures)

Créé: 24.04.2012, 09h04

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«Un dur revers» selon Interpharma

Interpharma perçoit «les nombreuses suppressions d'emploi et le retrait partiel de Merck Serono de Suisse» comme «un dur revers» pour la place pharmaceutique suisse, comme indiqué dans un communiqué. Le coup est d'autant plus dur que Merck Serono se classe au 3e rang des entreprises pharmaceutiques de Suisse. Les coupes sombres dans la recherche montrent l’urgence d’un plan directeur réclamé depuis plus d’un an auprès du Conseil fédéral, écrit Thomas Cueni, secrétaire général d'Interpharma. Depuis des années, Interpharma critique les lourdes procédures requises pour lancer des essais cliniques ainsi que les retards d’autorisation de mise sur le marché de médicaments et leur admission au remboursement ainsi que la pression sur les prix. Ces phénomènes ont fait diminuer de 40% les essais cliniques réalisés en Suisse, précise l’association faîtière.

Site de Zoug maintenu

Outre-Sarine, Merck Serono manifeste son intention de maintenir à Zoug ses opérations commerciales liées au marché suisse. Quant aux deux usines de Schaffhouse et Zoug, elles ne sont pas affectées par la restructuration.

Par ailleurs, les filiales française et italienne du groupe Merck KGaA devraient aussi connaître des suppressions de postes.

Dividende en hausse

Vendredi 19 avril, durant l’assemblée générale du groupe à Francfort, le président du conseil d’administration, Karl-Ludwig Kley, avait répété que Merck KGaA, allait supprimer des emplois. Il a mis en avant que le monde change et qu’il faut trouver des solutions à de nombreux problèmes. Il s’est néanmoins réjoui, dans la même allocution, de la bonne santé du groupe qui a dépassé les 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le dividende a donc été augmenté de 20%.

Légère hausse en bourse

L’annonce concernant Serono n’a guère fait réagir le cours de Bourse de Merck KgGaA, qui ce matin gagnait 0,44% à 82,74 euros, sur un indice Dax en hausse de 0,69%.
Merck est un groupe pharmaceutique et chimique mondial, dont les ventes se sont élevées à 10,3 milliards d'euros en 2011. Le groupe emploie 40'000 personnes dans le monde dont 17'000 chez Merck Serono.
Les activités de Merck sont chapeautées par la société Merck KGaA, dont le capital est détenu à hauteur d'environ 70% par la famille Merck et à hauteur d'environ 30% par des actionnaires extérieurs.

2011 morose

Rachetée en 2006 pour 16 milliards de francs à Ernesto Bertarelli, l’entreprise pharmaceutique a connu une année 2011 morose. Si son chiffre d’affaires a crû de 3% pour atteindre 5,9 milliards d’euros, soit presque 60% du chiffre d’affaires total du groupe, son résultat d’exploitation a chuté de 46% à 304 millions d’euros (plus de 365 millions de francs). Trois raisons expliquent ces résultats: une dépréciation d’actifs à Corsier-sur-Vevey, la réévaluation de plusieurs projets pharmaceutiques et enfin, le retrait de la Cladribine, un nouveau traitement contre la sclérose en plaques.
Reste à Merck Serono le Rebif, son médicament phare contre la sclérose en plaques dont l’exploitation a commencé il y a dix-sept ans, et l’Erbitux, dont l’utilisation a été freinée au Japon. Les nouveaux projets semblent se faire de plus en plus rares.

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