L’OSR prendra des risques à Pékin après Bombay

Classique L’orchestre s’offre une tournée en terre musicale émergeante. Enjeux.

L’OSR montrera pour la première fois ses atouts en Inde, alors qu’il fait un retour en Chine, où il s’était rendu en 1999.

L’OSR montrera pour la première fois ses atouts en Inde, alors qu’il fait un retour en Chine, où il s’était rendu en 1999. Image: Pierre Abensur

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La dernière fois que cela s’est produit, le Vieux-Continent se mettait à l’âge de l’euro, Jiang Zemin régnait sur l’Empire du Milieu et attendait de pied ferme du Portugal la rétrocession de Macao après avoir obtenu de la Grande-Bretagne celle de Hongkong. Au début de l’année 1999, alors que la Chine vivait les dernières semaines sous le signe du Tigre, l’Orchestre de la Suisse romande posait ses étuis et ses instruments dans ces vastes terres qui tiennent du continent. Dix-sept ans se sont écoulés depuis, un éclair et une éternité durant lesquels le pays s’est mis à courir, à modifier en profondeurs ses traits et à occuper les meilleures places sur l’échiquier économique et pas uniquement.

L’Inde, une étape exotique?

Alors que l’OSR y retourne ces jours-ci pour y donner une série de trois concerts – à Pékin le 28 avril, puis Jinan le 29 et Shanghai le 30 – la Chine, côté classique, est devenue une puissance. Et ce tant par les centaines de milliers de musiciens qu’elle compte et qu’elle exporte désormais (le phénomène Lang Lang aurait à lui seul poussé dans les conservatoires plus d’un million d’aspirants pianistes…) que par l’augmentation exponentielle du nombre de mélomanes. Alors, lorsqu’on est un orchestre qui entend cultiver une aura internationale, comme le fait l’OSR, un passage par ces terres qui ne cessent d’émerger s’impose avec évidence.

Mais il y a davantage. A ce détour dans un pays aux passions musicales consolidées s’ajoutent deux dates à Bombay (le 4 et 5 mai). Et dans ce cas-ci, une autre histoire pourrait se dessiner: celle d’une étape aux accents exotiques, où l’attrait de la musique classique serait a priori moins affirmé. Vraiment? Pour Osmo Vänskä, chef finlandais qui dirigera l’orchestre durant la tournée, il faudrait mettre de côté le tropisme d’un pays, l’Inde, ignare du fait classique. «Le lien colonial qu’il a connu avec l’Angleterre a permis d’établir des connexions fortes avec cette expression musicale, note le chef. Pour tout dire, je ne m’y suis jamais produit mais j’ai la nette impression que la musique classique occupe une place bien plus importante qu’on ne l’imagine. Le phénomène dépasse sans doute les élites du pays. Il suffit de penser à l’aura dont jouit un chef comme Zubin Mehta, ou de se rappeler que son père Mehli a fondé l’Orchestre Symphonique de Bombay dans le lointain 1935. Je ne crois donc pas que nous allons faire œuvre de pionniers.»

Il ne reste pas moins que cette destination demeure exceptionnelle et qu’elle ne figure pas fréquemment dans les agendas des orchestres. Dès lors, Florence Notter, qui préside au Conseil de Fondation de l’Orchestre de la Suisse romande, dit se réjouir «que l’OSR soit aujourd’hui une des rares phalanges occidentales à se produire dans ce pays».

Renaud Capuçon, un atout

La formation romande y montrera pour la première fois ses atouts et, sur ce point précis, Osmo Vänskä a un avis clair: «Pour exister sur le plan international, un orchestre doit bien sûr soigner les concerts chez lui, avoir la possibilité d’enregistrer des disques, mais surtout pouvoir compter sur des tournées. J’aimerais pouvoir me dire, en revenant de ce périple, que l’OSR est parvenu à montrer ses meilleures qualités, qu’il ait réussi à incarner le rôle d’ambassadeur d’un pays et d’une région comme la Suisse romande.»

Les prémices, celles affichées lors des trois concerts de préparation au Victoria Hall, sont de bons augures. Engagé dans un répertoire historiquement familier, centré essentiellement sur des compositeurs Français et Russes, l’orchestre s’est donné les meilleures armes pour réussir son opération de séduction. La présence d’un musicien aussi renommé que Renaud Capuçon ajoutera, à n’en pas douter, une dose massive d’attractivité aux concerts.

Alors, une tournée, simple opération d’image? Les musiciens vous diront autre chose, ils évoqueront des aspects moins manifestes. Renaud Capuçon les résume ainsi: «Un voyage de ce genre reste très particulier dans une saison: on croise ses camarades au petit-déjeuner, on loge dans le même hôtel. Cela pourrait paraître anodin, mais ces détails permettent de souder un peu plus les liens, de jouer de mieux en mieux, à chaque étape. On répète un même répertoire, on observe des évolutions et, au final, l’aisance s’installe et avec elle, l’envie de prendre des risques.»

Créé: 25.04.2016, 19h41

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