L’OSR s’est fait peur à Hong Kong

MusiqueAmputé d’une partie de ses membres, bloqués dans la ville, l’orchestre a malgré tout retrouvé le fil de sa tournée.

En tournée en Asie, l’OSR s’est fait quelques frayeurs: un de leurs avions manquait à l’appel, mais tout a fini par s’arranger.

En tournée en Asie, l’OSR s’est fait quelques frayeurs: un de leurs avions manquait à l’appel, mais tout a fini par s’arranger. Image: DR

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C’est l’histoire d’un engrenage jusque-là parfaitement huilé et que personne n’imaginait voir subitement grippé. Le grain de sable, il a la forme d’une nouvelle transmise par téléphone, alors qu’un des bus des musiciens laisse derrière lui la tentaculaire Shanghai et file vers l’aéroport en empruntant un dédale de bretelles et d’autoroutes labyrinthiques.

Dans les esprits de tous – 114 artistes et une demi-douzaine de membres du staff – la feuille de route idéale promettait un vol pour Bombay, avec escale à Hong Kong. L’étape indienne devant conclure le périple asiatique que l’Orchestre de la Suisse romande accompli durant deux semaines. Mais l’idéal et les aléas ont croisé leurs chemins dans la périphérie de Shanghai, de sorte qu’un des deux avions attendus, qui devait parcourir la première étape, ne s’est pas présenté à l’appel. Bilan? Vingt-sept musiciens ainsi que trois membres de l’administration et deux journalistes sont restés à pied.

En restant dans le domaine de la musique, on pourrait appeler cela une syncope. Un son qui se poserait en décalage sur le rythme, un événement qui échapperait à l’ordre qu’impose la battue d’un chef d’orchestre. Cela désarçonne forcément et fait désordre aussi. Et peut provoquer l’irréparable: la tenue des concerts pourrait être mise en danger et la tournée virer au fiasco. Alors, que faire?

Face à une situation qu’on imaginerait sans peine déclencher le chaos, l’orchestre s’efface, la musique se tait. Elle laisse la place à des personnages de l’ombre qui ont le sens du repli stratégique et du rebondissement, qui amortissent le coup et échafaudent de nouveaux scénarios pour poursuivre la route. Ces figures portent des titres dont on peine parfois à comprendre la substance et l’action qui leur est propre. Il n’empêche que, sans délégué général, sans régisseur d’orchestre ni assistante de régie, l’OSR aurait sans doute achevé son séjour en terre chinoise par un cauchemar.

Attentes interminables

Cette cellule sait donc comment gérer les crises de ce genre. «Il faut tout simplement retrouver le fil des événements», note Grégory Cassar. Régisseur d’orchestre, l’homme peut enfin parler, tard dans la nuit de lundi, après avoir œuvré pour trouver des réponses aux mille questions que tout le monde s’est posées durant les attentes interminables à l’aéroport.

Dans le foyer d’un hôtel cossu de Hong Kong où une partie de l’OSR passera finalement la nuit, ce personnage au sens de l’humour aiguisé («Je m’en sers pour transmettre du calme dans ce genre de situation», concède-t-il) souffle et s’explique: «La tournée, c’est un événement que nous préparons avec minutie en soignant tous les détails: des déplacements en bus, en train et en avion aux horaires des répétitions, du choix des hôtels aux pratiques administratives liées aux visas. Lorsqu’un imprévu surgit, il faut tout de suite penser à comment recréer le mouvement naturel. Tout ce qui a été planifié s’évapore et il est alors primordial de rebâtir dans l’urgence.»

Journée harassante

Un nouvel édifice prend donc forme, alors que les musiciens naufragés tuent le temps à la porte d’embarquement. Téléphone collé à l’oreille, Grégory Cassar obtient de la compagnie d’aviation défaillante un hôtel compatible avec le standing habituel qu’offre l’agence de voyages collaborant avec l’OSR. L’annonce d’un cinq-étoiles au centre de Hong Kong sera alors accueillie avec des applaudissements.

Le régisseur enchaîne d’autres appels encore. Il échange avec l’assistante de régie Mariana Cossermelli, il est en contact permanent avec le délégué général Guillaume Bachellier, parti pour Bombay et qui chapeaute toute la logistique de la tournée. Il doit s’assurer que les bagages suivent la troupe, que le nombre de chambres à disposition correspond aux besoins, que les couples ne soient pas séparés et que le lendemain une navette vienne cueillir tout le monde pour l’amener à l’aéroport.

«Dans l’avion qui nous menait de Shanghai à Hong Kong, j’ai échafaudé tous les scénarios possibles, ajoute-t-il. J’ai fait un repérage mental des personnes qu’il fallait loger et en arrivant, tout s’est déroulé selon mes meilleures attentes.»

Au terme d’une journée harassante, certains musiciens décident que cette étape imprévue, sur la baie de Hong Kong, vaut bien une sortie nocturne. D’autres, épuisés, ne pensent qu’à récupérer leurs forces. La véritable gagnante de l’histoire se nomme Ivy Wong. Elle est contrebassiste et a grandi dans l’ancienne colonie britannique. L’escale forcée lui a donné l’occasion inespérée de revoir, après quatre ans d’absence, son père et son frère.

Créé: 04.05.2016, 08h20

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