Peut-on vraiment détecter des terroristes avec un logiciel?

TestLa SNCF teste une technologie d’analyse comportementale. Ce n’est pas la seule mesure-choc envisagée. Inquiétant?

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Changement de température corporelle, haussement de la voix, gestes saccadés… Un logiciel d’analyse comportementale est actuellement testé dans des gares françaises dans l’espoir de pouvoir détecter à l’avenir, à travers ces «signes d’anxiété», la présence d’un terroriste potentiel. Ou simplement celle de toute personne ayant «une intention négative», que ce soit «un agresseur ou un tripoteur», a expliqué mercredi Stéphane Volant, secrétaire général de la SNCF, en présentant la panoplie de mesures envisagées suite aux attentats du 13 novembre à Paris et à l’attaque ratée du 21 août dans un train Thalys sur la ligne Amsterdam-Paris.

Prudent, le patron des chemins de fer a affirmé que l’expérimentation de ce système futuriste est réalisée «en conformité avec la loi et sous le contrôle de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL)». Il précise que les tests serviront à confirmer que le logiciel n’identifie que des gens au comportement vraiment suspect, mais aussi à observer si les voyageurs sont disposés à accepter de telles technologies. Si oui, le logiciel pourra être couplé aux 40 000 caméras de surveillance de la SNCF.

Portiques et rayons X

Ce n’est pas la seule nouveauté. L’entreprise publique teste aussi des caméras qui détectent les colis suspects restés trop longtemps au sol. Les chemins de fer songent par ailleurs à équiper leurs agents de caméras portatives afin de filmer fraudes ou comportements condamnables. Une application pour smartphones qui permettra aux passagers de donner l’alerte sera lancée au printemps.

En attendant, portiques de sécurité et scanners à rayons X sont déjà en cours d’installation à Lille et Paris sur les lignes internationales Thalys, qui relient notamment la France à la Belgique et aux Pays-Bas. Ils seront opérationnels dimanche, a annoncé Ségolène Royal en testant leur fonctionnement ce jeudi matin à la gare du Nord. La ministre estime que «si le dispositif est fluide et fonctionne bien», sans créer d’énormes files d’attente, «il n’y a pas de raison qu’on ne sécurise que le Thalys, tous les TGV et les trains nationaux» seront concernés. Quant à la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne, ils «doivent s’y mettre».

Enfin, un projet de loi socialiste a été mis à l’examen à l’Assemblée nationale mercredi soir en procédure accélérée. Il doit autoriser les agents de sécurité de la SNCF et de la RATP (transports parisiens) à procéder à des palpations sur les passagers et des fouilles de leurs bagages. S’ils refusent, ils sont empêchés de monter à bord des trains. Par ailleurs, les entreprises pourraient exiger des billets nominatifs. La droite, elle, aimerait imposer la présentation d’une pièce de sécurité.

Les usagers s’inquiètent

Cette débauche de mesures rassurera-t-elle les 5,4 millions de voyageurs attendus par la SNCF sur son réseau pour les vacances de Noël, à partir de ce vendredi soir et jusqu’au dimanche 3 janvier? Pas sûr. La Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) juge «irréaliste» le filtrage systématique des voyageurs à l’entrée des gares et des trains, craignant qu’il ne ralentisse l’embarquement des passagers et crée des files d’attente exposées… à des actions terroristes.

Quant au défenseur des droits, Jacques Toubon, il s’inquiète de voir confier des «missions de sécurité publique à des agents privés» et estime qu’il y a «un risque très sérieux de multiplication des incidents».


L’analyse comportementale? Oui mais…

«On ne sait pas si une personne qui veut commettre un attentat est stressée. Si ça se trouve, absolument pas!» Pour Matthieu Marquenet, l’un des dirigeants de Smart-me Up, entreprise française spécialisée dans les logiciels de reconnaissance faciale, il ne fait pas de doute que «techniquement, une caméra peut mesurer un haussement de voix ou une température, mais ces données ne seront pas forcément pertinentes pour repérer un geste suspect». Bref, le test mené par la SNCF «ne semble pas vraiment crédible», confie-t-il à l’Agence France Presse (AFP).

De son côté, le groupe électronique de défense Thales confirme étudier «depuis quelques années» des logiciels de détection de comportements anormaux, mais à ce stade les solutions ne sont opérationnelles «qu’en laboratoire, dans un espace prédéfini et pas chez les clients», affirme-t-on à l’AFP.

L’analyse comportementale, les spécialistes de la sécurité aérienne aimeraient aussi la développer dans les aéroports du monde entier. Mais ces experts réunis à Barcelone le mois dernier misent davantage sur l’observation des voyageurs par des agents de terrain bien entraînés et pas simplement sur des logiciels informatiques.

«Un comportement seul ne suffit pas. C’est la somme de petits détails», notait Ruben Jiménez, chef de la sécurité de l’aéroport de Cointrin, où une formation démarrera en 2017. Le point faible de la sécurité, c’est que «vous prenez deux fois l’avion et vous savez comment fonctionnent les contrôles.» Il faut être plus imprévisible. «Je ne dois pas savoir si je vais être interrogé, passé au détecteur d’explosifs, faire l’objet d’une fouille…» Histoire de «rendre la préparation d’un attentat plus compliqué».

Créé: 18.12.2015, 13h54

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