Une plate-forme au large du port sidère les riverains

PullyL’EPFL et l’Université de Genève veulent une plate-forme devant le débarcadère pour analyser le Léman. L’affaire finit au tribunal.

La plate-forme d'analyse serait installée à 570 mètres du port de Pully.

La plate-forme d'analyse serait installée à 570 mètres du port de Pully. Image: Jean-Paul Guinnard

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Si vous pensiez que les eaux du lac, toujours plus propre, n’ont de secrets pour personne, vous vous trompiez. En dépit du travail de la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL), qui les passe au peigne fin depuis 1963, des spécialistes estiment en effet qu’elles recèlent encore bien des mystères. C’est sans doute la raison d’être de Léxplore, projet commun du Centre de limnologie de l’EPFL et de l’Institut F.A. Forel de l’Université de Genève, dont le but est d’équiper une plate-forme – qui sera ancrée pendant dix ans à 570 mètres au large du débarcadère du port de Pully – d’instruments scientifiques destinés à des analyses biologiques et physiques.

Selon ses concepteurs, les données en continu et en temps réel permettraient de mieux comprendre la dynamique des populations planctoniques, de détecter de nouvelles espèces invasives et d’analyser plus finement la qualité des eaux, et cela afin de mieux modéliser l’adaptation aux changements climatiques de l’écosystème.

D’une surface de 100 m2, surmontée d’une cabine de 25 m2 et d’une hauteur de 4 mètres, la plate-forme, pour empêcher que l’on s’en approche, sera entourée de huit bouées arrimées à des corps-morts positionnés à 100 mètres. Elle sera équipée d’un système de répulsion des oiseaux et d’un dispositif permettant d’éviter, au moyen de 55 balises, que les filets dérivants des pêcheurs ne viennent s’emmêler dans les ancres de l’ouvrage.

D’un coût d’environ 500 000 francs, l’installation doit être financée par l’EPFL, l’Université de Genève, le Fonds national de la recherche scientifique et des sponsors privés.

Oppositions levées

Discrètement mis à l’enquête au printemps 2015, le projet a néanmoins soulevé l’opposition de l’Association pour la sauvegarde du hameau du port de Pully et de ses abords (ASHPA), forte d’une centaine de membres, et de quatre autres personnes à titre individuel. Tous ont dénoncé avec vigueur l’inadéquation de l’endroit, en face d’un port où la navigation de plaisance est dense, l’atteinte au paysage, les risques de pollution sonore (la plate-forme étant équipée d’une génératrice) et, last but not least, une surface totale d’interdiction de la navigation qui atteint la bagatelle de 3 hectares…

En novembre dernier, le Département du territoire et de l’environnement (DTE) a pourtant levé les oppositions et autorisé l’installation de la plate-forme sur le domaine public cantonal. «La connaissance générale du Léman n’est de loin pas encore aboutie, explique Philippe Hohl, chef de la division Eau à la Direction générale de l’environnement (DGE). Les mesures en continu, qui permettent d’analyser à la fois l’atmosphère, l’eau et les mouvements des vagues, permettront de mieux connaître le lac pour mieux le protéger. Vous savez, beaucoup de discussions ont eu lieu avec les professionnels du lac: si des obstacles insurmontables étaient apparus, nous n’aurions pas donné notre autorisation.»

«Si des obstacles insurmontables étaient apparus, nous n’aurions pas donné notre autorisation»

Expéditif, l’auteur du projet, le professeur Alfred Wüest, expert en écologie aquatique au Département des eaux de surface de l’EPFL, n’est pas davantage ébranlé par les arguments des opposants: «Tout change très vite sur le lac: des analyses en continu sont donc indispensables et les relevés de la CIPEL, qui ont lieu tous les mois, sont insuffisants, dit-il. Quant à la plate-forme, elle aura l’aspect d’un bateau depuis la rive: il n’y a pas de quoi fouetter un chat.»

Recours des opposants

Ce n’est évidemment pas l’avis des opposants qui, en décembre 2015, ont déposé un recours contre la décision du Département dirigé par Jacqueline de Quattro devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP). Leur avocat, Laurent Trivelli, a repris les arguments de la première opposition, en y ajoutant notamment que les promoteurs du projet ignoraient, lors de la mise à l’enquête, que leur plate-forme serait située juste devant l’exutoire de la step de Pully: «En définitive, la plate-forme querellée et ses instruments risquent bien d’analyser en première priorité les eaux rejetées par la step, écrit-il. Et dire que les promoteurs se targuent de vouloir analyser des eaux en rien perturbées par les phénomènes de bord. (…) D’une manière générale, la politique de l’Etat de Vaud est de réduire chaque fois qu’elle le peut les bouées d’amarrage au large, poursuit le texte du recours. Cela au détriment et au grand dam de nombreux propriétaires riverains, qui se voient contraints d’abandonner leurs amarrages pour aller dorénavant placer leurs bateaux dans les ports officiels. Pourquoi ce que l’on interdit aux propriétaires riverains, qui avaient pourtant des droits d’amarrage de longue date, serait soudain autorisé avec une nuisance multipliée par 10 à quelques scientifiques en mal de projets susceptibles d’être financés (…) par le Fonds national suisse de la recherche scientifique?»

«Nous avons été sidérés par l’outrecuidance de l’EPFL»

Brigitte Guerlais, riveraine et présidente de l’Association pour la sauvegarde du hameau du port de Pully et de ses abords (ASHPA), n’en revient toujours pas: «Nous avons été sidérés par l’outrecuidance de l’EPFL. Pour eux, nous sommes un point sur une carte, et qu’importent l’atteinte au paysage et les dangers pour la navigation, s’indigne-t-elle. Les auteurs du projet ont peut-être consulté un paquet de professionnels du lac, mais ils ont complètement laissé les Pulliérans de côté, et c’est inadmissible. Comme il est parfaitement ridicule de prétendre, comme ils l’ont fait dans leur mise à l’enquête, que «l’unique localisation possible est située à 570 mètres au large du débarcadère de Pully»!

La balle est désormais dans le camp du tribunal, qui se déplacera vraisemblablement sur place, ces prochains mois, avant de prendre une décision.

Créé: 31.05.2016, 06h44

La Commune est d'accord

S’agissant du domaine public cantonal, le dossier, géré par la Direction générale de l’environnement (DGE), relève de la compétence cantonale. C’est donc le Département du territoire et de l’environnement qui est habilité à traiter les oppositions et, le cas échéant, à délivrer l’autorisation qui est aujourd’hui contestée devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal.

La Commune de Pully, néanmoins, a eu son mot à dire. «La Municipalité a été sollicitée pour un préavis lors de l’enquête publique. Compte tenu du caractère scientifique de ce projet et de son intérêt, elle a donné un préavis favorable, précise le syndic, Gil Reichen. Nous considérons qu’une plate-forme de 10 mètres sur 10, avec un franc bord d’environ 1 mètre, surmontée d’un petit abri d’environ 5 mètres sur 5, amarrée à près de 600 m des rives, ne constitue pas une atteinte durable à la beauté du site et à son attractivité touristique.»

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