La pluie et la gloire pour nos amis les vers de terre

RecyclageAlors que les précipitations de ces dernières semaines ont fait son bonheur, le lombric vient d’être désigné «organisme du mois».

Sylvain et Agnès Gerber devant un andain recouvert de fumier et truffé de lombrics.

Sylvain et Agnès Gerber devant un andain recouvert de fumier et truffé de lombrics. Image: Philippe Maeder

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Il est à peine exagéré de dire que c’est un bienfaiteur de l’humanité. Sans lui, ou plutôt sans eux (puisqu’il en existe, paraît-il, plus de 5000 espèces différentes de par le monde), la terre ne serait qu’un immense cloaque, un amas de matière organique en phase de putréfaction. Discret, le plus souvent invisible, le ver de terre, ou lombric, mérite ces éloges et bien d’autres encore. Ceux qui le connaissent et le fréquentent ne s’y sont pas trompés: alors que l’Assemblée générale de l’ONU a fait de 2015 l’Année internationale des sols, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) vient de le bombarder «organisme du mois» et de lui faire une pub d’enfer.

«J’aurais préféré qu’on le désigne «animal du mois», parce qu’il s’agit bel et bien d’un être vivant, même s’il est réduit à sa plus simple expression», plaisante Agnès Gerber, qui, avec son mari, Sylvain, exerce l’étonnante profession de lombricultrice dans sa ferme de la plaine du Rhône, à Ollon.

Le lombric a cinq cœurs

Un animal hermaphrodite, composé d’un tube digestif mais doté de cinq cœurs (oui, vous avez bien lu!) qui fonctionnent comme des pistons, et doué à la fois d’une voracité réjouissante et d’une force de travail spectaculaire. A l’abri des regards, sous nos pas, les vers de terre, tunneliers naturels, dévorent en une journée plus de la moitié de leur poids en nourriture. Au menu de ces recycleurs hors pair, qui peuvent être plusieurs millions dans un seul hectare d’une bonne prairie, les déchets de la nature: débris végétaux, résidus de récolte, feuilles mortes, bois pourri et charognes. Dans leur intestin, l’ensemble se mélange avec des bactéries et des champignons, et ce qui est rejeté est un trésor pour les jardiniers. Les déjections constituent en effet un engrais riche en azote, en phosphore et en potassium et contiennent l’argile et l’humus nécessaires à lier les particules et à protéger ainsi les sols de l’érosion.

L’espèce qu’Agnès et Sylvain Gerber élèvent amoureusement porte le doux nom d’Eisenia foetida et bénéficie, dans les andains (ndlr: une bande continue de fourrage) qui s’étirent devant la ferme, sous les Dents-du-Midi, d’un menu de choix: du fumier bovin, et rien de plus. C’est là que les lombrics de quelques centimètres de longueur, véritables architectes des sols fertiles, travaillent d’arrache-pied pour transformer le fumier pourrissant en un engrais d’une qualité qui enchante les paysagistes de la région. Une fois qu’ils ont poutsé un andain, ils se tortillent jusqu’au suivant. Le résultat est bluffant: ramassée à pleines mains, une motte grouillante de vers est parfaitement inodore.

Les bienfaits de l’Eisenia foetida ne s’arrêtent pas là: en 1986, il a pratiquement sauvé la vie des Gerber. «C’étaient des années noires pour l’agriculture et notre domaine battait de l’aile. Que faire? Sans rien en savoir, nous nous sommes lancés dans la lombriculture, nous nous sommes accrochés et, après sept ans de galère, l’affaire a commencé à tourner», raconte Agnès Gerber. Aujourd’hui, en plus de l’engrais, le couple vend chaque année environ 300 lombricomposteurs individuels, à installer dans la cuisine.

Dans le hangar, devant la montagne d’engrais à la pureté incomparable, Sylvain et Agnès Gerber s’extasient comme au premier jour: «Vous vous rendez compte de quoi ils sont capables? Ils interviennent entre le début de la décomposition et la fermentation, et ce qu’ils rejettent est parfaitement propre et nourrissant pour la terre. A vrai dire, sans eux, il n’y aurait pas de vie possible.»

Un camion s’arrête devant le gigantesque peuplier qui marque l’entrée de la ferme. Il embarque une palette de sacs d’engrais pour un vigneron tessinois. A n’en pas douter, en cette Année internationale des sols, le titre conféré au ver de terre par l’Office fédéral de l’environnement est pour le moins mérité. (24 heures)

Créé: 10.05.2015, 17h12

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