S’enticher de salades rares et de fleurs à l’aise à l’ombre

Jardinage 2016 est l’année du jardin, il s’agit de réussir le vôtre. Petits conseils glanés dans la Broye.

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C’est comme les humains, les jardins sont différents. Il y a les secs, les en pente, les généreux. Le vôtre s’avance à angles droits. Le sien s’enroule plutôt organique. Les sols varient. L’exposition au soleil, aux vents, les singularise. Et, bien sûr, la personnalité du jardinier a son mot à dire. Dans l’apprivoisement de l’espace, la reconnaissance du lieu et de ses potentialités, l’œil joue balle au centre. Au printemps, les jardins, plus ou moins vite car l’altitude y est forcément pour quelque chose, réclament le retour des soins. Alors on évacue quelques plantes indésirables, on poutze les massifs. Et l’on se souvient de Bertolt Brecht qui aimait dire qu’au jardin toutes les plantes ont soif, même les mauvaises herbes. N’allons pas trop vite en besogne, la rosée suffit encore largement! Mais que faire des coins d’ombre et quel chapelet de salades égrener cette année?

Des réponses vous attendent dans la Broye. Et, dans cet éparpillement de frontières, Cormérod se trouve en terre fribourgeoise non loin d’Avenches, alors que Sédeilles porte les couleurs blanc et vert. Pourquoi ces deux villages? Lautrejardin, que nous vous recommandons pour habiller vos coins sombres, se niche dans le premier, et la famille Gfeller aux folles salades dans le deuxième. Les deux arborent fièrement la marque du bourgeon. Le bio, c’est bien connu, se marie mieux à la magie verte.

A Cormérod, tout commence par la maison. Le visiteur, en se plongeant dans les gris passés et les roses délicieusement fanés de la façade de bois, en oublie presque le motif de sa venue. Mais Xavier Allemann vous attend et vous guide. Un de ses jardins, nommé Hollegasse en hommage à Guillaume Tell et à Schiller, se plaît à l’ombre. A Sédeilles, on change d’échelle, Urs Gfeller et sa vingtaine de collaborateurs bichonnent quelque 270 variétés de légumes et de plantes aromatiques. Côté salades, le maître des lieux n’a jamais compté, mais lâche à la louche un chiffre entre quarante et cinquante. Miam!


Lautrejardin aime aussi l’ombre

Les sceaux-de-Salomon se trouvent dans la nature. Ceux que Xavier Allemann propose sont un poil plus grands: fleurs blanc ivoire suspendues du printemps. Vous connaissez sans doute la monnaie-du-pape vivace dont les gousses s’allongent et qui se passe facilement du plein soleil, mais avez-vous déjà contemplé le rose exquis de certains Epimedium, ou fleurs des elfes? Toujours plus à l’ombre, intéressez-vous aux miroirs-de-Vénus, teinte bleu moins intense que le myosotis. Et que diriez-vous de ces jacinthes des bois dont le jardinier de Cormérod vante le parfum et s’exclame: «Les Anglais les adorent, elles font vaciller les poètes, qui se perdent dans les sous-bois et en reviennent ivres avec de nouveaux textes»?

Fougères bien sûr et scolopendres apprécient l’ombre, mais aussi l’hellébore fétide, les digitales et ces petites graminées que l’on nomme Festuca en latin. Xavier Allemann a un faible pour le jardin sans soleil: «Le jardin d’ombre est un jardin de feuillages, c’est toute la magie du feuillage. Il est la grammaire des verts, dont il existe une très large palette. Et les formes aussi ont leur importance. Sur de petites surfaces, on parvient à faire des choses extraordinaires. Un lieu pour se poser, pour lire. Le jardin d’ombre est un endroit protégé, avec quelques plantes bien choisies et bien posées, une atmosphère très propice à la méditation se met en place. Les fleurs y sont la cerise sur le gâteau. Avec les fleurs de l’ombre, on entre dans le subtil.»

Voilà une dizaine d’années que Lautrejardin s’est posé à Cormérod. On y trouve pulmonaires, anémones, pervenches et, plus rares, voici des érythrones dents-de-chien Pagoda au jaune bien moins soutenu que celui du pissenlit mais au parfum exquis. Elles apprécient le mi-ombre. Lautrejartin propose aussi ancolies, amsonies ciliées et centaurées Jordi, dont l’éclat violet tranche sur le vert. Sans parler de toute une gamme de plantes plus exotiques. Lautejardin aime aussi le soleil et décline des végétaux pour chaque saison.

Chemin du Pontet 5, 1721 Cormérod www.lautrejardin.ch


Les salades rares de chez Gfeller

En avril, n’ôte pas un fil! Chez Urs Gfeller, on couvre les petites salades déjà en pleine terre. Et, lorsque le maraîcher les découvre, aidé par le vent, les feuilles, de plusieurs rouges à tous les verts, chatouillent l’œil. On a là des lolos, des feuilles-de-chêne et cette variété bijou au rouge profond. Courez à Sédeilles découvrir les salades truite, dont la feuille évoque la peau du poisson, la corne-de-cerf si finement dentelée ou le chrysanthème comestible. Et, plus tard dans la saison, la ficoïde glaciale, dont le nom grelottant cache une incomparable texture de velours.

Installée depuis plus de vingt ans à Sédeilles, la famille Gfeller y exploite une dizaine d’hectares en maraîchage. Revenons aux salades: «Les lolos et les feuilles-de-chêne forment le fond des mélanges, explique Urs Gfeller. A une lolo vert foncé très croquante, on ajoute un peu de roquette. On équilibre les rouges et les verts. On y glisse des feuilles de poschiavo ou de pertes d’Italie. Pour les mélanges, on a besoin de petites feuilles. Au printemps, c’est délicat: ce qui n’est pas coupé grandit vite, et ça repousse lentement. On parvient à de belles coupes deux à trois fois à partir des mêmes plants. Dans son jardin, on peut récolter quatre à cinq fois. Après les feuilles s’abîment, leur forme n’est plus entière.»

Bio-organique et certifiée ProSpecieRara, l’exploitation connaît la vente directe, sur Internet, fait les marchés de Fribourg, alimente trois paniers de consommateurs et fournit aussi du légume à quelques restaurants. Pour ces cuisiniers gourmands et créateurs, Urs Gfeller cultive de minuscules fenouils, qu’il vend 50 centimes pièce. On lui a demandé de les faire pousser davantage afin de pouvoir les couper non en deux mais en quatre…

Les plantons – et si vous essayiez cette variété de saladines asiatiques plutôt précoces et au goût unique de moutarde – permettent d’avoir en son propre jardin les raretés que notre maraîcher se plaît à rechercher. Très vite alors comme lui vous direz: «La pommée, c’est vite ennuyeux!»

Gfeller famille, route de Romont 8, 1554 Sédeilleswww.gfellerbio.ch

(24 heures)

Créé: 30.04.2016, 13h47

Plantons de mai

5 mai Château de Prangins Traditionnelle vente de plantons.
www.chateaudeprangins.ch

6-7-8 mai Coppet Jardins en fête dans la cour du château.
www.jardinsenfete.ch

7-8 mai Moudon A la 1re Foire agricole romande, ProSpecieRara organise un marché aux plantons. Cette année, comme l’Alimentarium de Vevey est en rénovation, la fondation n’y tiendra pas son traditionnel marché.

14 mai Fribourg Marché de printemps au Jardin botanique, avec la présence notamment de Lautrejardin et de la famille Gfeller.
www3.unifr.ch/jardin-botanique/fr

20-22 mai Vaumarcus 21es Journées des plantes inhabituelles. www.jardins.ch

28 mai Cormérod Marché bio à la pépinière.
www.lautrejardin.ch

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