La traversée du lac étend son emprise jusqu’en France

Votation du 5 juinL’ouvrage implique une urbanisation de la rive gauche du lac. Y compris chez nos voisins français. Genève devra changer de focale.

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Ce dimanche, seuls les Genevois voteront sur la traversée du lac. A priori, rien d’étonnant à cela. Le projet se présente comme un ouvrage qui va régler les problèmes de circulation du canton, un point c’est tout. Cette vision omet toutefois un autre aspect: la traversée va créer un terreau fertile sur lequel les maisons vont pousser comme des champignons.

Où, et dans quelles proportions? A ces réponses, Genève ne pourra pas répondre seul. La Confédération a son mot à dire, et nos voisins français le veulent aussi, car ils se retrouvent en première ligne. Voilà qui va changer la donne.

La Confédération l’a déjà dit. Elle va élargir l’autoroute de contournement pour résorber les bouchons, mais elle n’a pas l’intention de financer un ouvrage qui débouche en rase campagne. La traversée doit donc s’insérer dans un projet d’urbanisation de la rive gauche.

Or cette rive est préservée et le restera longtemps. Le plan directeur cantonal n’y prévoit pas de gros développements. Celui de La Pallanterie, avec plus de 2000 logements et autant d’emplois, a même été repoussé. Ne reste que des projets autour de Puplinge, de Chêne-Bourg et des Communaux d’Ambilly, à quelques encablures des futures gares du CEVA.

Attaquer la zone villas

Construire davantage? Difficile, à moins d’attaquer la zone villas. Car la plupart des champs sont en surface d’assolement, des terres que Berne réserve aux cultures. Genève ne peut plus en grignoter qu’une centaine d’hectares. «Nous allons plutôt les utiliser pour densifier autour des trams, vers Bernex et Perly-Certoux, là où les projets sont avancés», explique Bernard Leutenegger, responsable du plan directeur à l’Etat de Genève. Genève espère que Berne lui accordera à l’avenir un peu d’air, sans garantie.

Corseté sur la rive gauche, Genève regarde chez ses voisins. «Des potentiels importants existent autour d’Annemasse et dans le Chablais», relève Bernard Leutenegger (voir infographie). Mais si l’impact de la traversée doit franchir la frontière, alors l’affaire devient… transfrontalière. «C’est clairement un projet d’agglomération qui concerne le Grand Genève, comme l’a relevé le Conseil d’Etat à la fin de 2014», ajoute Bernard Leutenegger, qui précise que des études sont désormais menées sous l’égide du GLCT, l’organe transfrontalier.

Forte pression en France

Que disent les Français? Pour l’heure, ils se font discrets. «Nous ne voulons pas intervenir dans une votation cantonale», relève Jean Denais, maire de Thonon. Le Chablais est toutefois directement concerné. «La traversée va fortement augmenter l’attractivité de la région entre Veigy, Douvaine et Thonon, les premiers se trouveront à vingt minutes de l’aéroport», relève Frédéric Bessat, chef, pour la France, du projet d’agglomération. La France craint alors une très forte pression pour urbaniser les communes, sans que celles-ci n’aient complètement les moyens d’y faire face.

Cet aspect renforcerait encore les déséquilibres actuels (emplois au centre, habitants étalés en périphérie) que la région tente de réduire car ils génèrent beaucoup de trafic pendulaire.

D’autres craintes se font jour côté Annemasse. La Ville tente de réduire la circulation pour profiter du CEVA. Mais elle risque de voir débouler des flots de voitures qui se dirigeront vers Puplinge pour emprunter la traversée.

Un autre tracé

Du coup, la France suggère un autre tracé, qui verrait la traversée passer à l’est d’Annemasse, pour offrir un contournement de toute l’agglomération, et pas seulement de Genève.

Les Français seront-ils entendus? Pour l’heure, 100 000 francs ont été débloqués pour mener une étude sur les impacts territoriaux. Une paille par rapport aux 3,5 millions que Genève a injectés pour l’étude du projet en 2007. La traversée reste encore, jusqu’à dimanche, une affaire très genevoise.

Créé: 02.06.2016, 07h11

Des années d’études à mener

La traversée et son impact sur le territoire vont encore nécessiter de nombreuses études. Il faut justifier à Berne son utilité et prouver qu’il n’y a pas de moyens moins dommageables pour y parvenir, tout en respectant certains principes d’aménagement: éviter l’étalement urbain, construire la ville «vers l’intérieur», loger les habitants près de leur lieu de travail.

Il faut aussi prouver que l’ouvrage ne fera pas concurrence au CEVA, dans lequel Berne a beaucoup investi. Une révision du plan directeur s’imposera aussi. Ces études s’étaleront sur des années. Pour l’heure, la Confédération prend acte du projet, sans plus.

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