Tant de trésors menacés!

Changement climatiqueDes sites inscrits au Patrimoine de l’humanité sont sous pression, s’alarme l’Unesco.

Image: REUTERS

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Le changement climatique est devenu l’un des risques majeurs auxquels sont exposés les trésors naturels et humains classés au Patrimoine mondial par l’Unesco. C’est la conclusion d’un rapport rendu public la semaine dernière par l’organisation de l’ONU pour la culture et l’éducation conjointement avec le programme des Nations Unies pour l’environnement et une ONG de scientifiques américains. Ces organisations appellent à lutter contre le réchauffement, mais aussi à protéger les sites, notamment de la pression touristique.

Trente et un sites exposés

Le rapport examine 31 sites exceptionnels situés dans 29 pays et directement exposés aux conséquences du réchauffement du climat: l’accroissement des températures, la fonte des glaciers, l’élévation du niveau de la mer, la multiplication et l’aggravation des événements météorologiques extrêmes, l’aggravation des sécheresses et les incendies de forêts. Ce sont loin d’être les seuls. Une étude réalisée en 2014 avait déjà listé 130 sites appartenant au patrimoine culturel mondial et directement menacés par l’élévation du niveau de la mer. Parmi eux: les grottes d’Elephanta près de Bombay, le Mont-Saint-Michel et sa baie ou le site archéologique de Carthage en Tunisie.

Cette fois, l’analyse est plus vaste. Elle souligne que le changement climatique n’est pas la seule pression qui pèse sur les perles de notre planète. L’évolution défavorable du climat et le cortège de dérèglements qui l’accompagne s’ajoutent à d’autres pressions comme la pollution, les conflits pour les ressources, les guerres civiles, le terrorisme, l’exploitation pétrolière, la déforestation, l’urbanisation, la fragmentation des habitats naturels et la pression du tourisme de masse.

Le tourisme, aubaine et fléau

Les experts pointent par exemple la ville de Venise, l’archipel des Galapagos, la ville portuaire de Carthagène en Colombie, les aires protégées de la région florale du Cap, au sud-ouest de l’Afrique du Sud, le parc national de Shiretoko sur l’île d’Hokkaido, au Japon. Même le site mégalithique de Stonehenge (Royaume-Uni) qui a traversé les millénaires serait en péril, ainsi que la statue de la Liberté à New York, le parc national du Yellowstone, le désert du Wadi Rum en Jordanie, les rizières en terrasses de la cordillère des Philippines ou la mer de Wadden aux Pays-Bas et en Allemagne. Quant à l’île de Pâques, l’érosion côtière accentuée par l’élévation du niveau de l’océan menace certaines des moaï, ces énormes statues dressées par les anciens habitants.

Ces sites sont souvent des hauts lieux touristiques. Or, le tourisme est à la fois une aubaine et un fléau, insiste le rapport. C’est l’un des secteurs économiques les plus dynamiques du moment. Drainant des milliards de francs, il contribue à la croissance à hauteur de 9% et représente un emploi sur onze. Inversement, il dépend fortement de modes de transports très énergivores que sont l’avion et l’automobile, émetteurs de 5% des émissions totales de CO2. Une proportion qui devrait doubler dans les prochaines vingt-cinq années. Par ailleurs, l’envahissement non géré des flux de visiteurs fragilise certains joyaux.

Souvent, une meilleure gestion permettrait un développement plus soutenable. En attendant, «le changement climatique pourrait faire perdre à certains sites leur statut de Patrimoine mondial», alerte Adam Markham, l’un des auteurs du rapport.

Réduire les émissions et protéger

Maintenir l’élévation de la température mondiale sous 2 °C comme la communauté internationale s’y est engagée lors du dernier Sommet climatique de Paris (la COP21), en décembre 2015, est essentiel pour la préservation des sites les plus fragiles, insiste l’Unesco. L’industrie touristique doit y prendre sa part en limitant ses émissions. Double bénéfice: préserver certains sites naturels comme des forêts ou des parcs nationaux abritant une grande biodiversité, facilite l’action climatique mondiale. Ces territoires sont en effet d’indispensables «puits» de CO2 et ils rendent d’innombrables services aux communautés humaines locales. Mais pour protéger ces mêmes sites, des moyens sont nécessaires pour une meilleure gestion et des travaux scientifiques, voire parfois un élargissement des superficies afin de constituer des ensembles plus vastes mieux à même de résister aux extrêmes climatiques qui se profilent.


Une valeur exceptionnelle

Environ 1000 sites de 163 pays sont inscrits sur la liste du Patrimoine mondial. Pour figurer sur cette liste, les sites doivent avoir une «valeur universelle exceptionnelle». Chef-d’œuvre du génie humain, témoignage unique d’une tradition culturelle, exemple de construction, d’ensemble architectural ou technologique, paysage naturel, phénomène géologique, habitat naturel représentatif, exemple d’interaction entre l’homme et le paysage… En tout, dix critères entrent en ligne de compte pour le classement. En Suisse sont notamment protégés: le vignoble en terrasses de Lavaux, l’urbanisme horloger de La Chaux-de-Fonds et du Locle, la vieille ville de Berne, les trois châteaux de Bellinzone, l’abbaye de Saint-Gall, mais aussi la région Jungfrau-Aletsch-Bietschhorn, la plus glacée des Alpes d’Europe. MdM et A.A.

Créé: 02.06.2016, 11h02

Galàpagos, un archipel qui souffre

Vingt et une îles, une centaine d’îlots rocheux… L’archipel équatorien des Galápagos est un monde en soi, avec de nombreuses espèces endémiques, inconnues ailleurs, qui ont évolué en total isolement. Cette biodiversité souffre de la présence humaine croissante. La population locale est passée de 4000 à 25 000 âmes à cause du tourisme: 205 000 visiteurs par an, dont 66 000 par bateau de croisière. Le changement climatique ajoute son grain de sel. Elévation du niveau de la mer, réchauffement et acidification des eaux, changements dans les précipitations, multiplication des événements météorologiques extrêmes, affectent le fragile écosystème. Iguanes, lions de mer, tortues géantes et pingouins en souffrent. Soit les espèces les plus prisées par les touristes! (Image: UIG VIA GETTY IMAGES)

Venise n'est pas sauvée des eaux

Construite sur 118 îles et les marais d’une lagune, Venise est l’un des sites les plus menacés par l’élévation du niveau de la mer. Depuis la fin du XIXe siècle, l’eau est «montée» de 30 cm, 12 à cause de l’affaissement du sol (suite au pompage de l’eau souterraine), le reste étant dû au réchauffement du climat. Des centaines de monuments et bâtiments ont subi des dégradations graves. C’est notamment le cas de l’église San Polo ou de la basilique Saint-Marc. De plus en plus de Vénitiens quittent la ville, prise d’assaut par les touristes: 10 millions de nuitées par an et le double de visiteurs diurnes. La faute à l’explosion des croisières, multipliées par 9 entre 1990 et 2011. Les barrières amovibles du projet «Mose», en 2017, n’empêcheront pas l’élévation du niveau de la mer, ni l’accroissement de la salinité de la lagune. (Image: REUTERS)

Coraux et lagons en péril

L’acidification des océans, causée par l’augmentation des concentrations de CO2 dans l’eau (+26% depuis le début de l’ère industrielle) menace les barrières de corail et les lagons du Pacifique notamment au large de l’Australie et de la Nouvelle-Calédonie. Plus de la moitié des récifs coralliens du monde sont touchés par la dégradation. Ce chiffre devrait passer à 70% en 2030, même si les émissions de gaz à effet de serre diminuent fortement. Plus de 275 millions de personnes dans 93 pays vivent à proximité directe de ces récifs. Dans vingt-trois pays, ils génèrent une activité touristique pesant plus de 15% des richesses locales. Ce tourisme-là rapporterait 11,5 milliards de dollars par an à l’économie mondiale. Indonésie, Palau, Nouvelle Calédonie, Australie… Les scientifiques sonnent l’alarme. (Image: DR)

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