«No Billag» giflée, la SSR dévoile sa cure d'austérité
Le directeur Gilles Marchand coupe l'herbe sous le pied des élus. Il annonce des économies de 80 millions dans l'entreprise, il renonce à de la publicité et démine le terrain avec les privés.

Les radios et les télévisions publiques ne seront pas liquidées dans la poubelle de l'Histoire. Après une campagne musclée, les Suisses ont balayé l'initiative «No Billag» qui demandait la suppression totale de la redevance obligatoire. Pour les partisans du texte, la gifle est retentissante. Malgré le soutien de l'UDC, ils n'ont pas réussi à franchir la barre des 30%. Du coup, les velléités de lancer une nouvelle initiative avec une redevance abaissée à 250 francs ont été tuées dans l'œuf. La taxe en faveur du service public ressort renforcée et légitimée.
La vraie surprise de ce dimanche ne tient pas tant au résultat du scrutin. Elle vient plutôt de la contre-attaque foudroyante de la SSR. Celle-ci ne commet pas l'erreur de s'endormir sur ses lauriers et annonce une cure d'austérité pour atténuer les critiques à son égard. «Le texte extrémiste de «No Billag» a permis de voir se développer un débat nuancé sur le service public, explique Gilles Marchand. Ce débat doit continuer et s'intensifier.»
Le patron de la SSR annonce dans la foulée un plan d'économies de 100 millions dès 2019. L'entreprise va revoir ses processus de production, ses infrastructures, ses frais administratifs dans toutes les régions. Un exemple? Il y a actuellement des normes strictes pour tourner un sujet magazine avec temps de préparation, nombre de personnes engagées, matériel utilisé. Ces normes seront revues à la baisse. Les gains d'efficience permettront que 50% des moyens globaux soient désormais dévolus au domaine de l'information. Revers de la médaille: des emplois seront supprimés. On en saura plus dans un plan qui sera détaillé en juin.
Main tendue aux privés
L'autre coup d'échecs de Gilles Marchand, c'est la main tendue aux éditeurs privés. La SSR ne se contente plus de promesses mais passe aux actes. Elle ne publiera plus de textes sur ses plates-formes numériques sans lien avec des émissions radios ou TV. Elle renonce préventivement aussi à la publicité ciblée au niveau régional. Elle vise enfin à une large coopération avec les privés, qui se traduira par l'accès libre à ses archives d'information. À noter que la SSR fait une fleur à son public en supprimant les blocs publicitaires au milieu d'un film.
L'exercice est salué par Doris Leuthard. «C'est juste de faire un pas vers les privés.» Et de rassurer ceux qui pensaient qu'un large refus de l'initiative repousserait toute réforme aux calendes grecques, en alignant les projets à venir. «La nouvelle loi radio-TV entrera en vigueur en 2019. Elle plafonne le budget de la SSR à 1,2 milliard et fera baisser la redevance à 365 francs. Et je persiste à penser qu'elle peut diminuer à 300 francs, si la SSR fait preuve d'efficience.»
Accusée de s'être trop immiscée dans les affaires de la SSR, elle a aussi annoncé la création d'une commission indépendante pour distribuer les concessions radio-TV. Par contre, elle refuse d'entrer en matière sur une baisse de la taxe pour les entreprises. «Le peuple a déjà dit à deux reprises qu'elles devaient payer.» De quoi doucher les espoirs de l'USAM qui revient déjà avec cette proposition.
Ces annonces sont bien accueillies aussi par les partisans du service public. «Si la SSR ne fait rien, elle risque de voir surgir de nouvelles initiatives, réagit Raphaël Comte (PLR/NE). Le service public a une marge de manœuvre pour se réformer.» Géraldine Savary (PS/VD) ajoute que l'échec clair et net de «No Billag» permettra de se pencher sereinement sur les autres défis de la branche. «Si le score avait été plus serré, le débat se serait éternisé sur le mandat ou l'étendue du service public. Cette fois, la redevance est consolidée, on peut désormais réfléchir à comment l'État peut soutenir la diversité médiatique.»
Une aide à la presse?
Les réformes annoncées coupent aussi l'herbe sous le pied des parlementaires qui souhaitent s'immiscer dans les affaires de la SSR. Mais pas de quoi les faire taire totalement. Dès ce lundi, Beat Vonlanthen (PDC/FR) interpellera le Conseil fédéral. Plusieurs de ses revendications sont désormais obsolètes. Pas celle qui vise à augmenter la part de la redevance pour les radios et télévisions locales. De 6% prévus en 2019, il évoque le chiffre de 10% à terme. Le Fribourgeois n'oublie pas non plus les journaux. «On peut imaginer prélever 50 à 100 millions sur la redevance pour l'investir dans l'aide indirecte à la presse.»
L'orage «No Billag» s'éloigne, d'autres nuages pointent à l'horizon. La mauvaise passe traversée par la presse écrite, mais aussi la restructuration de l'agence télégraphique suisse (ATS) préoccupent la Berne fédérale. «Il faut réfléchir à de nouvelles complémentarités entre médias publics et médias privés, reconnaît Géraldine Savary. Sans toutefois remplir la poche des actionnaires», précise-t-elle.
Des débats qui s'ajoutent à ceux d'un calendrier déjà bien fourni avec les nouvelles concessions et la consultation sur la future loi sur les médias électroniques, le tout prévu cette année.
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Éclairage: Les anti-SSR ont mis leur grogne en veilleuse

Quelle différence entre la votation sur la LRTV et celle sur «No Billag»! En 2015, il a fallu attendre les derniers résultats du canton de Berne pour connaître l'issue du scrutin. La loi instaurant une redevance générale à la place de la redevance par appareil s'imposait au final d'un cheveu. Rien à voir avec la journée de ce dimanche. Dès la publication des premiers résultats, le sort de l'initiative paraissait évident: ce sera un échec cinglant.
Les deux campagnes avaient pourtant pris une tournure similaire, celle d'un vote pour ou contre la SSR. Mais avec une nuance de taille. «Il ne s'agissait plus de dire si on aimait ou non la SSR, mais plutôt de décider si elle devait continuer à exister», analyse le conseiller national Matthias Aebischer (PS/BE). Reste que les résultats de «No Billag» confirment certaines tendances déjà observées trois ans plus tôt. Tout d'abord, le fait que la SSR jouit d'un fort soutien en Suisse romande. Les champions du non se trouvent de ce côté-ci de la Sarine avec Neuchâtel (78,3%) et le Jura (78,1%).
Vaud (76,5%) et Genève (74,8%) sont aussi dans le haut du classement. La clé de répartition n'est pas étrangère à cette situation. Les Romands paient 23% de la redevance, alors que la RTS perçoit 33% du total. Les Alémaniques, eux, versent 73%, alors que la SRF ne perçoit que 43%.
Si le Röstigraben ne s'est pas creusé cette fois, certains cantons alémaniques se distinguent avec des différences de 10 à 15 points par rapport aux romands. La Suisse centrale et orientale se démarque: Schwytz rejette l'initiative à 62,4%, Schaffhouse à 62,7%.
Le cas des minorités linguistiques est intéressant. Les Grisons, et leurs trois langues nationales, rejettent largement le texte (77,2%), alors que le Tessin, qui profite pourtant le plus de la clé de répartition de la redevance, enregistre l'un des plus forts soutiens à «No Billag» (65,5% de non). Le canton avait déjà marqué les esprits en balayant la LRTV.
La RSI, un des principaux employeurs du Tessin, doit-elle s'attendre à des représailles? Le patron de la SSR, Gilles Marchand, a déjà annoncé «qu'il n'y aurait aucun tabou».

Comparaison:En 2015, le peuple acceptait d'un cheveu la loi radio-TV (ci-dessus). L'initiative «No Billag», elle, a été rejetée dans tous le pars (carte tout en haut). On retrouve toutefois certaines tendances observées il y a trois ans.
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