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PhénomèneNoël, la fête que nous adorons détester

Le philosophe Stéphane Floccari s’est penché sur le rapport schizophrénique que nous entretenons avec cette tradition aussi païenne que religieuse. Interview.

Très sérieux kit de survie auquel s’accrocher en cette fin d’année, «Survivre à Noël» ne relève pas du manuel de vannes plus ou moins rigolotes malgré son renne à coiffe de velours rouge en couverture. «Je prolonge une réflexion entamée avec «Nietzsche et le Nouvel-An», explique Stéphane Floccari, agrégé de philosophie. J’avais envie d’une anthropologie historique de Noël qui tournait autour d’un soupçon: cette fête, au-delà du folklore familial, de l’alibi religieux, du hold-up commercial, de quoi est-elle le nom? Cette fête de la famille, encore plus que «de famille», évolue-t-elle?» Dans le contexte du coronavirus, la donne déjà saturée d’enjeux semble encore avoir pris une secousse. Inspection des troupes.

Le Covid-19 a-t-il changé les codes de Noël?

Pas les fondamentaux, pas ce besoin de se réunir en clan, surtout après une année si difficile… Il y a cette «réélaboration du vécu» en jargon psy. Le vieillard considère l’enfant qu’il a été, peut regarder avec ses yeux et le comprendre. Je remarque aussi que dans le contexte du coronavirus, les anciens ont d’abord été stigmatisés. Cette injonction sociale de devoir festoyer toutes générations confondues permet réparation.

«Survivre à Noël», joli succès à sa sortie en 2018, ressort en format poche. Un kit de survie précieux signé Stéphane Floccari aux Éditions Pocket.
«Survivre à Noël», joli succès à sa sortie en 2018, ressort en format poche. Un kit de survie précieux signé Stéphane Floccari aux Éditions Pocket.
DR

Les gestes barrières n’encouragent pas la chaleur humaine.

Cette mobilisation qui demeure permet toujours d’examiner de près ceux qui appartiennent à votre cercle. Le «Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça…» Mais cette fois, la situation se nuance. Les pro-Noël vont s’organiser, quitte à crier aux fausses rumeurs sur la dangerosité de la réunion. Les autres s’empareront de l’excuse «sublime» de devoir décliner à cause du risque. Ils pourront sans dommage contourner l’observation du sociologue Paul Yonnet: «On n’est jamais tout à fait libre de ne pas participer à une fête». D’ailleurs, je note aussi que les autorités, françaises du moins, ont jusqu’au bout tenté de préserver la fête de Noël.

Noël, ultime test sociétal?

Oui et dans le contexte, le gouvernement voulait absolument sanctuariser Noël. Dans ce quotidien déjà rétréci, amputé de plaisirs culturels, restaurants, cinémas, musées etc., livré au couvre-feu, supprimer la fête aurait été la goutte d’eau qui aurait pu provoquer l’implosion. Et là, je ne songe même pas à la realpolitik commerciale, autre facteur à ne pas négliger.

«Au-delà du potlatch consumériste, Noël, qui sous l’empereur Constantin au IVe siècle se voit déplacé de l’équinoxe de mars en décembre, représente la victoire sur les ténèbres.»

Stéphane Floccari, philosophe et auteur de «Survivre à Noël»

Le mercantilisme explique-t-il l’attachement à Noël dans des états laïcs?

Au-delà du potlatch consumériste, Noël, qui sous l’empereur Constantin au IVe siècle. se voit déplacé de l’équinoxe de mars en décembre, représente la victoire sur les ténèbres. C’était alors une stratégie de viser le solstice et d’ainsi s’adosser à des traditions païennes, saturnales romaines, culte perse de Mithra, etc. Ces dernières années, dans certaines communes, la crèche si symbolique a pu poser problème aux défenseurs de la laïcité. Sans être «censurée», elle a été reléguée au second plan. De là… pourquoi Noël continue à «vibrer»? J’y vois ce cocktail un peu explosif où tout à coup certains se mettent à dire des choses terribles. Il y a des films formidables sur ce thème, comme «Un conte de Noël» d’Arnaud Desplechin, «Smoke» de Paul Auster. Mais par-dessus tout, mon préféré reste «La vie est belle» de Frank Capra, où il n’y a même pas de messe de minuit.

«Un conte de Noël» à Roubaix, d’Arnaud Desplechin, ou le catalogue imparable de toutes les aventures de réveillon en famille.
«Un conte de Noël» à Roubaix, d’Arnaud Desplechin, ou le catalogue imparable de toutes les aventures de réveillon en famille.
DR

Pourquoi alors?

Parce qu’il commémore la joie nue de vivre ensemble malgré tous les aléas des autres jours de l’année.

«La vie est belle» fut un bide à sa sortie en 1946 mais reste un classique solide en matière de programmation de Noël sur les écrans télévisés…
«La vie est belle» fut un bide à sa sortie en 1946 mais reste un classique solide en matière de programmation de Noël sur les écrans télévisés…
DR

Vous parlez de «rodéo du souvenir». Qu’en est-il?

Disons que dans la nuit qui enveloppe la fin de l’année, au comble de la fatigue, Noël représente la loupiote qui clignote. La famille s’éprouve, exige de tenir ferme sur ses acquis dans un environnement chaotique: orgie de nourriture, surconsommation de cadeaux, marathon. Et dans ce qui est toujours présenté, en littérature du moins, comme une épreuve, le «soi statutaire», c’est-à-dire la position précise de frère, oncle, fils etc., rentre en tension avec le «soi intime». Et souvent en plus, ça se passe chez les parents.

8 commentaires
    CHARLES PITTET

    Vous avez désabusé une fête en sucre par vos dilems, vos voyous. Cette fête est chrétienne seulement , si vous entrenez différemment Noël, évidemment elle deviendra un marché interessant, surtout une réunion familiale peu économique. Par la même occasion vous détruirez la fête de Noël mais pas le Noël Chrétien. Pour moi, Juif d'une fois, Chrétien ceci peu d'intérêt vos genres d'entretien fête. En plus, je sais qui est JÉSUS. Coup de laser intérieur.